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L'Hôpital inaugure la pharmacie 24 heures sur 24

Des pharmaciens indépendants critiquent la création de cette officine

Une assistante en pharmacie de Pharma24, située dans le bâtiment des HUG, fait une démonstration, ce mardi 25 avril 2017 a Genève. C'est la première pharmacie de Suisse a être ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.
Une assistante en pharmacie de Pharma24, située dans le bâtiment des HUG, fait une démonstration, ce mardi 25 avril 2017 a Genève. C'est la première pharmacie de Suisse a être ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.
KEYSTONE

Acheter ses médicaments en sortant de l’Hôpital est désormais possible: Pharma24 a ouvert ses portes hier, en présence des autorités. L’officine située au sein des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) sera accessible sept jours sur sept, 24 heures sur 24. «Une première suisse et une victoire pour les patients du canton», se félicite Mauro Poggia, conseiller d’Etat responsable de la santé.

Cette pharmacie – dont l’Etat a confié la gestion à PharmaGenève, qui regroupe 140 des 170 officines du canton – «sera au service des Genevois», se réjouit Bertrand Levrat, directeur général des HUG. Selon l’Etat, 20 à 30% des patients ne trouvent pas immédiatement les médicaments dont ils ont besoin à la sortie de leur hospitalisation. Pharma24, située au sein du bâtiment Gustave Julliard, garantira la disponibilité du traitement et son suivi, en faisant le lien avec le pharmacien de quartier et le médecin de ville. Elle collaborera avec l’institution genevoise de maintien à domicile (IMAD) et assurera en outre des missions de formation et de recherche, qui restent à préciser.

Obstacle légal

Ce projet de pharmacie hospitalière a mis vingt ans à aboutir, ont indiqué hier les autorités. Ces dernières années, des députés et des pharmaciens indépendants s’y sont opposés, critiquant un projet à la limite de la légalité, inutile et induisant une concurrence déloyale. En février, le Grand Conseil a même adopté une motion invitant le Conseil d’Etat à encadrer strictement les activités de Pharma24, à garantir l’égalité de traitement entre les pharmaciens membres et les non-membres de PharmaGenève et à limiter la propharmacie (ndlr: la vente de médicaments par des médecins).

Rappelons que selon le Règlement cantonal sur les institutions de santé, une pharmacie doit être «clairement séparée de tout autre commerce ou institution de santé». L’idée étant, précisément, d’éviter la propharmacie. Comment les autorités ont-elles contourné cet obstacle légal? «Nous sommes attachés au réglement, répond Adrien Bron, directeur général de la Santé. Nous répondons tant à sa lettre – Pharma24 n’est accessible que par l’extérieur des HUG – qu’à son esprit – la gestion est confiée à une association distincte des HUG.»

Les opposants redoutent que la nouvelle structure nuise considérablement aux pharmacies de quartier. «Il est très louable de vouloir rendre service à la population, mais nous pensons que cette pharmacie se crée sur le dos des officines genevoises», explique Luc Munier, président de l’Association des pharmaciens indépendants (API, qui regroupe 30 officines). Evaluant le total des prescriptions des HUG à 33 millions de francs, l’API imagine que Pharma24 captera une grande partie de ce montant et privera chaque officine genevoise de 100 000 à 200 000 francs de chiffre d’affaires.

Président du conseil d’administration de Pharma24, Jean-Luc Forni rejette cet argument. «Nous ne partons pas avec un chiffre d’affaires de 33 millions, mais de 2 millions (ndlr: soit le chiffre d’affaires de la pharmacie de la Roseraie, reprise par Pharma24). Les patients ambulatoires continueront de fréquenter leur pharmacie de quartier. Si nous arrivons à 7 ou 8 millions de francs de chiffres d’affaires, ce sera déjà bien.»

Pas d’appel d’offres

Président de la Pharmacie principale, Jean-Philippe de Tolédo formule d’autres reproches. «Il est difficile d’accepter qu’un projet public de cette ampleur n’ait pas fait l’objet d’un appel d’offres. En choisissant PharmaGenève, l’Etat discrimine ceux qui n’adhèrent pas à cette association. Et on octroie à cette officine un loyer de faveur. C’est une concurrence déloyale pour la profession. Une véritable Genferei.» Selon lui, il était possible de rendre le même service aux Genevois en laissant les HUG distribuer des médicaments d’urgence aux patients quittant l’hôpital. Adrien Bron rétorque que la délivrance de médicaments par les HUG n’est pas admise. En ce qui concerne l’appel d’offres, «l’Etat n’a pas voulu privilégier un acteur privé plutôt qu’un autre et a confié la gestion de Pharma24 à une association à laquelle tout le monde peut participer», relève Laurent Paoliello, porte-parole du Département de la santé.

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