Les petits plus de Samoëns

BaladeSur les alpages enneigés de la station haut-savoyarde, une guide dévoile les bienfaits de la marche afghane

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Lorsque l’on vous propose de vous initier à la marche afghane, nombre d’images vous viennent en tête… Les clichés ont la vie dure. Mais, rassurez-vous, pour cette balade en raquettes, nul besoin de sortir le treillis militaire, ni de dénicher un pakol (le béret traditionnel en laine de couleur beige sable… merci Wikipédia!), ni même de fumer une quelconque substance euphorisante. Tout se passe en réalité au niveau de votre nez. Pour bien comprendre, mieux vaut laisser la parole à une spécialiste: la guide de moyenne montagne Claire Philiczyk. «Le terme de marche afghane vient d’un livre écrit par Edouard Stiegler. Il explique qu’il est parti dans les années 70-80 faire de l’assistance économique en Afghanistan. Là, sur les marchés, il rencontre une ethnie: les Maldars.»

Elle poursuit: «Ces caravaniers traversaient le pays avec leurs marchandises. Il s’est rendu compte qu’ils traversaient de grandes distances, en étant en très bonne santé. Fort de ses observations et de son expérience en yoga, il a proposé une méthode consistant à synchroniser sa respiration sur le rythme de ses pas.»

S’adapter au terrain

Elle-même initiée par le guide Daniel Zanin à cette «marche consciente», Claire Philiczyk se lance dans cette pratique. «Le principe de base, c’est de mettre en place des rythmes respiratoires en fonction du terrain, selon s’il est plat, montant ou descendant. Des rythmes qui vont permettre au corps d’être bien oxygéné. J’assimile souvent la marche afghane à du yoga en mouvement.»

Après ce préambule historico-théorique, passons à la pratique. Comme indiqué en préambule, tout se passe dans le nez. En effet, pour de multiples raisons morphologiques, la respiration nasale est bien plus adaptée à la marche afghane. Il va donc falloir ouvrir grand ses nasaux et fermer la bouche! «C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour faire taire les plus bavards», sourit Claire Philiczyk, non sans jeter un regard malicieux au photographe dissipé, qui l’interroge sur les traces d’animaux que l’on distingue dans la poudreuse.

Dans une ambiance bon enfant, le petit groupe se met en route, en suivant scrupuleusement les consignes. «On commence par un rythme 3-3», indique Claire Philiczyk. En somme, après avoir vidé l’air, on inspire sur trois pas puis on expire sur les trois pas suivants. Le tout, par le nez! Vous suivez?

Vue sur le Criou et le Mont-Blanc

Oups, avec tout ça, on en oublierait presque de parler du paysage. Et pourtant, le panorama est exceptionnel. «Nous sommes au lieu-dit la Rosière, à 1200 mètres d’altitude, sur le coteau sud de Samoëns, précise la guide. On a ici une vue assez panoramique. En face de nous, la montagne emblématique de Samoëns: le Criou. Dans le V, on reconnaît le massif du Mont-Blanc. On aperçoit le Tacul, on voit bien le Mont Maudit et le Mont-Blanc. Sur l’autre versant, il s’agit du domaine skiable des Grands Massifs. Si bien qu’on est dans un environnement préservé, assez sauvage. En été, ce sont des alpages où paissent vaches et moutons.»

En cette journée ensoleillée, nuls bestiaux à l’horizon. Un épais manteau neigeux a recouvert les verts pâturages. On se lance donc en raquettes, dans les traces de nos prédécesseurs. Sur un rythme 3-3. Puis, on s’essaie à un enchaînement: 3-1-3-1. Une inspiration sur trois temps, un temps de suspension, une expiration sur trois temps, un temps «poumon vide» et ainsi de suite. «Ce rythme est adapté au terrain plat», souligne Claire Philiczyk.

En montée, les choses s’accélèrent. Le  3-3 cède la place au 2-2 voire au 1-1. «On module à sa convenance, comme on change de pignons en cyclisme.» Au loin, on admire le Bargy, les Aravis. Vient l’heure d’un petit atelier pour permettre aux apprentis marcheurs afghans de prendre conscience de leur centre de gravité ainsi que des mouvements de leur diaphragme. La pente paraît alors beaucoup plus facile à affronter.

La balade se poursuit dans le silence feutré de la plaine enneigée. Les différents rythmes acquis et sans même y penser, on se surprend à pratiquer cette respiration nasale calée sur nos pas. Sans être essoufflé et sans ressentir la moindre fatigue. Avant de rejoindre notre point de départ, une dernière pause s’impose. Face à nous, des fumerolles semblent s’élever des dents blanches. Le Criou se dresse. Majestueux. (TDG)

Créé: 03.03.2015, 23h37

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