Les petites librairies accusent le coup après les votations

Prix unique du livreDes libraires genevois se confient et montrent leur inquiétude

A Genève, un libraire a dû fermer ses portes.Il a été remplacé par une marque de vêtements.

A Genève, un libraire a dû fermer ses portes.Il a été remplacé par une marque de vêtements. Image: Bartek Mudrecki

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Malgré un plébiscite romand en faveur du prix unique sur les livres, l'initiative n'a pas été adoptée par les Suisses. Réactions à chaud des personnes du métier, pour qui la loi aurait permis de vendre des œuvres moins chères et répondre à la demande des clients.

"Il faudrait fusiller les diffuseurs"

Ainsi s'exprime Pierre Gasser dans le plus grand calme. Déçu du résultat, il fustige les diffuseurs suisses qui pratiquent des prix trop élevés. Dans sa librairie musicale près du conservatoire, il dit ne plus vendre de livres neufs, car trop coûteux.

Il conseille à ses clients de passer par internet ou de commander en France pour obtenir un meilleur prix. Une situation étrange qu'une fixation unique des prix aurait résolue. Le libraire aurait pu se remettre dans le circuit de diffusion nationale et répondre aux envies des personnes.

Toutefois, il continue de commander des ouvrages si le client en a besoin rapidement. Situé à côté d'une école, il ne peut pas offrir un service digne de ce nom à son public. « On a honte de dire aux étudiants de ne pas passer par nous », confie M. Gasser.

Avenir incertain

Même déception suite au scrutin de la part d'Olivier Junod, libraire dans la vieille ville. L'enjeu majeur pour les indépendants était d'avoir du poids face aux grands du métiers. Mais la situation va stagner, même si l'OLF (un diffuseur) et Payot prévoient de négocier les prix ou de passer par les diffuseurs français.

« A part prier, on n'a pas de solutions immédiates », plaisante-t-il. Le refus du prix unique étant signé, d'autres solutions sont envisageables. S'associer par exemple, mais cela prendrait du temps et engendrerait beaucoup de frais de gestion.

Après la médiatisation de la problématique, « peut-être que les clients seront plus compréhensifs et nous soutiendront », espère M. Junod. L'inquiétude est de voir les clients continuer à reposer les livres en constatant la différence entre les prix français et suisses. De plus, les clients genevois ont d'avantage tendance à faire quelques kilomètres pour payer moins cher en France.

Une inquiétude de longue date

Alexandre Illi, vendeur de livres anciens, était apprenti il y a vingt ans. Lui et ses camarades s’inquiétaient déjà de la conséquence du libre prix. A long terme, cela allait diminuer la diversité des œuvres : « On va retrouver les mêmes choses partout ». Pour M. Illi, la diversité culturelle est importante. Sans le prix unique du livre, des œuvres plus discrètes le resteront tant que les grandes enseignes n'en commanderont pas.

Le refus de l'initiative fédérale ne permettra pas à ces libraires indépendants d'éviter ces situations absurdes, très loin des plaisirs du métier.

Créé: 13.03.2012, 18h43

Articles en relation

Réguler le prix du livre sauvera-t-il les petits libraires?

Débat en Ville Pour les uns, la nouvelle loi protégera mieux la diversité culturelle. Pour les autres, c’est une arme de plus aux mains des diffuseurs qui paralysent déjà le marché. L'éditrice Marlyse Pietri et Philippe Nantermod, vice-président des Jeunes PLR suisses, en ont débattu à deux jours de la votation Plus...

Le prix unique du livre sauvera-t-il les petits libraires?

Débat en Ville Pour les uns, la nouvelle loi protégera mieux libraires, auteurs suisses et lecteurs. Pour les autres, c'est une arme de plus aux mains des grands diffuseurs qui asphyxient déjà le marché. Philippe Nantermod, vice-président des Jeunes libéraux-radicaux suisses, et l'éditrice Marlyse Pietri débattront de cet objet de votation ce jeudi à 12h30 au Café des Savoises. Plus...

Le livre d'occasion

Il reste toujours les livres d’occasions. La librairie de la Croix-Rouge connaît du succès. Pour Felisa Torres, responsable du lieu, les clients viennent parce que les livres sont trop chers ailleurs. Puisqu’il s’agit de donation, le magasin peut pratiquer des prix très bas sur des livres neufs et parfois rares.

La clientèle est très variée, exception faite des personnes en situation précaire. « C’est étonnant ! Même des gens avec un bon boulot viennent acheter des livres usagés ». Ces personnes ne semblent pas dérangées par l’usure d’un livre. Ils sont surtout agacés par le prix des livres ailleurs : « Ils me disent que c’est de la folie ! », relate Mme Torres.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Braquage: La Poste renonce aux transports de fonds
Plus...