La petite Semhar rêvait de devenir cardiologue

Tribunal criminelLa victime de 12 ans est décrite comme une enfant exubérante mais sage.

Le généticien lors de son audition.

Le généticien lors de son audition. Image: Patrick Tondeux

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Comment survit-on à la mort d’un enfant? «J’ai reçu une femme en état de choc, décrit la psychiatre qui suit la mère de la petite Semhar depuis ce funeste 23 août 2012, date à laquelle sa fille de 12 ans a été violée et assassinée. «Cette mère faisait des cauchemars et ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle ne pouvait plus se nourrir. Elle en était arrivée à peser 45 kilos, ce qui constitue la limite vitale pour sa taille. Elle se demandait pourquoi elle n’était pas morte à la place de sa fille…»

Le médecin explique que la plaignante venait d’une famille unie. Elle était arrivée en Suisse à l’âge de 17 ans sans parler un mot de français. Elle s’était aussitôt mariée et avait donné naissance à sa fille aînée. Compte tenu de la séparation avec son mari, «elle n’a pas retrouvé en Suisse la chaleur familiale qu’elle a connue en Éthiopie». Les liens les plus forts, elle les a donc créés avec ses trois enfants.

«Elle décrit sa fille comme enjouée, ambitieuse, elle voulait devenir cardiologue ou maîtresse d’école et aider en Afrique, indique encore la psychothérapeute. Semhar était bruyante, joyeuse. Sa mère regrette aujourd’hui toutes les fois où elle lui a demandé de faire moins de bruit. Elle a enlevé toutes les photos, mais chaque matin, elle ouvre la fenêtre face au cimetière et parle à sa fille…»

La psychiatre évoque également le sentiment de culpabilité ressenti par cette femme qui se reproche de n’avoir pas été là. Elle se demande combien de temps ça a duré, combien de temps Mimi a souffert… Elle s’en veut terriblement d’avoir fait entrer le loup dans la bergerie. Le prévenu n’est autre que l’homme avec qui elle sortait depuis quelques mois. «Elle était en partie tombée amoureuse de lui car il se montrait gentil avec les enfants, poursuit la psychiatre. Elle ne le désigne jamais par son nom, elle l’appelle «l’autre» ou «le méchant»». À ses yeux, la plaignante est aujourd’hui «une femme amputée.»

Le père de la petite Semhar a aussi dû recevoir un soutien psychologique après le drame. Chez lui, le sentiment prédominant est la tristesse, pas une volonté de vengeance. Au départ, il a fait partie des suspects. «Il l’a assumé avec courage et fait confiance à la justice», dit son psychiatre avec une note d’admiration dans la voix. Il tient à souligner qu’à aucun moment il n’a décelé chez cet homme un trait qui pourrait d’une manière ou d’une autre le faire soupçonner de ce crime.

Un voisin et ami de la famille, étudiant en droit à l’époque des faits, décrit la panique générale qui a saisi les proches lorsqu’ils ont constaté que Mimi avait disparu. Il décrit «une petite fille responsable et mature» qui ne serait jamais partie sans rien dire. «Tout le monde était inquiet car la situation était tout à fait anormale.»

Avant d’entendre les proches de la famille de Semhar, le tribunal a auditionné le généticien forensique, spécialiste des traces ADN. Le profil du prévenu est très rare, a-t-il indiqué. À l’intérieur du slip de la victime, on ne trouve que sa trace à lui. Sur les bords du sous-vêtement on relève également les traces de la lignée des hommes de la famille de Semhar. Ceci peut notamment s’expliquer par la présence constante du petit frère, un bébé dont l’adolescente s’occupait beaucoup.

Au niveau du cou de cette dernière (elle a été étranglée), on retrouve les traces de la lignée des hommes de la famille de Semhar et celles du prévenu. Aucune trace de tiers. Le scientifique ajoute qu’il suffit de se laver les mains ou de prendre une douche pour faire disparaître ces traces.

Le procès reprend lundi.

Créé: 08.06.2018, 20h29

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