Des personnes sourdes s'estiment pénalisées dans l'accès aux soins

SantéUn étudiant en médecine a relevé les difficultés auxquelles sont confrontés les patients sourds et les professionnels de la santé

Valentin Marti, étudiant en 6eme de médecine à Genève, présente ce mercredi soir son mémoire relevant les difficultés rencontrées par les patients sourds.

Valentin Marti, étudiant en 6eme de médecine à Genève, présente ce mercredi soir son mémoire relevant les difficultés rencontrées par les patients sourds. Image: Valentin Marti

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Aller chez le médecin avec son mari et devoir se faire traduire ses problèmes sexuels par sa fille… C’est une scène du film La famille Bélier, mais c’est aussi une réalité pour de nombreuses personnes sourdes. Un rendez-vous chez le docteur ou à l’hôpital peut s’avérer très compliqué pour le patient comme pour le soignant. Il existe certes des interprètes mais ils sont une trentaine pour toute la Suisse romande… alors qu’il y a environ 2000 sourds dans cette région. Valentin Marti, étudiant genevois en médecine, a réalisé son mémoire sur cette thématique et le présente mercredi soir (voir ci-dessous) lors d’une conférence. Dans son travail «Patients sourds: barrières et stratégies de communication aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)», il a mené des entretiens avec sept sourds, douze professionnels de la santé et six interprètes.

Premier constat: «Les patients sourds interrogés rencontrent des difficultés pour accéder aux soins et sont globalement insatisfaits de la prise en charge médicale.» Le recours à un proche pour la traduction est souvent une source de gêne ou un choix par dépit. Une personne interrogée confie: «Attendre qu’un interprète soit disponible alors que j’ai mal? Je préfère prendre ma sœur, c’est plus rapide…» Les sondés souhaiteraient des procédures simplifiées pour obtenir un interprète, qu’il y en ait davantage et que les professionnels apprennent à collaborer avec eux.

Du côté des professionnels justement, on relève ne pas être suffisamment informés sur la surdité. «C’est d’autant plus compliqué que la population de sourds est très hétérogène, certains utilisent la langue des signes, s’aident d’appareils auditifs, leur degré de perte auditive diffère», pointe l’étudiant. Il ajoute: «Les soignants se disent peu préparés à rencontrer ces patients et sont frustrés parce qu’ils ne savent pas si l’interprète traduit bien leurs propos. Et ils estiment que les démarches pour solliciter un interprète sont trop complexes.» C’est en effet au service qui reçoit le patient d’organiser la venue de l’interprète alors que l’hôpital prend en charge les coûts (ndlr: le coût d'une consultation dépend de la durée d’interprétation et du trajet de l’interprète. Pour une mission d’interprétation de 1h à Genève par un interprète genevois, il faut compter environ CHF 250.-). Enfin, difficultés relevées aussi chez les interprètes, trop peu nombreux pour répondre à toutes les demandes — ils interviennent pour assister lors de consultations médicales, mais également en classe avec des écoliers, pendant les réunions de parents d’élèves, en justice, etc.

Comment améliorer la situation? En priorité par une meilleure information sur les moyens de communication et la surdité. Valentin Marti et sept autres étudiants en ont déjà pris le chemin: ils ont lancé l’an passé Medsigne, pour sensibiliser leurs pairs et les former aux bases de la langue des signes. 28 étudiants ont été sélectionnés — il y avait le double d’inscrits. Les HUG suivent aussi cette voie. «Il existe une formation continue de 12 heures pour connaître notamment les différents types de surdité, développer des outils de communication, acquérir des connaissances de base en langue des signes française, indique Patricia Hudelson, répondante pour l’interprétariat aux HUG. Malheureusement, il y a peu d’inscrits, il faudrait trouver d’autres approches…» Dans ce sens, un groupe de travail a été constitué aux HUG. Sa responsable, Suzy Soumaille, détaille: «Ce groupe, qui inclut notamment une personne sourde pratiquant la langue des signes, a réfléchi à l’amélioration de l’accueil et de la communication avec ces personnes sourdes et malentendantes. La création d’une page internet est d’ailleurs en cours pour centraliser l’information utile et promouvoir les formations existantes.» Quid d’ouvrir un pôle spécialisé pour les sourds comme à Annecy? «Ce n’est pas prévu à ma connaissance, répond Patricia Hudelson. Je ne sais pas si une telle structure serait envisageable, surtout vu le nombre restreint de patients sourds. Il pourrait être plus efficace de mettre l’accent sur la sensibilisation du personnel et un accès facilité aux interprètes en langue des signes.»

Enfin, il faudrait simplifier les procédures pour les demandes d’interprètes et encourager leur formation. Pascal Péquignot, directeur de Procom, le principal service d’interprétariat en langue des signes de Suisse romande, relève la difficulté du recrutement. «Actuellement, il n’y a pas de formations d’interprètes en langue des signes en Suisse romande... Les interprètes qui ont été engagés dernièrement ont été formés en France. Ceux-ci doivent tout d’abord acquérir les spécificités lexicales romandes et politiques/culturelles de la Suisse en général et de la communauté des personnes sourdes en particulier.»


Conférence et présentation du mémoire de Valentin Marti ce mercredi soir, de 18h15 à 20h30 au Centre médical universitaire (CMU), Rue Michel-Servet 1, 1206 Genève, salle D60. (TDG)

Créé: 12.10.2016, 16h37

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