Le personnel d’ABB Sécheron hausse la voix

Industrie Les employés du site genevois ont débrayé. Ils exigent des réponses et craignent le pire pour les emplois

Le personnel de l’entreprise ABB Sécheron, soutenu par le syndicat Unia, a manifesté ce mardi devant l'usine de rue de la Sablière, à Meyrin.

Le personnel de l’entreprise ABB Sécheron, soutenu par le syndicat Unia, a manifesté ce mardi devant l'usine de rue de la Sablière, à Meyrin. Image: Lucien Fortunati

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L’incertitude est insoutenable pour les employés du site genevois d’ABB Sécheron. Mardi à 11 h, 150 d’entre eux ont quitté leur poste le temps d’un débrayage d’une heure. Le syndicat Unia n’ayant pas obtenu l’autorisation de pénétrer dans le site de production de la zone industrielle de Meyrin-Satigny, l’action collective s’est tenue sur le parking qui fait face à l’usine.

Deux nouveaux départs

Pour l’heure, les collaborateurs veulent des réponses «sans langue de bois» alors que les bruits de délocalisation se font plus menaçants. La situation est considérée d’autant plus critique que Jean-Luc Favre, directeur général du site genevois – vingt-cinq ans d’activité – a annoncé son départ avec effet immédiat la semaine dernière. Mardi matin, plusieurs collaborateurs découvraient une autre information: le numéro 2 ainsi que la responsable des ressources humaines ont à leur tour quitté l’entreprise. Du côté de la direction, à Zurich, cette information n’est ni confirmé ni infirmée. Aux questions de la presse, le groupe répond par e-mail: «Sécheron est transformé de manière à être plus concurrentiel. Les rumeurs sur sa fermeture sont fausses.»

Quant au Conseil d’Etat genevois, il a déjà pris contact avec la direction générale d’ABB et «attend des clarifications».

Dans ce contexte, ce sont les rumeurs qui animent les discussions. Seule certitude, une rencontre entre une délégation du personnel et la direction du groupe est bien fixée au lundi 6 novembre. En attendant, les syndicats et le comité d’action élu par les employés craignent un plan de restructuration et un transfert des emplois en Pologne. Une procédure de licenciement collectif serait en passe de débuter. Elle pourrait concerner entre 130 et 180 postes sur les 330 que compte le site. «Le départ de Jean-Luc Favre laisse suspecter un plan social avec lequel il n’était pas d’accord», avance au micro Vincent Brungard, ingénieur depuis trente ans chez ABB Sécheron et nommé pour porter la parole de ses collègues.

«Pillage du savoir-faire genevois»

Ces deux dernières années, le personnel a assisté à 65 suppressions de postes. Depuis 2015, plusieurs étapes de la fabrication de transformateurs de traction pour locomotives – dont ABB est le leader mondial – ont tour à tour été délocalisées en Pologne. C’est le cas du bobinage et des parties actives, expliquent certains cadres de l’entreprise. A l’instar des ressources humaines ou des achats, d’autres services ont également vu des postes disparaître au profit du site polonais du groupe.

Le débrayage de mardi a permis aux employés de se montrer pour la première fois «unis face au plus grand groupe industriel de Suisse, met en exergue Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia. Un groupe présidé par une personne qui gagne 9,3 millions de francs par année, soit 214 fois le salaire le moins élevé de l’entreprise.»

Au terme des prises de parole, une résolution a été votée à l’unanimité. Elle exige de la direction une communication transparente et l’arrêt de la restructuration. «Nous demandons à être respectés et l’arrêt du pillage du savoir-faire genevois», synthétise Vincent Brungard.

Parmi les participants à cette «grève d’avertissement», des ingénieurs, des techniciens, des employés administratifs. Et même des travailleurs temporaires déjà informés que leur contrat ne sera pas renouvelé. Tous portent la casquette bleue et le logo rouge à trois lettres. «Cette entreprise, on l’a tirée et aujourd’hui elle gagne de l’argent, fait remarquer un employé de la «production», trente-six ans de boîte. On fait un boulot physique, on a fait des efforts sur les salaires et sur les horaires, poursuit-il. Et là, on nous fait comprendre qu’on est devenu excédentaires.»

Créé: 31.10.2017, 17h38

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