Les pendulaires testent leur nouveau réseau

Léman ExpressMalgré la grève et une desserte réduite, les passagers étaient au rendez-vous lundi matin. Reportages croisés dans les trains et dans les gares.

Annemasse, le 16 Décembre 2019. Après son inauguration 2 jours plus tôt, le Léman Express fait ses premiers trajets.

Annemasse, le 16 Décembre 2019. Après son inauguration 2 jours plus tôt, le Léman Express fait ses premiers trajets. Image: Maurane Di Matteo

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Malgré les annulations de trains en raison de la grève des cheminots, reconduite jusqu’à mercredi, le peuple du Grand Genève a commencé à s’habituer au Léman Express. Parfois, les voyageurs que nous avons rencontrés, de l’infirmière au cadre de multinationale, sont venus de loin: Evian, La Roche-sur-Foron, Vétraz-Monthoux. Et des coins reculés du canton, d’Hermance à Aire-la-Ville. Chacun a sa stratégie, jonglant entre le train, les trams, les bus ou n’hésitant pas à déplier un petit vélo. Les habitués de la halte de Pont-Rouge ont côtoyé les nouveaux pendulaires, parfois perdus par l’immensité de certaines gares. Mais la signalétique et les conseils du personnel des CFF et des TPG les ont rassurés. Demain, ils reviendront, c’est sûr. Reportages et prises de température à Annemasse, Chêne-Bourg, aux Eaux-Vives, à Champel et Cornavin. Et ambiance à bord des rames.

Annemasse tient bon

La grève des cheminots ne les a pas découragés. Ce lundi matin à 7h30, ils étaient plusieurs dizaines de passagers à la gare d’Annemasse à attendre le Léman Express en direction de Coppet.

Seuls deux trains par heure desservent Genève au lieu d’un toutes les dix minutes. Sur le quai, ce n’est pas la cohue, mais presque tous les sièges des rames sont occupés lorsque celles-ci quittent la localité française à l’heure de pointe. Dans le sous-sol de la gare, une trentaine de cheminots grévistes entonnent des chants, sifflent et distribuent des tracts aux passants.

Si certains voyageurs empruntaient déjà les transports publics auparavant, d’autres ont laissé pour la première fois leur véhicule au garage. C’est notamment le cas de l’Annemassienne Valeria Bejarano: «Je travaille à Plan-les-Ouates. En voiture, je mettais deux heures pour y arriver. Avec le CEVA, ça me prendra une heure.»

Photo: Maurane di Matteo

Laure Maret attend le train sa trottinette à la main. Pour cette habitante de Vétraz-Monthoux qui se rend à Uni Mail, les calculs sont vite faits: «Le train me permet de réduire de 30% mon temps de trajet et de gagner beaucoup d’argent.» Au lieu de 336 francs déboursés chaque mois pour le parking et le carburant, la quinquagénaire ne paie plus que 800 euros d’abonnement annuel. L’économie annuelle se monte ainsi à plus de 3000 francs.

Pour Benoît Descamps, qui réside à Evian et travaille à Archamps, ce n’est ni le coût ni le temps de trajet qui a été déterminant. Ce lundi, il empruntera le Léman Express jusqu’à Bachet puis enfourchera son vélo pliable pour les derniers kilomètres: «Je ne gagne rien, mais je consomme moins de carburant et je prends moins de risques d’accident.» Également à vélo, Alexandre Gagnaire, employé de l’OMPI dans le quartier des Nations, se montre plus sceptique: «Je n’ai pas trouvé d’abonnement qui inclut le transport du vélo, du coup je suis obligé de payer un billet supplémentaire à chaque fois.»

Pour beaucoup de frontaliers, l’arrivée du CEVA marque aussi la fin des longs trajets entassés dans le bus 61. «Il mettait deux fois plus de temps que le train et nous étions serrés», se souviennent Antoine Grislain et Nina Giorgi, deux étudiants de l’Hepia.

Eaux-Vives: merci le 17

Gare des Eaux-Vives. Sur le quai, Robert le banquier anglo-saxon attend avec deux adolescents une rame. Il est ravi: «J’habite à Hermance. Ma femme nous a amenés jusqu’à cette gare. Je me rends à Pont-Rouge et mes enfants continuent jusqu’à Cornavin, où ils prendront un bus qui les amènera à l’école. Avec ce nouveau moyen de transport, ma femme va gagner beaucoup de temps.» Et qu’en pensent les jeunes? Ils font la moue… La petite famille saute tout de même dans le train de 7h42, direction Coppet.

Audrey, 31 ans, découvre la gare. Elle habite également à Hermance. Cette jeune femme quitte son domicile à 6h50 avant de déposer son fils chez ses beaux-parents, à Chêne-Bougeries. Son objectif? «Rejoindre Pont-Rouge depuis la gare des Eaux-Vives. Excusez-moi, je suis pressée!» Et un peu perdue: sa rame est annulée. Elle remonte l’escalator pour se rabattre sur un planB: le tram17, qui la conduira aussi dans le quartier des Acacias. Soulagement.

À 9h12, une rame s’arrête, en provenance d’Annemasse. Trente passagers descendent et découvrent la gare. À 9h32, douze personnes à peine descendent à cet arrêt. Dont Erica, qui peste ce matin contre le nouveau train: «Je viens de Nyon et je travaille à Grange-Canal. Des trains ont été annulés. D’habitude, mon trajet dure une heure mais je dois prendre le tram 14 ou le 18 à Cornavin et changer à Bel-Air.» Cette jeune femme grimpe ensuite dans le 12 pour se rendre au travail. Grâce au LEX, elle espère ne changer qu’une seule fois. Elle s’éloigne et grimpe dans un tram 17. La gare se vide.

Photo: Magali Girardin

Champel se met en train

En gare de Champel, au petit matin, les quais étaient plutôt clairsemés, mais ils ont commencé à s’animer aux alentours de 7h30. Surprise: le quartier qui s’est fait connaître il y a dix ans pour son hostilité au CEVA est aujourd’hui prêt à l’utiliser. «Je vis juste en face de la gare et subis les travaux depuis huit ans, donc ce train, je suis contente de pouvoir le prendre», témoigne Delphine. De nombreux pendulaires se rendent sur la Rive droite, qu’ils pourront gagner en direct s’ils se dirigent vers le quartier des Nations ou plus loin. C’est le cas de Nesrine, 16 ans, qui part en cours au collège du Léman à Pont-Céard: «C’était galère de devoir changer à Cornavin, là je pourrai rester assise dans le train.»

Photo: Steeve Iuncker-Gomez

Il y a aussi ceux qui devront changer de train à Cornavin car ils travaillent dans le périmètre de l’aéroport ou dans les environs de Vernier et de la Zimeysa. Cette dernière destination est celle de Charlotte. «Le bus n’est pas toujours fiable, parfois le trajet me prenait plus d’une heure à cause des bouchons, mais mon mari et moi savions que nous pourrions bientôt prendre le train quand nous avons emménagé à Champel en août.» «J’habite à 200 mètres et je travaille à JTI, à Sécheron, donc pour moi c’est parfait, commente Nino, un anglophone. C’est vraiment commode, mon temps de trajet va être réduit de moitié, voire davantage le soir où le parcours en bus me prenait parfois 45 ou 50 minutes.»

À Champel, on débarque aussi. Nombreux sont les voyageurs se rendant aux HUG en provenance de France, malgré la grève. Colette a galéré pour venir de La Roche-sur-Foron, elle n’est montée dans un train qu’aux Eaux-Vives. «On est nombreux à avoir dû se rabattre sur la voiture et c’est un vrai gâchis pour un premier jour, déplore celle qui est élue locale et qui travaille aux HUG depuis 28 ans. Je suis très agacée par l’attitude des cheminots. Il y en a, dans le médical, qui travaillent plus dur qu’eux pour des salaires tout aussi bas et qui ne se permettent pas de faire grève.» Débarquant d’Annecy «grâce aux bus de substitution», Agnès est pour sa part enthousiaste. «Cela me coûtera un peu plus cher que lorsque je venais en car, mais j’ai plus de possibilités, on m’amène jusqu’à Champel et je pourrai revenir le week-end pour aller au musée ou au théâtre.»

Quid de la gare elle-même? Elle est à la fois jugée belle et spectaculaire, mais aussi un peu impressionnante par sa taille, pour ne pas dire surdimensionnée, et encore un peu vide. Vivement que les commerces débarquent et que la signalétique soit complétée.

Bonheur des passagers

En surface, la gare de Chêne-Bourg est calme, mais au bas des escaliers, il y a du monde qui attend sur le quai l’arrivée du Léman Express. À cause de la grève, des frontaliers sont venus jusqu’ici prendre leur train pour Genève, décidés à profiter coûte que coûte de cette nouvelle offre. «Je suis allé de La Roche-sur-Foron à Annemasse en voiture, j’ai sorti mon vélo pliable du coffre et j’ai pédalé jusqu’à la gare de Chêne-Bourg, afin de prendre le train jusqu’à Pont-Rouge, où je travaille, raconte Laurent Chambellant. C’est un bonheur de savoir qu’on va enfin échapper au stress quotidien du trajet en voiture!»

Le train de 7h39 en provenance d’Annemasse est annoncé à l’heure, mais avec une composition réduite. Quand on s’y engouffre, la rame est déjà presque pleine de passagers venus d’outre-Foron. Certains vaquent à leurs occupations comme s’ils prenaient ce train depuis toujours, d’autres semblent un peu déboussolés, ne sachant pas trop s’ils sont déjà arrivés à leur gare de destination.

Les discussions s’engagent, on partage ses impressions. «C’est magnifique!» s’exclame Aurelio Marcello, qui vit à Annemasse. «Au moins, ça fonctionne, vu que c’est organisé depuis la Suisse.» Convaincu de la première heure, il a déjà pris son abonnement annuel. «On avait vraiment besoin de ce train. C’est un grand progrès. Moi, je gagne vingt minutes par rapport au trajet que je faisais avec le bus 61. En plus, le parcours est splendide!», lance-t-il alors que le train passe sur le pont enjambant l’Arve.

Photo: Lucien Fortunati

Son voisin, lui, attendra encore un peu avant d’acheter l’abonnement: «Je vais d’Annemasse à Meyrin, confie Daniel Cara, sa trottinette électrique pliée entre ses genoux. Demain, j’essaie le tram 17 pour voir ce qui est le plus pratique pour moi.»

Mais il n’y a pas que des frontaliers qui empruntent le Léman Express, n’en déplaise à certains. Nicole Piguet, elle, est montée à Chêne-Bourg. Elle est déjà venue dimanche visiter la gare pour prendre ses repères. «Le Léman Express, c’est génial pour moi car je travaille entre Genthod et Versoix. Je vais donc gagner beaucoup de temps.»

On descend dix-huit minutes plus tard à Cornavin pour refaire le trajet en sens inverse. La rame est un peu moins pleine que dans l’autre sens, mais pas vide non plus. Une dame grogne: «D’accord, ce n’est que le deuxième jour, mais à Satigny, mon train pour Cornavin avait plusieurs minutes de retard et trop peu de wagons. Puis, j’arrive ici et il y a déjà un Léman Express supprimé. J’espère que ça s’améliorera avec le temps.»

On croise même une ancienne conseillère d’État qui, en son temps, avait œuvré sur le projet CEVA, Michèle Künzler. Elle a pris le train à Vernier, et changé à Cornavin pour aller à son travail à Thônex. «C’est émouvant de prendre ce train! Je suis surprise qu’il y ait autant de monde dès le premier jour, comme si le CEVA avait toujours existé.» Une passagère lui lance: «Ça nous change la vie! Merci à vous si vous avez travaillé pour ça.»

Créé: 16.12.2019, 19h32

Premiers pas

A Annemasse, des grévistes ont encore perturbé la bonne marche de ce nouveau moyen de transport. Mercredi matin, ils se réuniront à nouveau pour décider de la suite à donner à leur mouvement.

Aux Eaux-Vives, les usagers ont découvert une vaste gare et, à proximité, un tram 17 pouvant servir de plan B.

A Champel, c’est un site aux allures de cathédrale ferroviaire qui attend passagers et habitants du quartier. Tôt le matin, certaines rames étaient déjà pleines. Jour après jour, les habitants du Grand Genève vont s’approprier ce réseau qui semble appartenir déjà au paysage urbain.

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