À peine ouverte, l’antenne d’analyse de drogues fait carton plein

PréventionUne association permet de faire tester une substance avant consommation pour réduire les risques. Neuf tests ont déjà été faits.

Les premiers usagers à avoir décidé de tester ce service sont en majorité des trentenaires. Les principaux produits analysés sont des stimulants.

Les premiers usagers à avoir décidé de tester ce service sont en majorité des trentenaires. Les principaux produits analysés sont des stimulants. Image: MAGALI GIRARDIN

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«Tu consommes. Tu t’informes.» C’est la devise du dispositif Nuit blanche? de l’association Première ligne, qui œuvre à la réduction des risques liés à la consommation récréative de drogues. Un leitmotiv désormais incarné par une nouvelle offre: un drug checking. Les usagers occasionnels de drogues récréatives peuvent désormais venir tester gratuitement et de manière anonyme leurs substances psychotropes dans un espace aux Grottes. Une première en Suisse romande, alors que Zurich et Berne proposent un tel service depuis vingt ans.

Ce dispositif a été lancé le 3 juin par Nuit blanche? et bénéficie de l’appui de la Confédération ainsi que de l’État, qui le soutient à hauteur de 150 000 francs. Son objectif principal: réduire les risques en évitant à l’usager d’ingérer des substances surdosées ou dangereuses. L’offre vise aussi à faciliter l’accès à un public qui ne fréquente pas les offres de soins et de soutien. À repérer, encore, d’éventuelles consommations problématiques et adresser vers des relais si nécessaire.

Enfin, les 500 analyses par an escomptées permettront d’avoir un aperçu du marché changeant des substances psychotropes, d’alimenter une banque de données nationale ainsi que d’émettre des alertes aux produits frauduleux sur différents canaux, dont le site du programme.

Deux jours par semaine

Le lundi de son ouverture, le drug checking des Grottes a fait carton plein. Alors que l’ambition est de réaliser neuf analyses par semaine, six personnes se sont présentées pour mettre en test neuf substances au total. Entre 18 h et 21 h, l’usager est reçu par un collaborateur de l’association, avec lequel il remplit un questionnaire, sans donner son identité. Un pseudonyme, un mois et une année suffisent. Il donne notamment des indications sur sa consommation ainsi que sur sa situation professionnelle, «pour se faire une idée du public», indique Roxane Mégevand, coordinatrice de Nuit blanche? et du drug checking.

Les échantillons sont collectés sur place et envoyés au Centre universitaire romand de médecine légale, qui les analyse. Puis, le vendredi, toujours entre 18 h et 21 h, l’usager revient chercher ses résultats «délivrés lors d’un entretien, et assortis de conseils plus ciblés de réduction des risques», souligne Roxane Mégevand.

Ces horaires contraignants ne sont-ils pas rédhibitoires? «Il faudra voir sur le long terme mais les premiers échos sont positifs, répond la coordinatrice. La plupart sont dans une temporalité festive, ils anticipent leur consommation et arrivent à la différer pour attendre les résultats des analyses.»

Trop de drogues surdosées

Les premiers usagers à avoir expérimenté le service sont en majorité des trentenaires. Stéphane Moelo, collaborateur du drug checking, indique que ceux-ci sont «bien insérés dans la société» avec un niveau d’études assez élevé. «Ils ont déjà une certaine expérience de consommation, plus ou moins une fois par mois, et n’expriment pas de difficulté en lien avec celle-ci. Ils prennent des produits pour le plaisir et viennent au dispositif pour mieux gérer les effets secondaires éventuels, faire attention à leur santé, ne pas se mettre en danger.»

Les principaux produits testés sont des stimulants, comme l’ecstasy, la cocaïne et les amphétamines, ainsi que quelques hallucinogènes, dont le LSD. Les analyses révèlent que certains sont «coupés», mais pour l’instant pas avec des substances nocives. En revanche, la majorité est surdosée, note Stéphane Moelo. «Pour un homme, la dose «normale» de substance psychotrope par pilule d’ecstasy est de 120 milligrammes. Nous avons trouvé des dosages à 240 milligrammes… Cela présente un risque pour la santé.» Le coordinateur n’explique pas ce phénomène. «Il y a dix ans, les pilules ont été surdosées pour regagner des parts de marché sur l’ecstasy en poudre. Mais aujourd’hui, on n’en connaît pas les raisons.»

Il aura fallu quatorze ans entre le premier projet de drug checking et sa réalisation. Le sujet est sensible: on accuse notamment les drug checking d’encourager la consommation… «C’est une fausse question! soutiennent les deux responsables. Nous nous adressons à un public qui consomme déjà. Nous donnons justement des informations qui peuvent permettre de limiter cette consommation.»

En marge du dispositif stationnaire, Nuit blanche? offre aussi un service itinérant lors d’événements festifs. Un laboratoire mobile sera présent à la Geneva Pride, le 6 juillet. Enfin, une permanence d’accueil en lien avec la consommation de drogues, #laperm, a ouvert en avril.

Créé: 18.06.2019, 06h48

Ecstasy et cocaïne en masse

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies produit chaque année une étude sur la concentration de résidus de drogues dans les eaux usées de villes européennes. En début d’année, il a livré ses résultats pour 2018: sur les 85 villes analysées, quatre suisses – dont Genève – arrivent dans le top 10 des cités où l’on consomme le plus de cocaïne et d’ecstasy. En revanche, pour la consommation d’amphétamines, la Suisse se situe en dessous de la moyenne européenne. A.T.

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