À pédales depuis la vallée de Joux

ReportageLa dernière étape de la «route verte» à vélo électrique vous fait revenir le long du Jura vers Genève par de petits chemins.

Passant par six parcs naturels, «Roue Verte» permet de relier Schaffhouse à Genève à vélo en sept étapes.

Passant par six parcs naturels, «Roue Verte» permet de relier Schaffhouse à Genève à vélo en sept étapes. Image: Andre Meier

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Le torse conquérant, le jarret tendu, sourire aux lèvres, je grimpe le col du Marchairuz… Oui, lecteur, je sais, ce n’est pas convaincant: je corrige. Soufflant comme un bœuf, suant à grosses gouttes, j’arrive en haut du replat conduisant au sommet du col. Par ailleurs, la batterie du vélo électrique se vide. Heureusement, à gauche, un panneau indique le lieu-dit de «Pré de bière». Un signe du Ciel? Je m’arrête. Il a fallu deux ans pour mettre sous toit le projet de «Route verte». Passant par six parcs naturels, elle permet de relier Schaffhouse à Genève à vélo en sept étapes. Pour quelques centaines de francs, l’offre d’Eurotrek prend en charge les nuitées, le transport des bagages. «Elle a été réalisée en collaboration avec Suisse mobile et Rent a bike, expliquent Rianne Roshier et Cédric Paillard, respectivement cheffe de projet du Réseau des parcs naturels et directeur de vallée de Joux tourisme. La dernière étape liant la vallée de Joux a Genève, soit environ 70 kilomètres, vient d’être terminée. La Tribune de Genève a été invitée à la parcourir.

Un premier bout raide

L’aventure débute au Sentier, lieu phare des horlogers du pays. Le soir d’avant, on avait flairé l’atmosphère du village. À un jet de pierre de l’usine Bréguet, le bar «Germinal» est fermé. Dommage, on l’aurait bien visité en souvenir d’Émile Zola. Vers vingt heures, toute l’animation locale s’est réfugiée sur la terrasse du Restaurant L’Hôtel-de-Ville. Il fait moins chaud qu’en plaine, mais quand même. Sur les tables, les demis de rosé s’évaporent en accéléré. Les discussions sont variées: on passe de la sélection de la meilleure feuille pour se nettoyer les fesses (la gentiane apparemment) à l’annulation des Fêtes de Genève: «Ils ont les plus grosses banques du pays et ils ne peuvent se les payer», persifle l’un. «Aux hôteliers de raquer!» riposte l’autre. Le lendemain vers 9 h 30, premiers coups de pédale. Jusqu’au Brassus, tout va bien. Mais le Marchairuz pointe son nez. Malgré l’aide du vélo électrique, la pente est rude (300 mètres de dénivelé sur quatre kilomètres). Au premier replat, au Pré de bière, une fromagerie tend les bras au visiteur. Le fromager raconte volontiers son travail: la traite, la confection des 15 tonnes de gruyère. Enthousiasmé, on fait des provisions, on recharge la batterie. Un mot pour les lecteurs de la Tribune? Venu avec sa femme boire un canon, un autre éleveur prie les cyclistes de refermer derrière eux les «clées d’ar», ses ouvertures amovibles dans les enclos traversés par les chemins. Puis il s’embarque dans une discussion sur le retour du loup. Il est contre. Rien que la combe des Amburnex vaut le déplacement. Après avoir, grâce à un ouvrier agricole compatissant, décoincé ma chaîne de vélo, je glisse doucement le long du chemin numéro 7 en direction de l’ouest. Pas un coup de pédale sur deux kilomètres. Puis un coup de reins et, hop, on franchit la dernière pente du Jura. «I’ve been on the mountain top and I’ve seen the promised land», disaient Moïse et Martin Luther King. Du haut du Jura, on voit Genève et son lac.

A Bassins sans tour de reins

On descend par de petites routes et, vers midi, c’est l’arrivée à Bassins, joli village avec son église clunisienne du XIe, malheureusement mal refaite dans les années 60. On lui pardonne, car un attachant cimetière s’enroule autour de l’église comme un escargot. Un pin balance sa ramure et ombrage le visiteur. On y resterait bien quelques millénaires… Depuis Bassins, il faut commencer à suivre sérieusement le chemin marqué pour les cycles, car les routes de toutes sortes s’entrecroisent. Comme les panneaux indicateurs pour vélo sont rares et nains, ce n’est pas si facile, mais ce serait dommage de se tromper: les organisateurs ont sélectionné les chemins les plus faciles et les moins fréquentés. En suivant une pente molle, on passe Genolier, Givrins, Gingins, Grens et compagnie. Des bistrots tendent les bras. On résiste héroïquement. La visite du Centre historique de l’agriculture ou du château de Bossey, ce sera aussi pour une autre fois.

Jouir sans entraves

Quand on reste longtemps la tête enfoncée dans le guidon, les pensées les plus étonnantes vous arrivent. Tiens, ces jambes, faudrait-il les épiler? Paraît que c’est la mode, non? D’un autre côté, on n’a pas fait Mai 68 pour s’épiler, mais pour jouir sans entraves! Oui, mais comment faire à vélo? Épineuse question. Après Chavannes-des-Bois, on passe par des chemins forestiers et vers 15 heures, surprise, on se retrouve à Ferney sans avoir vraiment cherché à y aller. D’accord, je me suis un peu trompé de route sur la fin. Pas grave: tous les chemins mènent à Genève. (TDG)

Créé: 09.08.2018, 16h31

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Pratique

Véhicule
On peut louer des vélos électriques dans divers magasins genevois. Un vélo de ville convient. Attention à la capacité de la batterie.
Transport
Prendre un aller en train pour Le Sentier et un autre billet pour le vélo. Avec le demi-tarif, compter une trentaine de francs. Le voyage dure environ deux heures, avec deux changements, l’un à Renens, l’autre au Day.
Nuitée
La vallée compte un grand nombre d’hébergements. On s’est arrêté au Prébois, au Solliat, une jolie ferme ancienne reconvertie. Coût de la nuit: 80 francs.
Retour
Suivre l’itinéraire 7 jusqu’à Genolier, via Le Brassus, puis, avant le col du Marchairuz, la combe des Amburnex. Passer le Jura et suivre Bassin. À partir de Genolier, suivre l’itinéraire 50 jusqu’à Genève. Distance totale: 68,9 km.
M.BN

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