En 1602, on mangeait peu et mal et on suivait 60 heures d'école

Escalade genevoiseSamedi et dimanche, on se plonge dans la vie quotidienne de la Cité aux XVIe et XVIIe siècles.

Samedi et dimanche, les festivités de l’Escalade mettent à l’honneur la vie quotidienne à Genève pendant les XVIe et XVIIe siècles.

Samedi et dimanche, les festivités de l’Escalade mettent à l’honneur la vie quotidienne à Genève pendant les XVIe et XVIIe siècles. Image: E. Elzingre

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Guerres régulières avec le belliqueux voisin savoyard, hivers à rallonge, épisodes de peste, mauvaises récoltes, famines… Il ne faisait pas vraiment bon vivre à Genève aux XVIe et XVIIe siècles! Le quotidien des Genevois en ce temps-là: c’est le thème choisi pour l’édition 2016 de l’Escalade fêtée ce week-end. L’historien Claude Bonard raconte cette époque ce samedi dans une conférence publique, à travers des lectures. «Je voulais mettre en valeur les historiens genevois qui ont beaucoup écrit, et avec qualité, sur le sujet.» Immersion dans la peau d’un habitant de Genève et éclairages de l’historien.

Lire aussi: – Haut de la page Piques et mousquets: les choix de la rédaction

200 litres de vin chacun

Il n’est pas citoyen ni bourgeois. Il n’est pas né à Genève alors en tant qu’étranger établi dans la Cité, il appartient à la classe des habitants, privés de droits politiques et aux droits civils limités. Sa journée commence par un frugal petit-déjeuner au pain noir sans lait ni beurre – produits difficiles à transporter et à stocker, seuls les riches peuvent alors se les offrir –, qui ne remplit pas un ventre habitué à gargouiller. «On mange rarement à sa faim. Le XVIIe siècle connaît une importante détérioration climatique, avec des gelées tardives, des pluies abondantes, les récoltes sont mauvaises, raconte Claude Bonard. A quoi s’ajoutent guerres et blocus économiques qui entravent le commerce. Un ambassadeur vénitien écrit en 1589 qu’on trouve sur les routes des environs de Genève «des gens morts, l’herbe à la bouche…».

Alors on rationne. Mais la rave, le chou et une poignée de haricots ne suffiront pas pour toute la famille, ce soir il faudra peut-être aller quémander quelques rations supplémentaires à l’Hôpital général. «Les Genevois défavorisés venaient y demander de la nourriture ou de quoi se vêtir. Cette institution, fondée en 1535 et qui occupait l’actuel Palais de justice, avait pour mission de prêter assistance aux pauvres gens. Elle a été rapidement débordée car elle remplissait plusieurs fonctions, à la fois hospice, orphelinat, asile ou encore foyer pour les personnes âgées. Un médecin, un chirurgien, un apothicaire et un barbier y étaient affectés.»

Après avoir quémandé, il noiera la disette dans un peu de vin. Le ventre est souvent vide mais le gosier, lui, est rarement sec: à Genève, on consomme en moyenne 200 litres de vin par personne et par an! «Le vin et le cidre étaient les boissons les plus consommées. On buvait très peu d’eau car elle était polluée.»

Près de 60 heures d’école!

Il est plus que temps de quitter le logis, en travaux. Dans son corset de murailles, la Cité peine à construire alors pour accueillir l’afflux de milliers de réfugiés huguenots, elle surélève à tour de bras. «Entre 1550 et 1560, la population genevoise a doublé, atteignant plus de 20'000 âmes. Il fallait les loger.» L’habitant est en retard pour déposer ses enfants à l’école – sur les dix engendrés, ils ne sont plus que six… pour l’instant. «Au XVIIe, la moitié des enfants n’atteignait pas l’âge adulte et le quart des enfants mourait avant l’âge d’un an.» Ce jeudi matin, ils sont un peu dissipés. Il leur reste pourtant encore 23 heures d’école jusqu’à samedi, avant d’enchaîner les heures de sermon et de catéchisme dimanche… «En 1602, il n’existait que deux établissements scolaires, le Collège – pour le primaire et le secondaire – et l’Académie – de niveau universitaire. Dans des classes de 50 à 100 élèves, on apprenait à lire, à écrire, en latin comme en grec, la syntaxe avec Virgile, la grammaire, la rhétorique et des exercices pratiques de déclamations le mercredi. Un total de 60 heures de cours!»

Le père espère que ses enfants travailleront assidûment, pour entrer à l’Académie plutôt que de finir à la Discipline, la maison de correction installée à Saint-Antoine… Il est en retard aussi à la cordonnerie, c’est devenu une habitude. Peut-être serait-il plus ponctuel s’il exerçait son métier rêvé: maître imprimeur. Mais un habitant ne peut pas prétendre à ce métier, seuls les citoyens et les bourgeois le peuvent. En tant qu’imprimeur, il aurait certainement autre chose à croquer qu’une rave molle car le secteur est en plein essor. «La Réforme a donné un élan extraordinaire à l’imprimerie. Genève est devenu un centre majeur dans ce domaine, grâce notamment aux compétences des huguenots réfugiés dans la Cité. On a produit à tour de bras des bibles et œuvres des réformateurs! Ce secteur était toutefois régi par les ordonnances somptuaires – législation promulguée par la Compagnie des pasteurs qui contrôlait la vie publique et privée.»

La journée se termine. L’habitant s’endort en rêvant à son imprimerie. Elle verra le jour un siècle et demi plus tard, en 1782, quand ses descendants auront revendiqué leurs droits par les armes et fait abolir les privilèges.


Dimanche, le grand cortège historique

Plan du cortège

Ordre de marche

Le cortège historique réunit 800 participants costumés. Il démarre dimanche à 17 h au parc des Bastions. L’éclairage est assuré par les porteurs de pots à feu et de torches. Les divers groupes défilent en ordre strict.

Les autorités

L’ouverture du cortège se fait en musique, avec en tête les fifres et tambours de la Basler Verein Genf, qui fêtent cette année leur 50e participation à l’Escalade. Ils sont suivis par les autorités, dont l’huissier, le sautier, la délégation du Petit Conseil, les seigneurs syndics, entre autres.

La justice

Arrivent ensuite le sinistre et redouté bourreau, accompagné par le guet, le lieutenant de justice, les auditeurs et les gardes, le geôlier, la garde soldée et l’un des héros de l’Escalade: Isaac Mercier.

Les ecclésiastiques

Théodore de Bèze mène ce groupe, suivi d’une délégation de la compagnie des pasteurs, de professeurs et de régents du collège.

Le peuple de Genève

C’est enfin au peuple de faire son entrée, avec femmes et enfants, ainsi que Dame Royaume et Dame Piaget entourant le char des trophées pris à l’ennemi savoyard.

Ceux de la campagne

Le châtelain de Jussy est accompagné de sa femme et des communiers, ainsi que le ministre des Evangiles et les communiers de Peney.

La milice bourgeoise

Le groupe qui ferme la marche se compose des piquiers, artilleurs, pétardiers ou encore arquebusiers, sous les ordres du commandant du régiment de la Porte Neuve. (TDG)

Créé: 07.12.2016, 23h00

Conférence

Claude Bonard propose des lectures choisies d’ouvrages d’auteurs genevois – Alfred Dufour, Anne-Marie Piuz, Bernard Lescaze, Paul Guichonnet, entre autres – pour revivre la vie quotidienne à Genève en 1602. Rendez-vous à l’auditoire Calvin samedi à 14 h 30 et 15 h 45. A.T.

Le président de la Confédération à L'Escalade


Johann Schneider-Ammann assistera aux festivités de l’Escalade. Le président de la Confédération sera reçu par le Conseil d’Etat ce dimanche 11 décembre. Il sera accompagné par les membres du Conseil d’Etat de Bâle-Ville, en visite confédérale. Les autorités auront ainsi l’occasion d’assister au traditionnel cortège historique de la Compagnie de 1602. X.L.

Piques et mousquets: les choix de la rédaction




A la Treille, au Bourg-de-Four ou encore dans la cour de Saint-Pierre,
on (re)découvre les armes de l’époque, piques, arquebuses et mousquets, avec de nombreuses démonstrations.

Vendredi, samedi et dimanche. Lieux et horaires sur «www.1602.ch»

Visite guidée Le Consistoire

Le Consistoire, c’est quoi déjà?
Cette instance créée en 1541 pour faire appliquer la discipline ecclésiastique se dévoile à travers une balade de la chapelle des Macchabées à la terrasse Agrippa-d’Aubigné, ponctuée d’anecdotes
et d’histoires de Genevois qu’elle a remis à l’ordre…

Samedi de 14 h à 17 h, départs toutes les 30 minutes, à la chapelle des Macchabées.

Exposition Haro sur le faste!

Saviez-vous que dès 1558, il était interdit d’arborer plus de deux bagues ou de porter des chaînes d’or et d’argent? Une série de règles ont en effet été promulguées par la Compagnie des pasteurs sur le luxe, de l’habillement à l’alimentation, des loisirs aux dépenses des banquets et autres célébrations. Une exposition présente ces Ordonnances somptuaires.


Samedi de 14 h 30 à 17 h et dimanche de 14 h à 16 h, à l’Hôtel-de-Ville.

Artisanat Suivre le fil de laine

Les paysannes de Jussy sortent fuseaux et rouets pour remonter le fil de la laine, du mouton à la chaussette. Elles vont carder, peigner, filer et tricoter!

Samedi de 11 h 30 à 21 h, dimanche de 11 h 30 à 16 h 30 à la Treille.

Enfants Jeux anciens

Les plus petits peuvent profiter d’animations et de jeux anciens.

Samedi de 14 h à 17 h et dimanche de 11 h à 15 h 30 à la cour de Saint-Pierre; dimanche de 11 h à 15 h 30 à la Treille.

Incontournable Passage de Monetier

C’est un incontournable et une tradition: la porte du secret passage de Monetier s’ouvre une fois par an, durant le week-end de l’Escalade. L’occasion d’une visite insolite.

Samedi de 10 h à 22 h et dimanche de 10 h à 17 h. Entrée à la rue du Perron 19. A.T.

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