Le paysagiste qui se dope à la politique

Un candidat au saut du lit (7/16)L’ancien conseiller d’État PDC Luc Barthassat, passé au MCG, aimerait bien relancer sa carrière en Ville.

Luc Barthassat a pris l’habitude d’enchaîner 
les rendez-vous dans un café de Plainpalais.

Luc Barthassat a pris l’habitude d’enchaîner les rendez-vous dans un café de Plainpalais. Image: PIERRE ALBOUY

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Luc Barthassat débarque en trombe à la Presse. Une arrivée tonitruante qui réveille les rares clients matinaux somnolant encore dans ce café de Plainpalais. «J’en peux plus, s’exclame le néo-MCG. J’ai déjà eu quatre téléphones.» Il s’excuse pour son léger retard: «Le tram part toujours à 7h05 et là il ne démarrait pas.» Ah, ces maudits transports publics… Qui lui faisaient déjà des misères quand il était en charge de la Mobilité au Conseil d’État. En 2014, la crise aux TPG avait débouché sur une journée de grève et signé le premier épisode d’une série où le magistrat s’est retrouvé isolé au sein du gouvernement.

Depuis que les Genevois ne l’ont pas réélu en 2018, Luc Barthassat pointe au chômage. Enfin, ça, c’est le statut officiel. En réalité, l’homme est comme à son habitude très occupé. Et sollicité. Chaque matin, il enchaîne les rendez-vous, souvent à la Presse. Il explique que des associations lui envoient des jeunes en difficulté, d’autres des personnes suicidaires. Il les écoute, tente de les remettre dans le droit chemin: «J’essaie toujours de trouver des solutions.» S’il est élu, il promet de consacrer une demi-journée par semaine pour recevoir les associations de quartier dans son bureau.

Carnet d’adresses

Ce vendredi, sa journée commence avec un ancien militant PDC qu’il est parvenu à attirer dans les filets du MCG et qui est candidat au Conseil municipal de Thônex. «On tient un stand samedi et je m’assure que tout est en ordre», explique Luc Barthassat. Lui, c’est Mauro Poggia qui l’a convaincu de se présenter en Ville de Genève, quelques semaines seulement après sa démission du PDC l’automne dernier.

Le «parti antifrontaliers primaire», c’est fini, veut croire le candidat à la Mairie. «On doit changer cette image, enchaîne-t-il. C’est la seule façon de conserver notre importance. Au Conseil municipal, on est le groupe qui fait pencher la balance d’un côté comme de l’autre.» Il reprend son souffle et glisse: «On a repris le rôle du PDC de l’époque.»

«À la campagne, j’ai eu des boulots où je me retrouvais tout seul. Je crois que c’est pour ça que j’ai été attiré par la politique»

Luc Barthassat, ancien conseiller d'Etat

Il est à peine 8h et voilà le deuxième rendez-vous qui franchit le seuil de la porte. Un chef d’entreprise a fait appel à l’ancien conseiller d’État pour débloquer une situation diplomatique dans un pays africain. Comme souvent, le populaire et «accessible» Barthassat fait jouer son réseau, que l’on sait énorme. On lui suggère d’ouvrir une société de conseil. «Je ne peux pas me faire payer pour avoir rendu des services, s’étrangle-t-il. C’est ma manière d’être. Pour moi, ce n’est pas du travail. Pour moi, le travail, c’est enfiler une salopette. Planter un arbre. Construire un mur. Nourrir les cochons et les chevaux.»

C’est enfant que Luc Barthassat a pris l’habitude de se lever de bonne heure. Avant l’école, son père l’envoyait ramasser les œufs dans la ferme familiale, à Landecy. «Je prenais un vieux gant de chantier, mon frère éclairait avec la lampe de poche», se rappelle-t-il. Le réveil sonnera encore plus tôt (5h) quelques années plus tard, lorsqu’il entamera un apprentissage de paysagiste à Corsier. «On était censés commencer à 7h mais on arrivait chaque matin à 6h45, ce qui nous permettrait ensuite de gagner des journées de congé et de faire tous les ponts.»

Manque d’«adrénaline»

Après son apprentissage et six ans en sac à dos à parcourir le monde, Luc Barthassat fonde une entreprise de paysagiste. Il œuvre aussi dans les vignes familiales. «À la campagne, j’ai toujours eu des boulots où je me retrouvais tout seul, dit-il. Je crois que c’est pour ça que j’ai ensuite été attiré par la politique. J’ai découvert un monde où les gens discutent les uns avec les autres et tissent des relations.» Chaperonné par Jean-Philippe Maitre, il accède au Grand Conseil en 1993 et initie alors une carrière de quinze ans qui s’arrêtera brusquement au terme de son premier mandat au Conseil d’État.

Aujourd’hui, Luc Barthassat reconnaît que «l’adrénaline» de la politique lui manque. Installé en ville depuis six ans, il «ne veut pas retourner à la campagne». Et tant pis si, désormais, sa moto croupit la plupart du temps au garage.

Créé: 27.01.2020, 06h55

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