«Payons la redevance, mais sur un compte bloqué»

GrogneL'ancien maire de Genève Manuel Tornare ne décolère pas face à la volonté de la RTS de déplacer ses forces à Lausanne. Il appelle Genève à se réveiller.

«Nous voulons garder la télé à Genève au nom de la cohésion nationale», tonne l'ex-conseiller national socialiste.

«Nous voulons garder la télé à Genève au nom de la cohésion nationale», tonne l'ex-conseiller national socialiste. Image: Jean-Bernard Sieber

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C'est la goutte d'eau de trop pour certaines personnalités genevoises. «Si la RTS n'avait pas décidé de déménager à Lausanne, elle n'aurait pas eu besoin de remercier avant l'heure certains de ses collaborateurs», estime le socialiste Manuel Tornare. Que la télévision aille s'installer sur le campus de l’EPFL à Ecublens continue d'insupporter des politiciens genevois, dont certains avaient lancé une pétition en ligne, au printemps dernier, pour maintenir l'actualité à Genève. Puis, le Conseil d'État s'était à son tour mobilisé cet automne: «Outre la défense de Genève, l’équilibre des médias est nécessaire». Il avait motivé son courroux dans un long courrier adressé à la SSR, signé par son président Antonio Hodgers.


Lire également «La RTS pousse des seniors vers la sortie»

«Vu les retombées qu’aura cette décision pour notre canton, tant en matière économique que de positionnement stratégique, le Conseil d’État de la République et Canton de Genève accorde à ce dossier une très haute importance. Par la présente, nous tenons donc à vous réitérer notre ferme opposition à un éventuel départ de l’actualité télévisuelle hors de Genève», pouvait-on lire dans ce courrier que la «Tribune de Genève» avait réussi à se procurer (notre édition du 30 novembre). «Genève vit avec le sentiment d’une trahison de la part de la RTS, car la connaissance d’un tel transfert s’est matérialisée au lendemain même de la votation No Billag. Soucieux de préserver la pluralité et la qualité de l’information, les Genevois s’étaient sérieusement engagés contre l’initiative No Billag visant à supprimer la redevance de la RTS. «Belle façon de les remercier!», expliquait alors le président de l'Exécutif Antonio Hodgers dans nos colonnes. Un sentiment d’avoir été dupé que partage totalement l'ancien maire de la Ville de Genève Manuel Tornare et qui, à l'entendre, dépasse la sphère politique: «La population souhaite que l’esprit confédéral de la décentralisation demeure. Genève est financièrement solidaire avec le reste de la Suisse, il faut aussi que ça aille dans l’autre sens. À force d’agir ainsi la RTS va perdre toujours plus d’adhésion. Et sa redevance à la longue.»

Une vaine croisade puisque cette même RTS a bel et bien fini par décider de s'installer à Écublens. Très actif sur ce dossier lors de sa dernière législature au Conseil national, Manuel Tornare n'en démord pas: «La couverture médiatique de Genève, deuxième ville de Suisse, et de son agglomération, pâtira de l’éloignement géographique du centre de production de l’actualité et par conséquent du 19h30. Et puis, pourquoi vouloir bâtir un nouveau bâtiment flambant neuf à Écublens alors que la tour de la RTS a été rénovée à grands frais? Ce projet commercial de louer des surfaces vacantes éloigne la RTS de sa mission de service publique.»

Très en colère, le bouillant socialiste et ex-conseiller national n'est pas prêt à baisser les bras et il appelle les Genevois à se réveiller: «Nous pourrions envisager de payer notre redevance sur un compte bloqué, le temps de ramener la RTS à la raison. Nous voulons garder la télé à Genève au nom de la cohésion nationale. Nous ne sommes pas un pays jacobin!»

Mais n'est-ce pas trop tard, comme le laissait déjà entendre le journaliste économique Marian Stepczinski, cet automne dans nos pages. Voilà ce qu'il écrivait dans sa chronique intitulée «Lausanne, aspirateur à médias»: «Tenter de résister à l’attraction lausannoise est de la part des édiles genevois une réaction bien naturelle, mais tardive. On a laissé disparaître les imprimeries genevoises, fait sombrer le «Journal de Genève» alors que les moyens existaient de le sauver, tout comme «La Suisse» aurait pu l’emporter sur sa concurrente «Tribune de Lausanne» devenue «Le Matin», si certaines fautes stratégiques n’avaient pas été commises. Bref, entre ces deux villes rivales sans le dire, il s’est joué une discrète partie, perdue par la plus grande, qui trop souvent a préféré regarder au loin, au lieu de s’intéresser à son proche voisinage. Dommage.»

Créé: 07.02.2020, 21h11

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Selon Hodgers, les récentes votations bloqueront la construction de 20.000 logements
Plus...