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«Payer un médecin comme un coiffeur, est-ce normal?»

Pour les médecins genevois, la révision des tarifs médicaux entraînera une baisse de la qualité des soins.

Michel Matter, président de l’Association des médecins de Genève.
Michel Matter, président de l’Association des médecins de Genève.
Laurent Guiraud (archives)

«Opérer la cataracte ou le tunnel carpien au prix d’une coupe de cheveux, est-ce normal?» demande Michel Matter. Le président de l’Association des médecins de Genève (AMG) a le sens de la formule. Selon lui, si la révision des tarifs médicaux, voulue par le conseiller fédéral Alain Berset, entre en vigueur en janvier 2018, le temps consacré aux consultations sera réduit à vingt minutes. Et la rémunération de certains actes dégringolera tellement qu’ils ne seront plus rentables. Toute la chaîne de soins en pâtira, affirme l’AMG qui compte faire pression sur les autorités fédérales pour les amener à revoir le projet.

Consultation en 20 minutes

Se plaçant du point de vue du patient, Michel Matter tire la sonnette d’alarme: «La durée d’une consultation sera réduite à vingt minutes. Le médecin aura droit à trente minutes, tous les trois mois, pour parler à l’entourage du patient et aux équipes de soins à domicile. C’est la vision des assureurs qui triomphe: les patients doivent être identiques et en pleine santé.»

«Recevoir une personne âgée qui éprouve de la difficulté à se déshabiller ou un patient souffrant d’une maladie neurologique prend beaucoup plus que vingt minutes! s’indigne le Dr Didier Châtelain, vice-président de l’AMG et médecin de premier recours. L’examen physique représente la base de la médecine de premier recours. Nous enlever du temps est une absurdité totale!» La cancérologue France Laurencet donne un autre exemple, celui «d’une femme à qui on annonce un cancer. Lui expliquer que la chimiothérapie peut la stériliser ou avoir des effets toxiques est impossible en vingt minutes. Le patient a besoin de temps.»

Le sentiment des médecins est partagé par Jean-Paul Derouette, président de la section genevoise de l’Association suisse des patients: «Standardiser la consultation est une erreur grave. La qualité des soins en pâtira. Encore une fois, on fait fi de la volonté populaire et on nous impose le diktat des assureurs.»

«Dix à onze heures par jour»

L’AMG se dit scandalisée par le fait que «les assureurs aient fixé eux-mêmes le minutage de certaines opérations». Une hérésie. Du point de vue médical, la réforme ne tient pas compte de la difficulté du métier et des responsabilités pesant sur les épaules des médecins.

«On dit que nous gagnons trop, mais a-t-on compté nos heures? Je travaille dix à onze heures par jour», pointe Didier Châtelain. «Faire tourner un cabinet, c’est 70 à 80 heures par semaine», ajoute France Laurencet. «Les tarifs n’ont pas évolué en vingt ans. On a enlevé aux généralistes la possibilité de faire de la radiographie et du laboratoire. On a supprimé le forfait de 40 francs pour les visites à domicile… Cette baisse de revenu va à l’encontre de la volonté politique de lutter contre la pénurie de médecins de premier recours», déplore Didier Châtelain.

Selon l’AMG, si la réforme des tarifs passe en l’état, certains actes ne seront tout simplement plus rentables. Filant la métaphore capillaire, Guy Donati, président des ophtalmologues genevois, lance: «Si la société estime que le travail d’un chirurgien ne vaut pas davantage que celui d’un coiffeur, cela ne me dérange pas. Mais cela ne tient pas compte de la réalité économique. Il existe des coûts incompressibles.»

Selon les médecins, le tunnel carpien sera facturé 40 francs, une cataracte 65 francs, contre 400 francs aujourd’hui. Une circoncision ne sera plus rémunérée 108 francs mais entre 70 et 80 francs, selon le chirurgien pédiatre Alain Lironi. «On estime que l’opération prend vingt minutes alors qu’elle dure trois quarts d’heure», précise-t-il.

On hospitalisera davantage

Conséquence? Des gestes assurés en ambulatoire basculeront vers l’hospitalier. «Au lieu de travailler à perte, certains collègues préféreront hospitaliser leurs patients», prévoit le Dr Lironi. Pour France Laurencet, le transfert de certaines chimiothérapies vers l’Hôpital contraindra des cabinets à réduire le personnel. «Veut-on vraiment créer du chômage?»

Notons que l’AMG n’est pas seule à redouter ce tournant. L’association nationale des hôpitaux suisses, H +, s’oppose également à la réforme tarifaire. Elle estime qu’elle alourdira le déficit des hôpitaux dans le secteur ambulatoire, le faisant passer de 600 à 900 millions de francs, et contribuera à diminuer la qualité des soins.

Ce déficit devra être comblé par les subventions et donc les impôts, argue l’AMG, pour qui le bénéfice attendu de la réforme (700 millions de francs) n’aura pas le moindre effet sur les primes maladie.

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