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Patrick Devanthéry: «La rade de Genève peut faire rêver»

Le site emblématique doit désormais mieux répondre aux aspirations des habitants. Interview de Patrick Devanthéry présidera un concours.

Les bains flottants du pont de la Machine. Construits en 1889, ils furent démolis en 1918. La structure était formée par quatre coques de bateau et évidée en son centre. D'une longueur de 50 mètres, les bains offraient des bassins séparés pour les femmes et les hommes ainsi qu'une centaine de cabines. L'entrée coûtait 4 sous et 30 centimes pour une cabine. En raison des prix modiques fixés par la Municipalité, la pose de panneaux publicitaires fut autorisée. Chose qui fut jugée de mauvais goût par les esthètes.
Les bains flottants du pont de la Machine. Construits en 1889, ils furent démolis en 1918. La structure était formée par quatre coques de bateau et évidée en son centre. D'une longueur de 50 mètres, les bains offraient des bassins séparés pour les femmes et les hommes ainsi qu'une centaine de cabines. L'entrée coûtait 4 sous et 30 centimes pour une cabine. En raison des prix modiques fixés par la Municipalité, la pose de panneaux publicitaires fut autorisée. Chose qui fut jugée de mauvais goût par les esthètes.
Centre d'iconographie genevoise
L'aspect de la rade a beaucoup changé au fil de l'histoire, au gré des fortes variations du niveau du lac. L'archéologue Pierre Corboud affirme qu'en 1000 av. J.-C., le lac était si bas qu'il ne s'écoulait plus, buttant sur le «banc de travers». C'est à partir de ce banc, situé entre Sécheron et la Nautique, que le fond du lac remonte. Il forme ainsi un bassin naturel, profond d'environ 4?mètres et propice au mouillage. Voici la première définition, physique, de la rade.Mais au XIXe siècle, quand il s'agit d'agrandir les installations portuaires, on envisage de créer deux grandes jetées pour mettre les bateaux à l'abri dans une rade. Ici, le terme désigne alors un port.Au XXe siècle, quand il s'agit de préserver le site, on fait référence aux bâtiments qui l'entourent. La rade n'est plus un plan d'eau, mais un espace délimité par un tissu urbain. La rade, on le voit, est à géométrie variable.
L'aspect de la rade a beaucoup changé au fil de l'histoire, au gré des fortes variations du niveau du lac. L'archéologue Pierre Corboud affirme qu'en 1000 av. J.-C., le lac était si bas qu'il ne s'écoulait plus, buttant sur le «banc de travers». C'est à partir de ce banc, situé entre Sécheron et la Nautique, que le fond du lac remonte. Il forme ainsi un bassin naturel, profond d'environ 4?mètres et propice au mouillage. Voici la première définition, physique, de la rade.Mais au XIXe siècle, quand il s'agit d'agrandir les installations portuaires, on envisage de créer deux grandes jetées pour mettre les bateaux à l'abri dans une rade. Ici, le terme désigne alors un port.Au XXe siècle, quand il s'agit de préserver le site, on fait référence aux bâtiments qui l'entourent. La rade n'est plus un plan d'eau, mais un espace délimité par un tissu urbain. La rade, on le voit, est à géométrie variable.
Centre d'iconographie genevoise
Aménager les rives n'est pas un acte innocent. La création des quais et des promenades change les usages… et les usagers. Aux Bergues, Dufour entame ce mouvement d'embourgeoisement des rives qui se prolonge durant tout le XIXe siècle. Les activités artisanales (boucheries, indienneries) disparaissent et sont remplacées par des quais et des promenades destinés à la flânerie. Ces aménagements créent une coupure. Le lac n'est plus un espace utile, il devient un spectacle pour flâneurs. Le tourisme est une industrie florissante. Les élites intellectuelles se retrouvent dans les palaces construits en nombre sur la rive droite. Un Jardin anglais est créé en 1863, devant l'Hôtel de la Métropole (photo). La Ville édicte des règles de construction strictes pour les immeubles sur les nouveaux quais. Réfractaire à tout désordre, elle interdit les édifices sur l'eau, comme les bains flottants. Le Jet d'eau et l'embellissement causé par l'Exposition nationale de 1896 achèvent de faire de la rade un monument. Dès les années 1950, l'architecture moderne perturbe cet ensemble. En réaction, un plan de site est voté en 1978 pour conserver «ce site touristique par excellence». La rade devient aussi intouchable que les fortifications au XIXe siècle. Même les nombreux partisans d'une traversée routière n'arriveront pas à briser ce tabou.
Aménager les rives n'est pas un acte innocent. La création des quais et des promenades change les usages… et les usagers. Aux Bergues, Dufour entame ce mouvement d'embourgeoisement des rives qui se prolonge durant tout le XIXe siècle. Les activités artisanales (boucheries, indienneries) disparaissent et sont remplacées par des quais et des promenades destinés à la flânerie. Ces aménagements créent une coupure. Le lac n'est plus un espace utile, il devient un spectacle pour flâneurs. Le tourisme est une industrie florissante. Les élites intellectuelles se retrouvent dans les palaces construits en nombre sur la rive droite. Un Jardin anglais est créé en 1863, devant l'Hôtel de la Métropole (photo). La Ville édicte des règles de construction strictes pour les immeubles sur les nouveaux quais. Réfractaire à tout désordre, elle interdit les édifices sur l'eau, comme les bains flottants. Le Jet d'eau et l'embellissement causé par l'Exposition nationale de 1896 achèvent de faire de la rade un monument. Dès les années 1950, l'architecture moderne perturbe cet ensemble. En réaction, un plan de site est voté en 1978 pour conserver «ce site touristique par excellence». La rade devient aussi intouchable que les fortifications au XIXe siècle. Même les nombreux partisans d'une traversée routière n'arriveront pas à briser ce tabou.
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Patrick Devanthéry présidera le jury du concours d’idées pour réaménager la rade de Genève (Lire: Genève en quête d'idées pour rendre la rade plus conviviale). Il nous a reçus dans son bureau des Eaux-Vives pour nous expliquer comment il envisage ce concours et les perspectives qu’il offre. Agé de 62 ans, l’architecte a travaillé durant trente-quatre ans, jusqu’en 2014, avec Inès Lamunière. Ensemble, ils ont réalisé l’Ecole de Cressy, le Nouveau Prieuré à la Gradelle ou la rénovation de la tour TV. A Lausanne, ils ont aussi construit l’Opéra et le siège de Philip Morris. On sent l’architecte enthousiaste à l’idée de présider ce jury. Interview.

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