Il partage son studio genevois contre du sexe

Crise du logementUn homme d'une cinquantaine d'années passe une annonce: il recherche une jeune colocataire. En échange de relations intimes quelques fois par semaine.

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Une ampoule suspendue au plafond illumine les murs jaunes et décrépis de ce studio dépouillé à la Jonction. Pas de canapé, deux chaises, un seul lit. C'est l'espace qu'un locataire d'une cinquantaine d'années se propose de partager avec une jeune femme, contre des faveurs sexuelles.

«Une femme entre 20 et 30 ans, moyennement jolie et mince.»

La petite annonce parue dans la rubrique A louer d’un journal de la région mentionne uniquement la gratuité du loyer, mais les modalités sont d’emblée précisées par téléphone. Prévenu de notre visite, le Genevois — short Adidas, sandales et chemise blanche — nous répète les termes du contrat: «Je mets à disposition ma chambre, ma cuisine, le micro-ondes, la salle de bains. En échange, je demande que nous ayons des relations intimes deux ou trois?fois par semaine.»

Son ex-amie, 48?ans, rencontrée il y a quatre ans par le biais d’une annonce similaire, est présente: «Nous avons vécu ensemble durant quatre ans. Il est plutôt drôle, plein d’idées, et je n’avais pas de quoi me loger. Maintenant, il cherche quelqu’un de plus jeune, ce que je comprends.» Ses critères à lui: «Une femme entre 20 et 30?ans, moyennement jolie et mince.» L’ancien agent de sécurité et éleveur de chiens polaires, divorcé trois fois, a beau être aimable, il est certainement peu conscient de la gravité de sa proposition. «De la prostitution? Je ne vois pas ça comme ça. Il s’agit plutôt d’une forme de service rendu.»

La conséquence de la pénurie de logements

Si les échanges «appart contre sexe» se sont développés à Paris, la pratique reste rare à Genève. «C’est la conséquence de la pénurie de logements et de l’incapacité qu’ont eue les politiques à la devancer», lance la conseillère municipale d’Ensemble à Gauche Salika Wenger. «Ce sont les classes les plus défavorisées qui paient, et avant tout les femmes, encore une fois! Il s’agit là d’un pauvre qui cherche à abuser de quelqu’un d’encore plus pauvre. C’est le XIXe siècle! Et parce que cela touche au logement, qui constitue un droit fondamental, c’est pire que de la prostitution.»

La prostitution étant autorisée en Suisse, qu’en est-il légalement? «Il n’y a pas d’infraction en tant que tel dans l’échange. Par contre, l’abus de détresse est répréhensible par la loi. Une enquête peut dès lors être ouverte. Il faut néanmoins que la situation soit signalée», explique le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga, secrétaire général de l’Asloca romande.

Sous-location contraire à la morale

S’il reste difficile de faire recours à la loi, le propriétaire a quant à lui les moyens d’agir. «Même sans échange d’argent, il s’agit d’une sous-location, ce qui nécessite obligatoirement une autorisation. Il est clair qu’un tel contrat, contraire à la morale, serait refusé par le propriétaire. S’il en a connaissance, il est en droit de l’interdire et, si elle se poursuit, de résilier le contrat de bail», conclut Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière. (TDG)

Créé: 27.07.2012, 16h47

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