Le parlement genevois irrite le lobby du vapotage

SantéUn projet de loi interdit l’exposition des produits en vitrine et les tests en magasin.

Ce projet de loi vise, entre autres buts, à éviter «la banalisation des problèmes liés au vapotage».

Ce projet de loi vise, entre autres buts, à éviter «la banalisation des problèmes liés au vapotage». Image: Enrico Gastaldello

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La décision que prendra le Grand Conseil genevois pourrait bien prolonger la série noire du point de vue des vendeurs de cigarettes électroniques. Après une polémique sur une épidémie de lésions pulmonaires aux États-Unis chez des vapoteurs – qui serait liée notamment à des produits provenant du marché illégal de la drogue et à l’addition de vitamine E –, après une mise en garde controversée de l’Organisation mondiale de la santé sur la nocivité du vapotage, voici un projet de loi cantonale qui soumet la cigarette, qu’elle soit classique ou électronique, aux mêmes restrictions que l’alcool.

Interdire aux mineurs

À l’ordre du jour des séances du 16 et 17 janvier, le texte prévoit une interdiction de vente aux mineurs et du vapotage dans les lieux publics, une forte restriction publicitaire et une nécessité d’autorisation préalable à la mise en vente.

Porteur du projet, le conseiller d’État en charge de la Santé, Mauro Poggia, invite les députés à l’accepter, à l’instar de la commission compétente, qui l’a validé à l’unanimité, et mentionne entre autres arguments «les problèmes liés au risque de banalisation du vapotage».

Le médecin cantonal, Jacques-André Romand, auditionné en commission, précisait que cette pratique était «théoriquement un instrument pour arrêter de fumer» mais se révélait en réalité «un produit qui est aujourd’hui utilisé pour augmenter le pool de futurs dépendants à la nicotine. En Suisse, des études montrent qu’un adolescent garçon sur deux, de 11 à 15 ans, aurait vapoté une fois dans sa vie, et une fille sur trois. Ces produits sont fabriqués de telle sorte qu’ils sont branchés et attirants pour les jeunes.» Effectivement, des campagnes de publicité comme celles de la marque Juul mettent en scène de très jeunes personnes.

«Amalgame»

Ce n’est pas l’âge qui préoccupe Isabelle Pasini, la fondatrice de la marque Sweetch, qui compte notamment deux magasins à Genève. La présidente de la toute nouvelle Association romande des professionnels de la vape (ARPV), qui représente 55 points de vente, rappelle que ses membres se sont engagés à ne pas vendre aux mineurs.

Elle s’étonne que la Commission de l’économie, qui l’a auditionnée, n’ait pas procédé à des amendements. «Le grand public fait un amalgame sur la nocivité de l’e-cigarette, car des malheureux Américains ont acheté des produits sur le marché noir, alors qu’en Suisse, on fait bien plus attention sur les composants. C’est comme si vous mettiez du cyanure dans un verre: ce n’est pas la faute du verre!»

Deux éléments la gênent particulièrement dans le texte sorti de commission. «Premièrement, l’interdiction complète de publicité. On peut vivre sans réclame mais là, tel que c’est formulé, on ne pourra même pas exposer nos produits en vitrine! Deuxièmement, l’interdiction du vapotage dans les lieux publics signifie qu’on ne pourrait plus faire tester les produits en magasin. Or, le vapoteur a besoin de toucher, d’essayer.» Selon l’entrepreneuse, il faut introduire une exception pour les magasins spécialisés. «Je rappelle que la cigarette électronique est beaucoup plus efficace que les autres substituts au tabac, comme les patchs, pour arrêter de fumer tout en ayant du plaisir. Les deux types de cigarettes doivent être réglementés de manière différente.»

Inciter les non-fumeurs?

Dans le compte rendu de son audition, la présidente de l’ARPV explique que dans le cas de nouveaux vapoteurs, «les vendeurs leur disent clairement qu’il n’y a aucun intérêt à commencer à vapoter».

Une affirmation que contredit partiellement notre expérience: dans un magasin du quartier de Plainpalais, on se présente comme non-fumeuse tentée par le vapotage. «Ah, c’est juste pour vapoter tranquille pendant l’apéro? Alors j’ai ce qu’il vous faut, je vous conseille la gamme de produits entre 25 et 35 francs.» Le jeune homme déconseille bien d’emblée de se diriger vers les liquides avec nicotine, pour ne pas créer de dépendance, mais est prêt à vendre les liquides sans substance.

Isabelle Pasino n’en démord pas, «c’est normal, sans nicotine, c’est la même chose que la fumée de spectacle ou de discothèque. Inhaler est juste une nouvelle façon de savourer les saveurs».

La représentante du secteur estime cependant que les usagers réunis dans une autre association, Helvetic Vape, ont formulé des demandes beaucoup trop poussées. «Ils souhaitent une vente de liquides et produits de vapotage dès 12 ans sans la substance active et dès 16 ans avec la nicotine. Il s’agit sans doute d’une stratégie que de demander beaucoup pour obtenir un peu.»

Dépendance possible

Le médecin directeur du CIPRET Genève, dont la mission est la prévention du tabagisme, estime que les nouvelles mesures doivent être soutenues.

«Le vapotage est dans un vide juridique depuis le début, rappelle Jean-Paul Humair. La loi fédérale n’en finit pas de ne pas venir. Même si elle est beaucoup moins nocive que le tabac, la cigarette électronique peut rendre dépendant à la nicotine et on ne peut actuellement pas exclure une toxicité à long terme. Alors le principe de précaution s’applique. La publicité sera aussi interdite sur le domaine privé visible du domaine public, donc dans les vitrines. Cette loi est cohérente et peut contribuer à réduire le début du vapotage chez les jeunes.»

Créé: 14.01.2020, 19h30

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