Le parcours d’obstacles d’un électron libre

Une candidate au saut du lit (11/16)Militante féministe et ancienne basketteuse, Sanja Duvnjak n’appartient à aucun parti.

Rencontre avec  Sanja Duvnjak  qui a confirmé sa candidature à la mairie de la Ville de Genève, hors parti.

Rencontre avec Sanja Duvnjak qui a confirmé sa candidature à la mairie de la Ville de Genève, hors parti. Image: Laurent Guiraud

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Le parvis de la paroisse Saint-François de Sales est glacé. Bandeau en laine bleu vissé sur les oreilles, Sanja Duvnjak vient de sortir de la messe matinale. «Vous auriez dû venir, c’était une très belle homélie», nous glisse-t-elle. Depuis Noël, la candidate au Conseil administratif fréquente l’église de son quartier pour y chanter dans la chorale. Elle y va désormais même le matin, pour donner «un peu plus de sens» à sa vie, trouver sa «place dans une communauté».

Ces dernières années, la vie n’a pas fait de cadeau à cette émigrée bosnienne. C’est ce qu’elle nous confie à la table d’une épicerie italienne près de chez elle. Licenciée en 2014 de son poste de juriste dans une entreprise proche de l’aéroport, Sanja Duvnjak a décroché un contrat d’auxiliaire d’une durée d’un an au Ministère public. Depuis, plus rien. «On m’a remerciée à cause de ma personnalité, qui prend de la place. Et dans le monde d’aujourd’hui, on n’aime pas cela chez une femme. Mais je ne vais pas m’excuser d’être qui je suis.» Elle se bat en justice pendant deux ans «et quatorze audiences», en vain. Une défaite qui la pousse à se lancer en politique. «J’ai constaté que la question de l’égalité ne se joue pas devant les tribunaux. Celle-ci doit devenir un temps fort.»

Sanja Duvnjak se présente alors à l’élection du Grand Conseil en 2018, sur la liste Femmes, mais elle en est éconduite suite à des tensions internes. Encore cette forte personnalité, «qui intimide», selon elle. Elle ne renonce pas et crée sa propre liste, Égalité et équité, «avec d’autres citoyens, novices en politique». Membre du collectif de la grève féministe, elle veut mener un combat «contre l’injustice». Pour décrire la société d’aujourd’hui, elle aime citer Jean Ziegler et son «ordre cannibale du monde». «Les plus faibles paient les pots cassés, et les partis de droite sont complices de cette situation», raconte-t-elle avec fougue, renversant au passage sa tasse de thé. Pour la candidate de 41 ans, il faut donc avant tout renforcer le lien entre les Genevois. «Il faut redonner de la vie, de la convivialité dans les quartiers, notamment pour faire sortir les seniors de chez eux.»

Ce n’est pas un hasard si Sanja Duvnjak, qui a baptisé sa liste Égalité et équité, sur laquelle elle fait cavalier seul, est sensible à l’intégration. Elle arrive en Suisse avec sa mère, sa sœur puis son père pendant la guerre en Yougoslavie, en 1995. «Ils étaient issus de deux ethnies différentes et ont été séparés pendant le conflit. Nous avions un oncle qui vivait en Suisse depuis vingt ans, il était notre seule possibilité de trouver un refuge.» La jeune femme reste cinq ans à Lucerne avec sa famille puis décide de venir à Genève pour ses études de droit, mais pas seulement. «Je voulais surtout intégrer l’une des équipes de basket genevoises, qui pour moi étaient les meilleures.» En 2007, sa carrière (dans deux équipes de Ligue A et deux de Ligue B) prend fin lorsqu’elle se déchire les ligaments croisés.

Cet énième coup dur n’entame pas l’élan de la candidate, qui, en fin d’interview, vient d’entamer la conversation sur sa campagne avec un employé de la Ville assis juste à côté d’elle. Ses longs cheveux relevés dans son bonnet et son manteau enfilé, Sanja Duvnjak se prépare à partir pour Florissant. «Je vais donner un coup de main pour la campagne contre le développement à Cointrin. Comment peut-on vouloir construire dans la zone la plus polluée du canton?» tonne-t-elle, renversant à nouveau un peu du reste de son thé.

Sanja Duvnjak n’a pas de voiture. C’est donc à pied, et d’un bon pas, que la militante se met à grimper en direction du parc Bertrand. «Malgré la marginalisation et la stigmatisation que peut engendrer le chômage, je suis une battante et j’ai envie d’y aller. J’espère que mon exemple inspirera d’autres femmes.»

Créé: 31.01.2020, 07h14

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