Le paradis pour vos vieux habits existe

Croix-RougeLes vêtements démodés s’offrent un coup de jeune au centre de tri de la Croix-Rouge, pour de nouveaux propriétaires.

Francesco Fioravanti vérifie chaque détail des vêtements qui vont partir dans les magasins.

Francesco Fioravanti vérifie chaque détail des vêtements qui vont partir dans les magasins. Image: STEVE IUNCKER-GOMEZ

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Que se sont devenus les 82 869 kilos de vêtements que la Croix-Rouge genevoise a récoltés l’année dernière? Depuis les bennes, ces milliers de fripes atterrissent au centre de tri situé dans les sous-sols du Cycle d’orientation de la Gradelle, à Chêne-Bougeries.

Au bout d’un long couloir, trois salles sont consacrées à l’activité de tri. Des centaines de cartons, marqués par des étiquettes colorées, recouvrent les murs jusqu’au plafond. Un coin couture, des amas de sacs-poubelles remplis de trésors vestimentaires et des portants, qui se promènent d’une pièce à l’autre, complètent le tableau. Une quinzaine de personnes, issues des emplois de solidarité, s’affairent à redonner une seconde vie à ces habits que les donateurs ne veulent plus.

Habits revalorisés

«Au départ, il faut séparer les pièces réutilisables de celles qui vont directement à la poubelle pour être recyclées», explique Sophie Pichon, responsable par intérim du centre de tri et des Vêt’Shop de la Croix-Rouge genevoise. Vient ensuite l’étape de la valorisation, où chaque habit est passé en revue.

Les zones sensibles, telles que les poches et fonds de pantalon, sont inspectées avec minutie, de même que la solidité des boutons et l’état des fermetures éclair. L’ultime vérification réussie, le vêtement peut être envoyé dans l’un des trois magasins Vêt’Shop de la Croix-Rouge genevoise. Si, au contraire, la tenue nécessite des réparations, elle se retrouve directement entre les mains des couturières, qui la raccommodent. Un trou de mite dans une manche? Celle-ci est raccourcie. Une doublure abîmée? Remplacée par une nouvelle. Qu’advient-il des fripes jugées de mauvais goût? «Tout revient à la mode, affirme Francesco Fioravanti, employé au centre. Beaucoup de jeunes cherchent des pantalons à pattes d’éléphant, c’est dire.»

Aux magasins Vêt’Shop, tout se vend. Et parfois, le stock de donations ne suffit pas. Au besoin, la Croix-Rouge genevoise recourt alors à l’association Coordination textile qui lui fournit le surplus nécessaire. Durant l’été, la réserve estivale se trouve à flux tendu. «On livre ce que l’on ouvre dans les sacs. Notre approvisionnement d’habits d’été est déjà limité», déclare Sophie Pichon.

Souvent, il manque des vêtements d’hommes, car ces derniers les utilisent jusqu’au bout, contrairement aux femmes, qui les jettent quand elles ne les aiment plus. «On se retrouve régulièrement avec des costards où les pantalons sont trop vieux, mais les vestes se révèlent encore en bon état. On les accumule, puis on désengorge nos magasins en les soldant à 5 francs l’unité.»

Le centre de tri collabore également avec d’autres institutions. «Parfois, on vend des pièces aux étudiants de la HEAD qui préparent leurs examens finaux et l’on en prête pour des costumes de théâtre et de cinéma.»

Entre les planches à repasser et la buanderie, les petites mains abattent un travail de titan au vu de l’immense garde-robe qui transite par le centre de tri. Elles ne jettent rien car tout est réutilisé. Les draps et couvertures de grands hôtels genevois servent pendant l’hiver aux sans-abri. Le nécessaire de couture, agrémenté par les vieux boutons et fermetures éclair, rejoint les rayons de la mercerie. Le Vêt’Shop de la rue Lissignol est consacré aux fripes vintage et de marques soigneusement sélectionnées tandis que le point de vente des Acacias fournit principalement au kilo, 12 francs l’hiver et 14 l’été.

Des surprises

Frappés par un accident de la vie, les employés du centre ont perdu leur ancienne profession. Parmi les quinze collaborateurs, Francesco Fioravanti était vendeur chez Lanvin, Isabelle Oberson gainière, Léonore Comte couturière et maîtresse de sérigraphie en Équateur. Malgré ces parcours hétéroclites, l’ambiance dans l’équipe s’avère joyeuse. À 10 heures, la troupe se réunit pour la pause tartines. Ça discute du quotidien, des enfants.

«On est une grande salade de fruits», affirme Isabelle Oberson en évoquant les multiples nationalités, langues et dialectes de chacun. Divina Love travaille depuis quinze ans au centre de tri. La doyenne du groupe regorge d’anecdotes qu’elle prend un malin plaisir à raconter. «On trouve de tout dans les sacs, vraiment de tout, débute-t-elle. Il y a des habits et des surprises.» Les moins bonnes consistent en des préservatifs, parfois usagés, des seringues et, une fois, un revolver!

50 000 francs dans la poche

«En tombant sur le pistolet, on a directement appelé la police. Sinon, un jour, on a découvert un sextoy. On a beaucoup ri et puis pleuré quand Sophie Pichon nous l’a confisqué», plaisante Divina Love. «Une fois, on a trouvé 50 000 francs. C’était juste avant Noël, et la direction nous a offert 250 francs du pactole, le reste est allé sur un compte spécial.»

Sophie Pichon conclut par un autre cas insolite. «Il y a quelques années, un homme nous appelle. Il avait mis à la benne une paire de chaussures dans laquelle sa femme cachait ses bijoux. On a retourné le centre de tri, mais on ne les a jamais retrouvés.»

Créé: 19.08.2019, 18h37

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