Orphelin de ses fêtes, le grand feu n’a pas trahi

Divertissement Selon les estimations, près de 400 000 personnes se sont réunies autour de la rade. En l’absence de festivités et de stands, le public a profité d’espaces publics libérés.

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Quarante-cinq minutes. Ceux qui avaient goûté aux Fêtes de Genève dans leur version étendue – dix jours jusqu’à l’an dernier, trois semaines lorsque les Pré-fêtes allongeaient les réjouissances – ne disposaient que de ces trois quarts d’heure de feu et de lumière sur la rade. Tiré samedi soir, le grand show pyrotechnique est venu ponctuer un été calme sur les quais genevois. Le premier sans ces Fêtes de Genève qui divisent tant.

Entre ceux qui en veulent davantage et leurs adversaires en quête de quiétude, ce sont surtout deux exercices marqués par la débâcle financière qui ont eu raison du rendez-vous estival.

Il n’empêche, le grand feu était maintenu, et son succès populaire ne s’est pas démenti. Samedi soir, ils étaient près de 400 000 sur les quais – estimations de la police – à admirer le show conçu par la société vaudoise Sugyp. Plus de 4000 bombes en carton contenant 2,4 tonnes de poudre projetées dans le ciel par les artificiers. Ils avaient annoncé des émoticônes dans la nuit genevoise: promesse tenue. À chaque smiley ou cœur rappelant ceux que l’on s’envoie sur les téléphones portables, la foule réagit bruyamment, applaudit. Elle apprécie également les jeux de lumière avec le Jet d’eau, allumé en continu.

Espaces moins étouffants

La nouveauté de cette édition 2018 tenait dans l’espace public repensé. Ou plutôt débarrassé des centaines de stands qui tiraient bénéfice des Fêtes de Genève. Conséquence, la rade se gagnait en toute fluidité, ou presque. Avant, pendant ou après les fusées dans le ciel, les espaces paraissent plutôt aérés malgré la foule des grands soirs.

Il suffit de se rappeler le pont du Mont-Blanc, autrefois occupé par une grande tribune payante. Les plus fortunés y déboursaient une somme rondelette pour une place au premier rang, déclenchant une polémique sur une prétendue privatisation du spectacle. Rien de tout cela samedi soir. Mais la gratuité n’a pas empêché les kilomètres de barrières et les accès contrôlés. Aux deux extrémités du pont, les agents de sécurité ont procédé au comptage dès les premières heures de la soirée. Puis, à quelques minutes de la première salve, les portes se sont fermées. Six mille personnes, c’est la limite d’affluence que le pont peut supporter, sécurité oblige. Face aux agents inflexibles, quelques réactions d’incompréhension et de mauvaise humeur se font entendre, mais sans excès.

En revanche, les heures suivant la fin du spectacle se révéleront électriques avec des bagarres et un policier gravement blessé.

Des feux en 2019? Pas sûr

Organisatrice, la Fondation Genève Tourisme & Congrès tire un bilan satisfaisant. «Le public et le spectacle ont été au rendez-vous», se félicite la porte-parole Lucie Gerber. Alors, rendez-vous en 2019? Rien n’est sûr. Si le pilotage d’éventuelles Fêtes de Genève devrait être retiré à Genève Tourisme, la fondation affirme sa volonté de maintenir le clou du spectacle. Cette année, elle est parvenue à réunir les 800 000 francs nécessaires grâce en grande partie à la Loterie Romande. «Nous avons à cœur d’offrir les feux en 2019 et les années suivantes, souhaite rassurer Lucie Gerber. Mais ce sera uniquement à condition qu’un financement pérenne permette de nous projeter à deux ou trois ans au moins. S’il faut chercher des mécènes et sponsors année après année, ce ne sera pas possible.»


«Dans le top 5 des feux en Europe»

Le spectacle de samedi soir avait un observateur particulier. Dans le milieu des pyrotechniciens, tous connaissent Jack Suijkerbuijk. Fabricant amateur de fusées, le Néerlandais est surtout un blogueur suivi par les professionnels du secteur. Samedi soir, il était l’invité de la société chargée de tirer les feux dans la rade. «Je voyage beaucoup pour admirer des feux d’artifice et je vous garantis que ceux de Genève font partie des dix meilleurs en Europe, voire du top 5», dit-il.

Son statut d’invité le pousse-t-il à en rajouter? «Non, je le pense sincèrement. Je suis déjà venu à plusieurs reprises chez vous et chaque édition offre un spectacle de très haut niveau en termes de créativité, de professionnalisme et de planification», assure-il. Dimanche matin, quelques heures après le grand feu, son avis n’avait pas changé. «J’ai beaucoup apprécié les émoticônes et le drapeau suisse créés avec les fusées. Cela requiert une vraie maîtrise technique et des calculs extrêmement précis», explique Jack Suijkerbuijk.

Pour lui, si le show de samedi soir a été «remarquable», c’est que ses auteurs «maîtrisent à la fois les connaissances informatiques et le savoir-faire artisanal».

Créé: 12.08.2018, 18h57

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