«L'oreille nue» des détenus

PortraitRencontre avec Eric Imseng, aumônier de l’Eglise protestante de Genève, actif auprès des détenus et des migrants à Genève

Eric Imseng, diacre, pose devant le temple de paroisse de Chêne, où il officie. Il est aussi aumônier dans les prisons.
L. GUIRAUD

Eric Imseng, diacre, pose devant le temple de paroisse de Chêne, où il officie. Il est aussi aumônier dans les prisons. L. GUIRAUD

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On dit de lui que c’est un personnage truculent. Et on a raison. Eric Imseng est un ancien comédien fan de danse country, amateur de bons vins — «mes origines haut-valaisannes» — reconverti en aumônier de l’Eglise protestante de Genève (EPG), actif notamment auprès des détenus à Genève. Il vient de commencer un mandat auprès des migrants et se présente vendredi devant le Consistoire — Parlement de l’Eglise — pour sa consécration, soit la reconnaissance de sa vocation.

Être tapissier pour devenir acteur

Même pour l’interview, il a pris son «livre de chevet», comprenez le Nouveau Testament. Mais le quinquagénaire n’a pas toujours eu ce genre de lectures. Né à Genève, dans une famille catholique non pratiquante, Eric Imseng passe une enfance «pas malheureuse mais pas très confortable». Entre une fille mère et un père adoptif alcoolique, «j’ai dû m’éduquer un peu tout seul…» A 15 ans, l’adolescent rêve de devenir acteur. «Je ne savais pas comment faire, alors j’ai commencé un apprentissage de tapissier-décorateur, parce que c’était la profession de Molière! Je me disais que je serais engagé au Grand Théâtre et que quelqu’un me demanderait bien un jour de monter sur scène…» Mais n’est pas Molière qui veut. Lorsque l’apprenti comédien se présente à l’examen de la Haute Ecole d’art dramatique, il est refusé presqu’à l’unanimité!

Après une année préparatoire, le candidat est finalement reçu… à l’unanimité. «Ça a été une formidable formation, avec des rencontres magnifiques.» Avec des découvertes littéraires aussi, Bertolt Brecht mais surtout, le Nouveau Testament et sa représentation dans la peinture. C’est le coup de foudre: «Je ne suis pas devenu chrétien à ce moment-là mais les paroles de Jésus m’ont touché.» L’Evangile de Jean achève de le bouleverser et entraîne une réorientation: le comédien intègre l’Eglise évangélique libre de Genève et se forme pour devenir pasteur auprès de la jeunesse. «Je connaissais une parente qui la fréquentait, j’aimais l’ambiance, les chants, la spontanéité. Mais peu à peu, je me suis rendu compte que je n’arrivais pas à m’identifier à la manière de lire la Bible, trop fondamentaliste, ni aux idées conservatrices, notamment sur l’avortement.»

Changement de cap à 36 ans: après avoir travaillé avec des enfants dans une association, il intègre l’Eglise évangélique réformée vaudoise. «Pour être reconnu comme pasteur, il fallait reprendre des études à la Faculté de théologie. A 45 ans, avec trois enfants, c’était compliqué…» Une autre option s’offre à lui, lui permettant d’exercer un métier dans une paroisse sans avoir à passer par la case Université: le diaconat.

Burn-out et renaissance

En 2004, Eric Imseng commence alors la formation diaconale, tout en étant conseiller en personnel à l’Office de placement vaudois. Lorsqu’il s’apprête à quitter son poste pour effectuer son stage final, «un coup de frein brutal» vient tout ébranler: le divorce. «Emotionnellement c’était très douloureux. Financièrement, impossible de faire mon stage tout en payant la pension alimentaire. Le diaconat s’est donc éloigné, tout s’est effondré.» C’est le burnout. «Je n’avais jamais été aussi bas de ma vie. Mais soudain, tout s’est relevé!» A son tour de bénéficier de mesures de réinsertion professionnelle, qui lui permettront de reprendre sa formation. «J’ai pu faire mon stage à Genève! J’ai traversé des hauts et des bas, mon parcours est sinueux, mais toutes ces expériences me servent aujourd’hui dans ma fonction professionnelle.» Le diacre œuvre désormais à l’aumônerie œcuménique des prisons et auprès des réfugiés (Agora). «Mon rôle est de rencontrer l’humain tel qu’il est. J’écoute avec une «oreille nue», je n’ai pas d’a priori. J’apporte aux détenus un soutien et un espace de liberté.»

Vendredi, Eric Imseng se présentera donc devant les membres du Consistoire. Il hésite encore sur la forme de son intervention: «Et si je faisais une danse country?» (TDG)

Créé: 13.09.2015, 19h38

Bio express

1960 Naît à Genève.
1981 Entre à la Haute école d’art dramatique. Lit la Bible pour la première fois.
1986 Se marie et aura trois enfants. Se sépare en 2006 et rencontre Silvia, sa compagne actuelle, cinq ans plus tard.
1992 Entre à l’Eglise évangélique libre de Genève.
1996 Travaille pour l’association La Ligue pour la lecture de la Bible puis rejoint l’Eglise évangélique réformée vaudoise.
2003 Débute une formation diaconale et intègre l’aumônerie des prisons à Genève.
2015 Rejoint l’aumônerie œcuménique genevoise auprès des requérants d’asile et des réfugiés.

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