«On peut mettre le logo du Barça sur une kippa?»

Religion La Fédération suisse israélite a créé un projet destiné aux écoles pour briser les clichés et favoriser le dialogue entre ados et jeunes juifs.

Eric Ackermann, délégué rabbinique et président de la Plateforme interreligieuse à Genève, s’est chargé des notions historiques et théoriques. Le port de la kippa était facultatif. Les élèves ont ensuite pu s’entretenir avec trois jeunes juifs.

Eric Ackermann, délégué rabbinique et président de la Plateforme interreligieuse à Genève, s’est chargé des notions historiques et théoriques. Le port de la kippa était facultatif. Les élèves ont ensuite pu s’entretenir avec trois jeunes juifs. Image: Laurent Guiraud

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«Le prophète qui nous a parlé…» «Vous voulez dire le rabbin?» «Heu oui le rabbin, il avait une kippa noire. On peut les personnaliser, on peut mettre un smiley, le logo du Barça?» Rires dans la salle. D’autres questions suivront, parfois insolites, parfois sérieuses. Elles émanent d’adolescents d’un lycée privé de Saint-Julien. Ils participaient au programme Likrat, organisé par la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), qui vise à «casser les préjugés sur le judaïsme, forger une tolérance et favoriser le dialogue». Le projet, soutenu par la Confédération, a démarré en 2016 en Romandie, où il a déjà sensibilisé 2500 élèves, et 15 000 en Suisse alémanique depuis 2006. L’intervention coûte 120 francs par classe.

«Avez-vous des sacrements?»

Ce vendredi, près de nonante élèves du Lycée de présentation de Marie de Saint-Julien sont réunis dans la Grande Synagogue Beth Yaacov de Genève pour le projet Likrat, qui signifie en hébreu «à la rencontre de». Face à eux, Éric Ackermann, délégué rabbinique et président de la Plateforme interreligieuse de Genève.

Après une introduction sur la définition d’une religion et un bref retour sur l’histoire du judaïsme, les élèves sont divisés en deux groupes. L’un reste avec le délégué rabbinique, pour un peu de théorie avec la présentation, entre autres, de l’Arche sainte qui contient les rouleaux de la Torah. L’autre dialogue au sous-sol, avec Nathaniel, Noya et Addie, trois «Likratinos». Soit de jeunes juifs qui se sont formés sur un an pour accueillir des élèves et répondre à leurs questions. «Au lieu de mener la guerre contre le racisme avec de grands mots, on échange pour montrer qu’on est une personne comme une autre, que notre religion n’est pas plus ridicule ou très différente de la religion chrétienne.» Ils sont quinze pour la Romandie.

Les questions fusent. Sur la kippa, ce qu’elle signifie, customisable ou non – «oui, on peut mettre un logo du Barça». «Mais quand même pas une croix de Jésus?» On s’intéresse ensuite à la circoncision. «Pourquoi c’est obligé?» Le likratino Nathaniel, 20 ans, répond sans gêne, rappelant que c’est le signe de l’alliance entre Abraham et Dieu. Il enchaîne: «C’est quoi pour vous un juif?» Le public égrène quelques stéréotypes physiques. Le Likratino demande alors si Noya, qui a la peau un peu mate, est juive. «Elle est musulmane!» Raté. «On doit souvent déconstruire les préjugés physiques», souligne la Likratina.

On parle encore talith, chandelier, avant de prendre un peu de hauteur: «Avez-vous des sacrements?» «Naît-on juif?» Réponse affirmative des Likratinos, «cela se transmet par la mère». «Mais imaginons qu’on n’a pas envie d’être juif, comment on fait?» Le dialogue est détendu, des jeunes qui discutent avec d’autres jeunes. En fin d’échange, une poignée d’élèves demande en aparté: «Pourquoi il y a une guerre entre Juifs et Arabes en Israël?» «Il y a parfois un amalgame fort, il faut rappeler que le conflit se tient entre Israéliens et Palestiniens», confie Julie, cheffe de projet Likrat Romandie.

Anaïs et Maxime, élèves de 15 et 16 ans, saluent le projet, qui «permet une ouverture d’esprit». «Il y a encore plein d’actes antisémites, il faut casser les préjugés, montrer que les gens insultés ne font rien de mal.» Une autre élève, Thalia, est juive. «Je suis confrontée à des stéréotypes, surtout physiques. Ce genre de visite me réjouit, mes camarades rencontrent des gens qui expliquent ma religion mieux que moi. Et ils se rendent compte qu’on n’est pas si différents.»

Genève encore prudent

Depuis 2016, 12 classes d’écoles privées genevoises ont assisté à ce programme. La demande vient aussi de l’autre côté de la frontière. À l’image de Lycée de présentation de Marie, «d’inspiration catholique mais d’enseignement général», précise Marylin Roullier, adjointe en pastorale. «Cela fait trois ans que nous participons au projet. Le thème des religions est au programme et nous voulons sortir les élèves de la classe pour plus de concret.»

Afin d’éviter tout déséquilibre, «nous nous sommes aussi rendus au temple de Carouge, à Notre-Dame puis à la mosquée. Après une telle journée, la parole est libérée, les élèves sont plus à l’aise de poser des questions.»

Du côté de l’école publique en revanche, on est encore prudent (lire encadré). «Genève est en effet un cas particulier, rapporte Evelyne Morali, membre du comité directeur de la FSCI et responsable du programme Likrat. Nous collaborons avec des classes de l’école publique d’autres cantons. En Suisse alémanique, le Département de l’instruction publique le propose même aux enseignants.» Le projet Likrat a été étendu à l’Allemagne, à l’Autriche et à la Moldavie, entre autres.

Créé: 14.06.2018, 21h23

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