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Olivier Jornot réclame l'internement à vie à reculons

Le procureur général, Olivier Jornot, requiert la perpétuité et l’internement à vie pour le meurtrier d’Adeline.

Le procureur général Olivier Jornotlors du procès de Fabrice A. accusé du meurtre d'Adeline M.
Le procureur général Olivier Jornotlors du procès de Fabrice A. accusé du meurtre d'Adeline M.
Patrick Tondeux

Prendre le risque ou ne pas le prendre? C’est finalement au terme d’un réquisitoire en forme de slalom qui a duré plus de trois heures que le procureur général, Olivier Jornot, a réclamé hier l’internement à vie à l’encontre de Fabrice A., le meurtrier d’Adeline. Le magistrat a également requis – et cette fois sans une once d’hésitation – une peine de prison à vie pour assassinat, séquestration, contrainte sexuelle et vol.

A Genève, c’est la première fois qu’une mesure d’internement à vie est demandée. Pourquoi le procureur général a-t-il hésité? La mesure d’internement ordinaire est déjà très lourde, a-t-il expliqué. Elle signifie qu’une fois la peine de prison purgée, le détenu ne peut pas sortir de prison. A moins qu’un tribunal n’en décide autrement après avoir constaté qu’il ne présente plus de danger pour la société. «Donc, il s’agit potentiellement d’un internement à vie, souligne Olivier Jornot. C’est déjà une mesure qui permet de répondre de manière satisfaisante au besoin de sécurité publique.»

On ne jette pas la clé

Le problème, c’est qu’après quelques défaillances du système, des congés ont été accordés un peu légèrement, ce qui a conduit à des crimes terribles. Voilà pourquoi le peuple a voté la mesure d’internement à vie. Par laquelle «on veut tout verrouiller, poursuit le magistrat, parce qu’on ne fait pas confiance aux autorités et aux psychiatres».

Puisque aucune des deux expertises psychiatriques requises ne conclut à cet internement à vie, «le Ministère public aurait pu s’installer dans de confortables pantoufles et ne pas le requérir, indique le procureur général. Mais ma responsabilité consiste à reprendre les conditions de ce texte de loi qu’on s’est mis à oublier et dont on a fait un mythe.» Si on lit bien les alinéas de la loi, on se rend compte que l’internement à vie n’est pas forcément à vie. La mesure peut être levée si de nouvelles connaissances scientifiques permettent de soigner le criminel ou si sa dangerosité diminue en raison de l’âge ou d’une maladie. «On ne ferme pas la porte en jetant la clé, comme on le dit souvent, insiste le magistrat. Simplement, on ne va pas demander au détenu comment il va toutes les cinq minutes. La clé, on la garde précieusement, à vie.» En d’autres termes, s’il devait arriver «un miracle» et que la dangerosité de Fabrice A. devait diminuer drastiquement, la mesure à vie pourrait être levée.

Olivier Jornot réclame donc cette mesure. Selon lui, tout, dans le travail des quatre experts psychiatres, conduit à cette conclusion. «Ils ont fait le pronostic, mais ils n’en assument pas les conséquences.» Et il reprend leurs constats. Fabrice A. est un psychopathe pervers, sadique, très dangereux et impossible à soigner en l’état actuel des connaissances. L’internement à vie, qui se trouve aujourd’hui dans notre Code pénal, s’impose selon lui. Et le Tribunal criminel ferait «un choix courageux» en l’adoptant.

Fabrice A. ne fera plus de mal

Mais, comme s’il craignait d’emblée d’être désavoué, il se tourne vers les parents d’Adeline et tente de les réconforter. En les assurant que si le tribunal ne devait pas ordonner cette mesure, un internement ordinaire serait suffisant. Ils ne devront pas être déçus, ni avoir peur. Quelle que soit la décision des juges, il s’engage personnellement à veiller à ce que Fabrice A. ne puisse plus faire de mal.

Avant d’en arriver à cette conclusion, Olivier Jornot a souligné le caractère odieux de cet assassinat prémédité dont «le mobile est d’obtenir un orgasme». Il rappelle que lorsque Adeline se vide de son sang, Fabrice A. la regarde mourir. «Il profite du spectacle, il regarde son œuvre, il est content.» La plaie à la gorge mesurait 18 cm. Hémorragie, vertiges, syncope. Cinq à dix minutes se sont écoulées avant qu’Adeline ne perde connaissance. Cinq à dix minutes où elle se savait blessée mortellement.

Le magistrat rappelle les antécédents de Fabrice A.: deux viols avec cruauté armé d’un couteau. Il a été condamné à 5 ans de prison à Genève, à 15 ans en France et il a récidivé alors qu’il n’avait pas fini de purger sa peine. Il n’a même pas attendu sa libération conditionnelle qui devait intervenir en 2015. Après avoir tué Adeline, il se préparait à torturer une ex-amie polonaise avant de l’enterrer vivante.

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