L’occupation «aquatique» du bâtiment Porteous se poursuit

Squat sur le RhôneLes militants de Prenons la ville demandent à nos autorités de pouvoir faire de ce lieu à l’abandon un centre socioculturel. Tout en renonçant définitivement au projet de centre de détention. Le débat politique est relancé.

Le bâtiment Porteous. Amarré devant la structure en porte-à-faux, le radeau et son pont supérieur qui ont servi de logistique pour l'abordage. Les pirates venaient du fleuve.

Le bâtiment Porteous. Amarré devant la structure en porte-à-faux, le radeau et son pont supérieur qui ont servi de logistique pour l'abordage. Les pirates venaient du fleuve. Image: Magali Girardin

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Le courriel adressé ce week-end au conseiller d’Etat Serge Dal Busco, en charge du Département des infrastructures (DI), porte une adresse d’expéditeur assez inédite: bâtiment Porteous occupé. Les signataires précisent leurs intentions: «Nous avons investi le lieu afin de protester contre sa réaffectation en établissement carcéral. Nous souhaitons y proposer un projet que nous jugeons bien plus profitable aux citoyens genevois: un centre socio-culturel accessible à tous. Nous aimerions convenir d’un rendez-vous pour en discuter au plus vite. Dans l’intervalle, nous vous serions reconnaissants de ne pas procéder à une évacuation par la force.»

C’est la rentrée, les agendas ministériels sont bien remplis. Il faudra sans doute patienter. Officiellement, aucune réponse politique ni ordre d’évacuer n’ont été formulés. Les occupants occupent, en organisant, ce lundi matin à 8h, une première rencontre avec la presse.

Le communiqué diffusé aux rédactions explicite les messages grand format qui s’accrochent à la façade de cet imposant bâtiment à l’abandon, utilisé jadis pour le traitement des boues, à l’extrémité de la presqu’île d’Aïre, en contre-bas du site des Services industriels. Sur le fronton supérieur: «Crève la taule», en lettres capitales. Sur la banderole principale, visible jusqu’aux tours du Lignon: «Nous construisons un monde sans prison». Entre les deux, «Occupation aquatique» et signature collective du mouvement qui l’organise: Prenons la ville.

En l’occurrence par des moyens ludiques. Samedi, en fin de journée, le radeau amiral de la traditionnelle descente du Rhône, a accosté avec son pont supérieur sur le porte-à-faux en forme de plongeoir de ce bloc de béton imposant. Les pirates se sont alors hissés jusque sur la coursive à quatre mètres du sol.

Cheval de Troie fluvial

Quelques heures plus tôt, des centaines de personnes, réunies aux abords de la pointe de la Jonction pour le départ de cette croisière annuelle, n’avaient d’yeux que pour cette embarcation à deux étages, escortée à distance par la police de la navigation. Tout le monde ignorait que ce Cheval de Troie en version fluviale allait s’attaquer à l’imprenable Porteous.

La suite est moins guerrière dans la métaphore, mais décidée dans le ton revendicateur. «Nous avons pris possession des murs avec la ferme intention de ne plus en sortir.» Pour en faire quoi? Un lieu «autogéré», ouvert à la création, «dans lequel on a envie de vivre». Un centre culturel au bord du fleuve, accessible à tous, l’exact contraire d’un projet pénitentiaire s’inscrivant dans une économie carcérale.

Les occupants ont reçu le soutien politique du député d’Ensemble à gauche, Pablo Cruchon, présent ce lundi au point de presse improvisé. «Porteous est un très bon lieu pour une occupation, déclare-t-il. Il se trouve au croisement de deux problématiques: la gentrification à des fins commerciales de surfaces vides et le tout carcéral prôné par le conseiller d’Etat Pierre Maudet. On manque cruellement d’espaces dédiés à la population. Par ailleurs, ce bâtiment aujourd’hui occupé est l’objet de désaccord au sein même du gouvernement.» Le centre de détention envisagé divise en effet. La commune de Vernier avait, la première, exprimé ses réserves, après avoir accueilli d’un bon œil le projet culturel initialement élaboré.

Ateliers à créer

Quant à la sécurité actuelle de l’endroit, réglée jusqu’ici de l’extérieur, par un palissadage en dur des points d’accès et par des rondes d’agents privés, les occupants assurent qu’elle est concrètement possible en vue de mettre sur pied, in situ, un programme d’activités. «Il y a à l’intérieur des zones sécurisables en nombre, les endroits dangereux ont été condamnés et les volumes à disposition permettront de créer des ateliers en tous genres», résume un militant qui connaît déjà Porteous comme sa poche.

Canal vénitien

Les membres de Prenons la Ville invitent la population genevoise à venir découvrir le site. Il est déjà connu d’énormément de monde, puisque les descentes du Rhône passent devant, avant de s’arrêter à la plage de la Verseuse, du nom du chemin qui conduit à l’adresse rebaptisée «Le plongeoir». Depuis le début de l’été, ce plan d’eau très courtisé ressemble chaque week-end à un canal vénitien.

On parle toutes les langues devant Porteous. Sa réputation sur les réseaux sociaux dépasse déjà largement le territoire genevois. A noter enfin qu’une assemblée générale publique est prévue à 18h, suivie d’un repas et d’une projection à 20h. L’adresse officielle est: tout au bout du chemin de la Verseuse, sur la commune de Vernier. (TDG)

Créé: 27.08.2018, 12h55

Les réactions contrastées de Vernier et du Canton

Que pense l’Exécutif verniolan de cette occupation? Le bâtiment ne lui appartient pas mais il est sur son territoire communal. Le conseiller administratif en charge de la culture, et actuel maire de Vernier, Pierre Ronget, nous répond.

«En tant que représentant des autorités communales, je ne peux pas cautionner cette occupation. Tout en relevant le fait qu’elle a le mérite de relancer le débat sur l’affectation future de Porteous. Pour nous, commune de Vernier, le développement d’une culture dite alternative, était parfaitement défendable à cet endroit, compte tenu de sa géographie excentrée et de l’originalité du site. Ce lieu ainsi investi s’inscrivait même plus largement dans la politique culturelle que nous souhaitons mettre en place, comme une offre complémentaire si l’on veut à des espaces plus institutionnels que nous défendons; je pense notamment au Campus culturel de Châtelaine. Notre projet avait sa cohérence. Il l’a toujours, nous en avions du reste parlé avec le Département de l’instruction publique. Sur le projet de centre de détention, en revanche, je n’ai rien à dire: un responsable de la culture ne s’occupe pas des prisons.»

Du côté du Département des infrastructures (DI) et de l’office des bâtiments, la réaction officielle est la suivante: «Nous relevons que le bâtiment en question se trouve dans un état avancé d’insalubrité», répond le porte-parole du DI, Roland Godel.

Avant d’ajouter: «Pour le rénover et le rendre utilisable en vue d’une quelconque affectation, il faudra des travaux importants et de longue durée (structure, dépollution notamment). Il est d’ailleurs dangereux en l’état actuel que des personnes se trouvent à l’intérieur, raison pour laquelle ses accès ont été condamnés.»

Il précise encore: «Le cas n’est pas le même s’agissant du bâtiment voisin, La Verseuse, composé pour l’essentiel d’espaces de travail, et qui est déjà en partie utilisé dans le cadre d’un projet de réinsertion sociale, conformément aux choix du Conseil d’Etat.» TH.M.

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