Dès la nuit tombée, les gardes «tirent» le sanglier

ReportageEntre fin juillet et le mois de mars, les fonctionnaires genevois de l’environnement ont tué 240 bêtes en 2015.

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Ce mardi soir d’août, la pluie s’abat sur la campagne genevoise; les sols se ramollissent, le temps est idéal pour traquer les sangliers. «Ce sont des fouisseurs, ils creusent le sol pour trouver des aliments. Omnivores, comme nous, ils se nourrissent tant de végétaux que de petits animaux», précise Alain Rauss, chef des onze gardes de l’environnement du canton. Valérian Vittet, l’un d’entre eux, a accepté de nous emmener durant sa tournée nocturne visant à réguler la population de sangliers, et donc à débusquer puis à «tirer» l’animal.

240 sangliers tirés en 2015

La chasse est interdite à Genève depuis 1974. Mais depuis lors, l’Etat a la responsabilité de maîtriser la population de sangliers, qui double chaque année si elle n’a pas de prédateurs. En cas de dégâts dus à ces bêtes ou à toute autre espèce «chassable», les autorités doivent dédommager les agriculteurs ou les vignerons lésés.

Début 2000, le nombre de sangliers a explosé. Aujourd’hui, à Genève, il est maintenu autour de 150 à 200. La facture des dégâts causés par ces animaux a diminué de 650 000 francs en 2001 à 12 000 fr. en 2015. Pour y parvenir, les gardes de l’environnement «tirent» le sanglier de nuit, de fin juillet à mi-mars, armés d’une carabine, d’un monoculaire thermique et de jumelles avec amplificateur de lumière. Cette tâche représente 10% de leur occupation.

La sécurité d’abord

Pour faciliter le travail, des graines de maïs sont répandues sur le sol à proximité de pièges photographiques; des appareils capables de capter les mouvements, la chaleur et d’envoyer un MMS sur un téléphone portable. «L’an dernier, j’ai tiré près de 50 sangliers, estime Valérian Vittet. Sur un total de 240.» Une seule balle est tirée pour chaque animal, mais la déflagration effraie parfois les voisins. «Lorsque des tirs sont prévus aux abords de la prison, j’avertis directement la direction et la police», précise le garde.

«Là, sur la route, devant nous!» Sur un petit chemin entre Choulex et Meinier, nous tombons sur une femelle sanglier et ses trois marcassins. Surpris par cette apparition, Valérian Vittet saisit sa carabine et saute hors du 4x4. «Je vais aller écouter. Si les conditions sont réunies pour un tir, je vous appelle!» Nous observons la scène en vert et noir à travers nos jumelles avec amplificateur de lumière.

Un aboiement retentit. Un promeneur approche avec son chien, qui a senti les sangliers. La laie et ses petits, dotés eux aussi d’un puissant odorat, ont disparu dans un opaque champ de tournesols.

Valérian Vittet maudit le canidé et se rassied, philosophe: «La sécurité est notre priorité. On ne tire jamais sur un chemin, la balle pourrait dériver sur le bitume et poursuivre sa course. Nous sommes dans un canton urbain, il y a des promeneurs à toute heure. Pour cela, avant de tirer, nous devons nous assurer que l’arrière-plan est parfaitement sûr et que l’animal est immobile.» Le garde n’aurait pas davantage visé la mère ou un marcassin trop petit, pour des questions éthiques. «La régulation n’a rien à voir avec la chasse, rappelle-t-il. Contrairement à nous, le chasseur organise des battues de jour et tire également sur des animaux en mouvement.»

Des bois de Jussy au Palais

«Ah, mais il était là en même temps que nous!» réalise Valérian Vittet en relevant le dernier MMS qu’il a reçu. On y voit un sanglier mâle dégustant des graines de maïs. Le hic? La photo a été prise il y a une dizaine de minutes. Faute de réseau, le garde la reçoit en différé. Il décide tout de même de retourner dans les bois de Jussy, où le cliché a été pris. En chemin, nous admirons, grâce aux lunettes techniques, un spectacle invisible à l’œil nu: des chevreuils, des renards et des lièvres s’épanouissant dans l’obscurité.

Au milieu d’un champ, la silhouette d’un gros sanglier mâle se dessine soudain. La cible parfaite; Valérian Vittet bondit et saisit sa carabine. «Si je dois tirer de la voiture, promettez-moi de vous boucher les oreilles», avait-il prévenu. Nous lâchons donc les jumelles et nous exécutons. Il passe son casque antibruit, entrouvre la portière et pointe son arme vers le champ.

Le coup attendu ne part pas, l’animal a fui. «Vous auriez vraiment voulu voir la scène? questionne Valérian Vittet. Un sanglier touché peut continuer à courir sur plusieurs mètres, même si son cœur ou ses poumons sont atteints. Après, il faut encore le ramener, le vider et le placer au frigo.» La viande est ensuite récupérée par la Boucherie du Palais. Le seul établissement genevois à avoir postulé et remporté l’appel d’offres lancé par le Conseil d’Etat pour acheter et revendre la viande de sanglier issue des tirs de régulation.

On se contentera d’imaginer la scène. La nuit avance et après trois heures de traque, nous laissons Valérian Vittet terminer sa ronde, seul comme à son habitude. Trente minutes après notre départ, nous écrira-t-il le lendemain, il tirera un sanglier, «dans une compagnie de quatre».

Créé: 12.08.2016, 19h16

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