Ce nouvel ordinateur qui freine les bus

Transports publics genevoisTout neuf, le pupitre embarqué des TPG leur fait parfois perdre la priorité. Il génère aussi des annonces vocales exotiques.

Le carrefour du P+R Sous-Moulin, à Thônex, est l’un de ceux concernés par le couac informatique.

Le carrefour du P+R Sous-Moulin, à Thônex, est l’un de ceux concernés par le couac informatique. Image: ENRICO GASTALDELLO

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Ils n’avaient pas besoin de ça, les Transports publics genevois (TPG). Eux qui traînent la réputation de transports en commun les plus lents du pays, eux qui voient leur vitesse s’éroder peu à peu, les TPG, donc, ont acheté un nouvel outil informatique qui les ralentit davantage, a appris la «Tribune de Genève». Récemment acquis, le système de pupitre embarqué sur les véhicules à pneus (bus et trolleybus) n’obtient pas le passage prioritaire à certains croisements. Explications.


Lire aussi l'éditorial: La mobilité genevoise à pas de tortue


Les TPG ont changé l’an dernier leurs ordinateurs de bord, un système d’aide à l’exploitation qui supervise notamment l’horaire et la trajectoire du bus ou encore les échanges avec la centrale de régulation. L’ancien matériel, datant des années 90, était arrivé en fin de vie: plus de pièce de rechange disponible ni de possibilité d’équiper de nouveaux véhicules.

Bêler à Bel-Air

Mais la mise en place n’est pas allée sans surprise. L’outil dernier cri a rapidement produit des bobos de jeunesse. «Les premiers signes se sont manifestés au travers des annonces vocales à bord, avec des bizarreries à la clé, raconte Valérie Solano, secrétaire du syndicat SEV-TPG, après quelques appels auprès de ses affiliés bien informés. Puis il y a eu des décalages dans le référencement géographique des arrêts, ce qui a nécessité des rectificatifs afin d’éviter des divergences en cascade. Apparemment, des tests avaient bien eu lieu avant le changement, mais ils n’avaient pas révélé d’anomalie.»

Ainsi s’explique l’origine de l’exotique «Prochain arrêt, Channe tes poulets» qui alerte les passagers des lignes 25 ou 6, notamment. Dans un registre tout aussi bucolique, on nous signale que Bel-Air, point nodal de tant de transhumances, a été curieusement renommé «Bêler» à l’intention des masses grégaires de passagers. Mais la facétieuse machine a d’autres tours dans son logiciel farceur.

Attente allongée aux feux

Cerise sur le gâteau, le système ne parvient plus à interagir avec les commandes de feux à certains croisements. Ces incompatibilités concernent «un nombre limité de carrefours du canton», selon Isabel Pereira, de la communication de la régie publique. Et de préciser: «Dans certains cas, cela peut se traduire par une non-prise en compte des véhicules TPG aux carrefours concernés, et provoquer ainsi des attentes plus longues aux feux.» Des exemples? Les bus 5 et 25 peuvent devoir poireauter à la hauteur du P+R de Sous-Moulin, tout comme le bus 11 à la place des Charmilles.

Les croisements en question sont affublés d’un matériel trop ancien pour communiquer avec le nouvel ordinateur. Comme le bus n’est pas détecté, la signalisation lumineuse ne lui ouvre pas le passage prioritaire comme il le devrait. En pareil cas, le véhicule doit patienter jusqu’à ce qu’une phase de passage lui soit offerte par la programmation ou alors compter sur les boucles de détection enfouies dans la chaussée qui, à force de percevoir un poids immobile dans les parages, finiront par lui ouvrir une brèche.

Si l’attente se fait trop longue, le conducteur peut encore descendre de son poste avec une clé carrée qu’il utilisera pour intervenir manuellement sur le feu. Les cas les plus désespérés nécessitent la venue d’un véhicule d’intervention des TPG, qui escortera le bus au travers du croisement.

Déploiement suspendu

Le couac informatique récemment décelé a plombé la vitesse commerciale des véhicules de «moins de deux dixièmes de kilomètre par heure», indiquent les TPG, jugeant l’impact «assez faible». Reste qu’il est du même ordre que les pertes essuyées pratiquement chaque année dans un passé récent et qu’il vient les aggraver (lire ci-contre).

«Le délai de résolution se compte en mois, en raison notamment des délais de livraison»

«Un groupe de travail a été mis sur pied, poursuit Isabel Pereira. Le délai de résolution se compte en mois, en raison notamment des délais de livraison des pièces très spécifiques, et du temps de déploiement.» Un déploiement qui a pour l’heure été stoppé, en attente de solutions. Environ une moitié des bus et trolleybus est affublée pour l’heure de la défaillante nouveauté. Comme pour les communications avec les feux, les bizarreries vocales sont elles aussi dues à des incompatibilités entre ce nouvel appareil de la génération digitale et des outils analogiques anciens. Quand le système aura été uniformisé, la prononciation pourra être rectifiée.

Quant au surcoût lié à ces déconvenues, il n’est pas encore chiffré. Selon les TPG, des aléas semblables ont frappé les réseaux d’autres villes, allemandes ou alémaniques.

Créé: 07.02.2020, 07h04

Quand la vitesse, c’est de l’argent

Est-ce grave pour un bus de ralentir, docteur? C’est ennuyeux. Plombée par la densité du trafic genevois, la vitesse commerciale des TPG (c’est-à-dire leur célérité mesurée en service effectif) est une de leurs faiblesses. L’association actif-trafiC leur avait décerné en 2012 le titre peu envié de réseau le plus lent du pays. Ce manque de vivacité a aussi une incidence financière: plus une ligne est rapide, plus on peut assurer le même service avec moins de véhicules et de chauffeurs, donc à moindres frais. C’est ainsi que des accélérations conséquentes de la vitesse commerciale peuvent permettre de retirer un véhicule de la ligne sans dégrader l’offre.

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