Le nouveau patron des Verts réaffirme l’originalité de son parti

PolitiquePour Nicolas Walder, élu à la présidence samedi, son parti reste le seul à dénoncer le dogme de la croissance infinie.

Le conseiller administratif de Carouge souhaite maintenir le cap à gauche: logement coopératif, mariage pour tous, etc.

Le conseiller administratif de Carouge souhaite maintenir le cap à gauche: logement coopératif, mariage pour tous, etc. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Conseiller administratif de Carouge, Nicolas Walder prend la succession de Lisa Mazzone à la tête des Verts genevois. Il a été élu samedi. Ce n’est pas un candidat de rupture, puisqu’il a siégé au comité avec cette dernière et avec Emilie Flamand Lew en 2012-2013. Durant cette période, il aura vécu le naufrage électoral du parti et sa modeste remontée.

Nicolas Walder, pourquoi voulez-vous présider les Verts?

Ces deux années seront riches avec de nombreux objets importants pour nous en votation. Qualité de vie, accès au logement, meilleure répartition des richesses, transition énergétique, les débats s’annoncent passionnants. Nous devrons également être prêts à faire barrage aux tentatives d’une certaine droite qui n’hésite plus à s’en prendre frontalement à nos valeurs d’humanité, de justice et d’égalité. Je veux rassembler et mobiliser toutes les forces de mon parti pour mieux porter nos projets et notre vision pour Genève. Ce sera d’autant plus important dans la perspective des prochaines élections cantonales lors desquelles nous entendons bien regagner des sièges.

Votre parti séduit moins après l’état de grâce des années 2000-2010. Pourquoi?

Le pire est probablement derrière nous, comme l’ont montré nos récents scores électoraux. Pour autant, allons-nous retrouver les niveaux que nous avions avant? Cela dépendra de notre capacité à convaincre. Depuis 2010, le climat politique a changé: le populisme de droite séduit les milieux populaires en désignant des boucs émissaires, tandis que les Verts, eux, n’hésitent pas à mettre les citoyens face à leurs responsabilités, sans forcément les caresser dans le sens du poil.

Les Verts ne sont-ils pas souvent brouillons et divisés? Sur le MAH, sur la plage des Eaux-Vives. Les députés ont même voté en ordre dispersé sur le contre-projet à votre initiative sur la mobilité…

Chaque cas est particulier. Dans les deux premiers, les uns et les autres avaient des casquettes différentes. Ils étaient Verts, mais aussi représentants d’associations engagées sur ces sujets. Ce lien avec la société civile est bénéfique, même si, sur certains sujets, cela peut être mal perçu. Mais rassurez-vous, nous ne sommes pas, et de loin, les plus incohérents!

Donc vous n’y êtes pour rien dans vos difficultés?

Si! D’abord, nous n’avons pas vu venir le retournement de l’opinion alors que certains résultats électoraux, notamment en Ville de Genève, auraient dû nous alerter plus tôt sur une possible baisse. Le parti a probablement été longtemps trop gouvernemental, trop raisonnable. Nous avons oublié de mener nos propres batailles, ce qui nous a coûté l’appui de certains milieux associatifs et populaires. Enfin, nos adversaires ont réussi à nous rendre responsables de tous les maux de la mobilité à Genève. C’était bien sûr faux, les pires décisions ayant été prises par le Grand Conseil, mais comme nous tenions le département en charge de la Mobilité depuis longtemps, cela accréditait l’idée.

Justement, depuis deux ans, votre bastion de la mobilité a été repris par Luc Barthassat (PDC). Fait-il du bon travail?

J’apprécie Luc Barthassat et sa capacité de discussion. Pour le reste, son bilan est pratiquement inexistant sur la mobilité douce. Sur les transports publics, mis à part le CEVA, on attend toujours ses propositions sur la création de lignes de rabattement, d’extension des trams, etc. Sur le trafic motorisé en général, un ou deux projets sont intéressants, mais son engagement en faveur des deux-roues motorisés va à rebours du bon sens. Comme d’ailleurs son engagement en faveur de la traversée du lac, un projet hors de prix et inutile alors que le nombre des ménages sans voiture en ville augmente sans cesse et laisse présager une baisse drastique du nombre de voitures dans les décennies à venir.

En 2013, les Verts, sonnés par les élections, annoncent un virage à gauche. Vous restez sur cette ligne?

Tout à fait, mais les Verts sont depuis très longtemps à gauche de l’échiquier politique, donc le virage a été modeste… En revanche, Lisa Mazzone a effectivement eu un discours engagé et a porté plus fortement notre vision des choses. Nous faisons partie de la gauche, mais celle-ci est plurielle. Les Verts sont porteurs de projets sociétaux importants et progressistes, comme le logement coopératif, le mariage pour tous, la libéralisation de la consommation du cannabis, l’acceptation d’une société multiculturelle, la création d’un revenu de base, etc. Pour nous, tout ne passe pas par l’État. Celui-ci doit jouer son rôle de régulateur face à une société civile forte. Nous restons les seuls à marteler que les ressources naturelles sont finies, qu’il faut remettre en cause l’organisation de notre société basée sur une croissance infinie. Face aux changements liés au développement des intelligences artificielles, aux machines, aux technologies de l’information, certains emplois vont diminuer. Or tout notre modèle est fondé sur la croissance de la production, des emplois et des rentrées fiscales. Il faut changer de logique.

L’Islam divise de plus en plus la gauche, entre les tenants d’un accommodement et les partisans d’une laïcité stricte. Où sont les Verts?

Factuellement, toutes les religions prennent de plus en plus d’espace dans notre société et je le regrette, car, pour moi, la religion appartient à la sphère privée et non à l’espace public. Je pense qu’il faut être ferme en matière d’école, de mixité et de droit des enfants à l’éducation quelles que soient les matières enseignées. Pour ne pas exclure des familles, il faut toutefois qu’une souplesse temporaire dans l’application des règles soit laissée aux professionnels. En revanche, les signes extérieurs arborés par des adultes, même fonctionnaires, ne me posent pas de problèmes, même si j’admets ressentir un certain malaise devant des signes religieux, comme le voile, qui témoignent d’une soumission des femmes aux hommes.

Une députée Verte voilée, serait-ce possible pour vous?

Oui, nous avons déjà tranché ce débat. La fidélité aux valeurs du parti est déterminante. Pour le reste, ce sont les citoyens qui votent. (TDG)

Créé: 20.03.2016, 17h51

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Bio express

Naissance: A Genève, en 1966.

Formation: Diplômé de l’école hôtelière de Lausanne, licence en sociologie, master en globalisation et régulation sociale.

Politique: Entrée chez les Verts en 2001, puis membre du comité cantonal depuis 2012. Il échoue au Conseil municipal de Carouge en 2003, puis est élu en 2007. Conseiller administratif depuis 2011. MBN

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