«No Billag», c’est 1000 emplois de moins à Genève

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La question n’est pas de savoir si on aime ou non Billag. En réalité, Billag est hors jeu. Cette filiale fribourgeoise de Swisscom ne percevra plus la redevance radio-télévision dès 2019. Une entreprise zurichoise domiciliée à Pfäffikon prendra le relais. À Fribourg cependant, l’avenir du personnel de Billag – 250 personnes – reste incertain. Cette première conséquence économique du débat sur la redevance de la radio-télévision frappe ainsi un canton romand. La suite risque d’avoir des effets d’une extrême gravité pour Genève et pour l’arc lémanique.

La question n’est pas de savoir si on aime ou non la SSR. Le fait est qu’elle entretient la cohésion d’un petit pays, la Suisse, doté de quatre langues officielles. Pour lui en donner les moyens, la Confédération veille à la perception d’une redevance que la SSR distribue avec équité. Romands, Tessinois et Romanches touchent une part supérieure au prorata de leur population. La redevance permet ainsi aux minorités de conserver des programmes que la publicité ne suffit pas à entretenir. Ce lien participe du devoir confédéral, sujet que le canton de Genève connaît bien puisqu’il injecte dans les finances fédérales, par le mécanisme de solidarité confédérale, bien davantage d’argent qu’il n’en reçoit.

Le fait est que la SSR entretient la cohésion d’un petit pays, la Suisse, doté de quatre langues officielles

Il est illusoire de penser que des opérateurs privés compenseraient le manque à gagner si la redevance disparaissait. Le modèle zurichois des médias ne profite pas à la Suisse romande. On l’a vu dans la presse écrite. Aux arguments idéologiques, il est temps à présent d’opposer de vraies raisons économiques et d’éviter une erreur cosmique. À Genève, la RTS fournit l’équivalent de 1029 emplois à plein temps, dont 80% sont imposés dans le canton. Près de 500 emplois se situent en outre dans le canton de Vaud. Le cabinet bâlois BAK Economics observe que chaque emploi SSR soutient un autre emploi dans un autre secteur. La RTS fait travailler 660 entreprises externes. Le chiffre d’affaires RTS de ces fournisseurs s’élève à 54,5 millions de francs, soit en moyenne 82 500 francs/an par entreprise. Pour une PME, ça compte. La SSR a participé depuis 1996 à la production de 2000 films. Avec des chaînes comme Option Musique, elle soutient la création musicale romande. En Suisse, les médias de service public génèrent une valeur ajoutée d’un milliard de francs.

N’y aurait-il que cela! La redevance finance non seulement la SSR mais aussi les télévisions locales sous convention. Léman Bleu, par exemple, lui doit la moitié de son budget. Or, qui diffuse et commente les événements de proximité et les débats locaux? Léman Bleu, c’est, à Genève, 27 emplois à plein temps et plusieurs collaborateurs externes qui en vivent aussi.

La Conférence des cantons suisses ne s’est pas trompée en s’opposant à cette initiative que le Conseil d’État genevois dénonce aussi. Enlever à la SSR et aux chaînes locales les moyens de leur action, c’est brûler le tissu économique. Pour la RTS, le feu s’abattrait sur RTS1 et RTS2, La Première, Espace 2, Couleur 3 et Option Musique. En Suisse romande, hormis ces chaînes, Léman Bleu, Radio Cité, La Télé, Canal Alpha, Canal3, Canal 9, Radio Chablais, Telebielingue, Radio Fribourg, RFJ, Rhône FM, RJB et RTN seraient incendiées de même.

Face aux diffuseurs étrangers qui attaquent son marché, la SSR maintient une offre suisse d’une qualité enviée. On peut aimer ou non ses programmes. On peut souhaiter sa réforme. Il faut bien voir cependant qu’en cas d’acceptation de «No Billag», la première victime ne sera pas la matière mais l’emploi. La Constitution garantit l’accès aux médias de service public. S’ils devaient fermer ou se replier, outre la négation de ce droit, nous créerions des nouveaux chômeurs par centaines, dans un secteur déjà fragilisé. C’est paradoxal et surtout tragique. (TDG)

Créé: 28.11.2017, 16h05


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