Nicolas Millot, porte-parole au feu

PortraitLe Service d'incendie et de secours (SIS) dispose enfin, depuis le 1er février, d’un officier de communication. Rencontre.

Nicolas Millot en tenue de feu, au sommet de la cathédrale Saint-Pierre.

Nicolas Millot en tenue de feu, au sommet de la cathédrale Saint-Pierre. Image: Laurent Guiraud

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D’abord ce souvenir, vieux de huit ans, mais chaud comme un matin d’incendie en plein hiver. Un vieil immeuble de l’avenue de la Jonction, angle rue du Quai-Neuf, brûle depuis 4h du matin, ce lundi 13 février 2012. De la cave au grenier, bagarre à tous les étages pour les pompiers, engagés par dizaines, luttant contre le froid (-8 degrés) et le brasier.

Sur le trottoir en face, un scripte et son calepin. Il ne comprend rien à ces flammes qui percent le toit, alors que le sinistre a pris en sous-sol au niveau de la chaudière. Un sapeur se déroute vers lui et l’emmène côté cour. «Suivez-moi. Là, en hauteur, regardez, les fumées et les gaz chauds qui se propagent à la verticale par la courette technique. L’incendie tient son exutoire. En moins d’une heure, il a franchi les six étages.»

Place sinistrée

On a compris, l’image animée et son commentaire. Trois phrases, bousculées mais précises, avant de retourner se mettre à l’abri. Merci pompier. La page du lendemain lui doit beaucoup. La dynamique d’une place sinistrée est chose parfois compliquée. Elle a besoin d’un porte-parole impliqué qui sait la raconter de l’intérieur. Par tournus, les membres de l’état-major du SIS remplissent ce rôle au gré des interventions, dirigeant leurs équipes, tout en devant parfois affronter l’impatience médiatique.

Ils viennent de confier cette tâche à l’un des leurs. Le pompier remercié, c’est lui, Nicolas Millot, promu au poste d’officier de communication avec le grade de lieutenant. Bonne nouvelle pour tout le monde. La fonction n’existait pas à temps plein au sein du Service d’incendie et de secours.

Un instructeur-né

Le choisi a passé les épreuves internes, récolté les points nécessaires, qui sont venus compléter et valider plus de vingt-cinq ans de carrière, dans les camions et à l’instruction. On comprend mieux son métier en le reformulant. Nicolas Millot est encore jeune sapeur qu’il a déjà envie de faire partager ce qu’il est en train d’apprendre. Un instructeur-né, soucieux de «savoir et de savoir-faire».

«Je suis plutôt un créatif de nature, avoue-t-il en souriant. Tous les matins, je me réveille avec une idée nouvelle. Il faut que je la développe.» Feu en milieu confiné: joli sujet pratique, de quoi développer sa créativité proclamée. Notre homme s’instruit puis enseigne la ventilation, pourvoyeuse de pression positive. «On découvrait que l’on pouvait pénétrer dans un milieu dangereux avec de l’air frais dans le dos», renchérit celui qui, à moins de 30 ans, forme ses chefs.

Terrain d'aventure

Le confinement, c’est passionnant; l’eau vive, c’est encore mieux comme terrain d’aventure. Jeu sérieux. Millot est un poisson dans les gros débits. Pas un saumon. Lui, il descend, en mode hydrospeed, avec casque, flotteur de nage et combinaison néoprène. Il descendait. Des rivières que l’on apprend à respecter, exactement comme le fait un marin de la mer.

En France d’abord, puis beaucoup plus loin, au Canada, en Équateur, au Chili, où il découvre la rivière dotée du plus gros volume, soit 700 mètres cubes par seconde. À trois reprises, entre 1997 et 2000, il se rend au Népal, à la fin de la mousson, quand les rivières deviennent volumineuses. «J’ai appris à me débrouiller avec rien», se souvient-il, avant d’ajouter: «La valeur de l’eau potable a pris un sens pour moi que j’ignorais jusque-là.»

Vocations aquatiques

Retour sur terre, sans trop s’éloigner de la rive. Pour initier les différents corps professionnels aux dangers de l’eau vive comme aux techniques de sauvetage, on pense à lui. Il est nommé en 2014 référent national par la Fédération suisse des sapeurs pompiers, après avoir obtenu son brevet fédéral de formateur d’adulte. Ses cours passionnent, des vocations aquatiques naissent dans son sillage.

Jolie reconnaissance. Sans se disperser ni oublier l’essentiel. Nicolas sait d’où il vient et avec qui il vit. Le goût des autres et l’altruisme foncier: ses parents ont été ses premiers formateurs. À la table familiale, il continue à apprendre des siens; leur soutien est précieux, y compris quand l’alarme vous oblige à rejoindre toute affaire cessante la caserne.

La défense du métier

Il s’agira maintenant de se mesurer au quotidien avec un autre élève, sollicitant et pressé, l’envoyé spécial des médias. «Faire la presse avant de gérer le feu n’est pas possible», prévient le nouveau porte-parole du SIS. «Laissez-nous d’abord comprendre ce qui se passe et exercer notre métier de sauveteur»: cette phrase de bon sens, il faudra la répéter. On peut faire confiance au lieutenant Millot; sa voix n’est jamais fatiguée lorsqu’il s’agit de défendre et illustrer son métier.

Créé: 20.02.2020, 09h41

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