Tout neuf, le dépôt des œuvres d’art prend l’eau

Ville de GenèveLe déménagement des oeuvres d'art a dû être stoppé, le temps de trouver une solution.

Le transfert des oeuvres, censé s’effectuer sur plusieurs mois, a été interrompu.

Le transfert des oeuvres, censé s’effectuer sur plusieurs mois, a été interrompu. Image: Georges Cabrera

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Le chantier est titanesque: les collections des musées genevois ont commencé à déménager dans le nouveau dépôt du Carré Vert, sur l’ancien site Artamis. Or, ce vaste remue-ménage a été stoppé net, a appris la «Tribune de Genève». Ces locaux flambant neufs souffrent de l’humidité, de températures inadaptées et de problèmes de finition des sols. Une expertise va être menée par la Ville de Genève, propriétaire des lieux, pour déterminer les responsabilités.

Des centaines de milliers d’objets devaient être déplacés sur les quatre étages, dont trois en sous-sol, de ce nouveau site construit pour près de 45 millions de francs. Tel un bunker, celui-ci était censé maintenir les conditions climatiques idéales pour protéger les biens culturels et parer aux éventuelles infestations d’insectes sur quelque 10 000 mètres carrés.

Or, tout a été interrompu, dans l’attente d’une solution. Le Musée d’art et d’histoire (MAH) a déménagé une partie de ses collections mais a cessé ce transfert dès que les problèmes ont émergé. Le Musée d’ethnographie (MEG), lui, a déjà tout acheminé vers le site. Mais les biens risquant de subir des dégâts ont été déplacés dans un autre secteur, loin de la zone la plus touchée par les problèmes d’étanchéité. L’Ariana et le Muséum d’histoire naturelle ont eux aussi amené quelques-uns de leurs cartons, pas plus. Restent le Fonds municipal d’art contemporain (FMAC) et la Bibliothèque de Genève, qui n’ont, eux, pas encore rejoint le site.

Température et humidité

Les problèmes ont été détectés par les responsables de la sécurité, chargés de la gestion des accès et des questions de climat. Des soucis d’humidité et de température, principalement. «Les installations et les appareils de mesure montrent que le climat des zones froides (trois locaux sur 43 au total) n’est pas stable, explique Anaïs Balabazan, porte-parole du Département des constructions et de l’aménagement. Un certain nombre de points impliquent des vérifications et des sondages. Des solutions simples ont permis de corriger des défauts de climat mineurs sur les zones sèches et grand format.»

Pourtant, dans ces dépôts ultramodernes, dotés de systèmes de sécurité hi-tech, tout est censé être sous contrôle pour protéger les œuvres. La température doit être maintenue à 19 degrés, sauf en chambre froide. Tout comme le taux d’humidité, fixé à 50%. Sinon le risque de développement de micro-organismes est réel: champignons et insectes peuvent s’inviter.

Deuxième aspect du problème, la finition des sols. Des fissures sont apparues, ce qui est problématique notamment pour la circulation des chariots chargés d’objets. Sur ce point, «des mesures de correction des défauts sont étudiées en collaboration avec les institutions», poursuit Anaïs Balabazan.

Une expertise demandée

Une expertise va être lancée afin de déterminer les causes exactes des problèmes rencontrés et établir des responsabilités. La nouvelle a été annoncée mercredi au Conseil administratif. Combien cela va-t-il coûter? «Il n’est pas possible de faire une estimation avant d’avoir les résultats de l’expertise, explique la porte-parole. Les coûts seront répartis en fonction des responsabilités déterminées par l’expert.»

Or, la société genevoise responsable de la construction de la chape est en liquidation. L’architecte en charge du projet, lui, renvoie vers la Ville. À noter qu’un conseiller municipal membre de la Commission des travaux, le PDC Alain de Kalbermatten, avait déjà alerté de potentiels problèmes au niveau de l’étanchéité de la chape, à l’époque de sa construction.

Y a-t-il eu des dommages? Des rumeurs font état de champignons sur certaines œuvres. Mais la Ville dément: «Les collections n’ont pas été en danger, assure Sami Kanaan, conseiller administratif chargé de la Culture. Mais nous avons préféré suspendre le déménagement pour éviter tout risque.» On affirme que toutes les mesures sont prises afin de protéger les objets d’art. Les différents acteurs se rencontrent chaque semaine «pour faire un point de situation et décider des mesures suivantes à prendre dans l’attente du retour de l’expertise à venir», nous détaille le département de Rémy Pagani.

Fallait-il construire si près du Rhône? «S’agissant des risques naturels, des évaluations précises sur les risques d’eau ont déterminé la mise en place de systèmes de détection adéquats. La crue millénaire du Rhône a été prise en compte en rehaussant les accès, de sorte à permettre l’évacuation des collections dans un temps raisonnable», expliquait le département en 2012, lors du vote du crédit. Encore aujourd’hui, la Ville assure que la proximité du fleuve n’a rien à voir avec les problèmes rencontrés.

Rappelons que le Conseil municipal, qui devra peut-être voter des coûts supplémentaires suite à ces soucis, avait déjà été échaudé au printemps dernier: certains élus s’étaient étonnés de devoir voter une somme de 10 millions déjà dépensée, plusieurs années après l’annonce du dépassement. Ce surcoût était dû à la découverte d’ammonium lors de la construction des fameux dépôts.

Créé: 07.11.2019, 18h54

Des conditions strictes

Le dépôt des biens culturels est censé parer à tout dommage en instaurant des conditions très strictes en matière de température et d’humidité. Il dispose, pour ce faire, d’une chambre froide. Celle-ci permet notamment de préserver des éléments plus fragiles, comme les photos, vidéo ou métaux sensibles à l’oxydation.

Un autre dispositif de protection existe au sous-sol de ce bunker: une chambre d’anoxie permet, grâce à la diffusion d’azote dans un caisson hermétique, d’éliminer tout insecte – comme les mites ou les vers – qui se serait logé dans un objet. Cette manipulation, qui consiste à éliminer l’oxygène des biens en bois ou en tissu, dure trois semaines.

En termes de chiffres, rappelons que le déménagement des collections du MAH coûtera plus de 1,4 million, assurances et transport compris. Celui des objets du MEG s’élève à plus de 968 000 francs. Il faudra compter 447 950 francs pour la BGE, 253 000 pour l’Ariana et 64 000 pour le FMAC.

CH.D.

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