Nathalie Fontanet: « Je ne peux pas attester que chaque nouveau poste se justifie»

GenèveMais le Conseil d’État défendra chaque nouveau poste proposé par le budget.

Nathalie Fontanet, la responsable des Finances du Canton, tentera avec ses collègues de défendre devant le Grand Conseil les postes demandés. (Photo d'archives)

Nathalie Fontanet, la responsable des Finances du Canton, tentera avec ses collègues de défendre devant le Grand Conseil les postes demandés. (Photo d'archives) Image: Laurent Guiraud

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Les débats budgétaires se préparent. La semaine prochaine, les députés arbitreront au terme d’une séance qui s’annonce longue (lire ci-dessous). Alors que le Cartel intersyndical mobilise, la ministre des Finances, Nathalie Fontanet, prend position.

Le débat sur le budget aura lieu la semaine prochaine et la fonction publique est dans la rue. Que se passe-t-il, Nathalie Fontanet?

Le projet de budget du Conseil d’État satisfaisait moyennement la fonction publique, parce qu’il ne donnait pas l’annuité vu la situation financière du Canton. Il créait néanmoins de nouveaux postes. Le projet sorti de commission change complètement la donne, puisqu’il octroie l’annuité, mais annule les augmentations de postes. Précisons que ceux qui sont vacants ne sont pas impactés, il s’agit uniquement des nouveaux postes. L’an passé, Ensemble à Gauche avait réussi in extremis à imposer des dépenses supplémentaires, maintenant une nouvelle majorité impose sa vision.

Que va faire le Conseil d’État?

Nous avons pris nos responsabilités en présentant un budget au parlement. Aujourd’hui, il nous échappe, le Grand Conseil l’a entre ses mains. Nous devons lui donner les moyens de prendre les meilleures décisions possible. C’est pourquoi, lors du débat de la semaine prochaine, nous présenterons aux députés des amendements motivés afin de rétablir chacun des postes supprimés. Le débat sera long, mais il s’impose.

Vous tenez vraiment à chacun de vos 412 nouveaux postes?

La suppression de l’ensemble des nouveaux postes décidée par la Commission des finances est problématique. Certains services sont aujourd’hui en souffrance et ne peuvent pas délivrer les prestations prévues, notamment ceux qui ont vu leurs effectifs baisser de 5% durant la dernière législature, je pense à l’Office du personnel ou à la Protection de l’adulte et de l’enfant. Ailleurs, il s’agit de tenir l’augmentation de la population et des besoins, je songe au DIP, à la police, à l’informatique. Mais, à titre personnel, je ne peux pas vous attester que chaque nouveau poste se justifie et qu’il n’y a pas du gras ici ou là... Je regrette que le Conseil d’État ne soit pas arrivé à une proposition plus raisonnable, qui aurait certainement évité la réaction que l’on a vue de la commission. J’espère qu’en 2021 nous arriverons à mieux arbitrer les besoins en notre sein et à mieux contenir la progression des charges.

De combien de nouveaux postes pouvez-vous vous passer?

Je ne peux répondre que pour moi et mon département. C’est la responsabilité de chacun d’évaluer la situation: ce qui est urgent ou qui va au-delà. Les situations sont très variables. Au DIP, certains postes devront être prévus dès septembre 2020 et il faudra bien les payer, au pire en passant par des crédits supplémentaires. D’autre part, il est important de relever que certains postes prévus sont financés par Berne, notamment au sein de l’Office cantonal de l’emploi, d’autres encore par des projets d’investissement.

On a dit que l’harmonisation des impôts des entreprises n’aurait pas d’impact. Et on bloque les postes. Normal?

Le déficit est sans mystère. Il résulte principalement de 213 millions de dépenses en plus pour la Caisse de pension, du paiement de l’annuité 2016 et de ses rattrapages pour un montant de 238 millions, du contre-projet sur les subsides de 186 millions et de la baisse des recettes liée à la RFFA. Selon nos indications, le coût de cette dernière baisse diminue. On l’avait estimée à 186 millions, elle aussi, mais elle devrait se limiter à 100 millions, vu la baisse annoncée des bénéfices des entreprises (–2,5% pour 2020). On verra si la tendance se maintient.


Voici les trois scénarios possibles du débat budgétaire

Jeudi 12 décembre, le Grand Conseil entamera son débat sur le budget 2020 de l’État. Comme chaque année ou presque, son issue – en principe vendredi soir – est incertaine, même si trois scénarios principaux se dessinent. Le projet initial du Conseil d’État a en effet été modifié sur trois points importants. Premièrement, la Commission des finances a refusé de suspendre l’annuité des fonctionnaires (+53 millions). Deuxièmement, une majorité formée par l’Entente et le MCG a biffé les 412 nouveaux postes demandés par le gouvernement. Troisièmement, cette même majorité a non seulement gommé les 12 millions supplémentaires de dépenses générales souhaitées, mais a encore enlevé 12 millions de plus. Au final, le déficit n’a varié que de 5 millions de francs, passant de 590 à 585 millions, pour des charges s’élevant à 9,130 milliards de francs. Détails importants pour le débat qui vient: le parlement ne peut alourdir le déficit inscrit au budget du Conseil d’État (il doit trouver des compensations s’il vote de nouvelles charges) et il faut la majorité absolue (51 voix minimum) pour adopter un budget déficitaire.

Premier scénario: personne ne bouge

C’est l’hypothèse la plus simple, voire la plus probable. «J’ai bon espoir que la majorité qui s’est formée en commission tienne, confie Jean-Luc Forni, le député PDC rapporteur de majorité. Les fronts sont assez figés et je les vois mal bouger.» Si c’est le cas, cette majorité PDC, PLR et MCG aura tout de même besoin de quelques voix UDC (abstention en commission) pour adopter le budget, car elle ne compte que 50 députés.

Sur le fond, le PLR Yvan Zweifel explique trouver «correct, puisque l’on n’engage pas, d’accorder l’annuité à la fonction publique. Les collaborateurs de l’État devront en effet se retrousser un peu plus les manches.» Selon lui, le message principal du groupe PLR s’adresse au Conseil d’État: «Nous attendons de lui qu’il entame des réformes structurelles, sans qu’elles affectent les prestations. Lorsqu’il le fera, nous serons nous aussi prêts à faire des efforts.»

Le MCG François Baertschi affirme «comprendre les difficultés de certains services de l’État, mais au vu de la situation financière difficile, il me semble que l’on peut reporter d’une année la création de nouveaux postes». Pour le député, le plus important est de trouver une majorité pour voter le budget: «L’année dernière, nous avons accepté les concessions d’Ensemble à Gauche, cette année, ce sont celles de l’Entente.»

Deuxième scénario: quelques postes sont accordés

Jeudi et vendredi, chaque conseiller d’État tentera de convaincre le Grand Conseil de la nécessité absolue de lui accorder de nouvelles forces. Si l’appui de la gauche est acquis, ses 41 voix sont nettement insuffisantes pour faire pencher la balance. Certes, mais certains services – celui de protection de l’adulte par exemple – appellent au secours depuis longtemps.

Le jeu est pourtant risqué, comme le reconnaît le Vert Mathias Buschbeck. «Je garde l’espoir de sauver des postes, mais la nécessité à la fin de réunir 51 voix pour adopter le budget rend la chose complexe. À quel moment le nombre de postes accordés entraînera-t-il le refus du budget par l’Entente? À l’inverse, combien en faudrait-il pour que les partis de gauche le soutiennent? Et que fera le MCG, qui joue le rôle de pivot dans ce cas?» La pièce n’est pas écrite et des rebondissements sont toujours possibles.

Troisième scénario: le Conseil d’État convainc

Ce n’est certainement pas le plus probable, mais ce parlement est parfois étonnant. En supposant que la moitié de ce qui était demandé soit récupérée, le PDC et le PLR ne pourraient plus suivre, tout comme l’UDC. Dès lors, c’est le MCG qui pourrait faire pencher la balance en changeant de camp. S’il refuse, il n’y aurait plus de majorité et Genève débuterait 2020 sans budget mais avec les douzièmes provisoires.

Ce danger-là est bien réel et tous les partis en sont conscients. Il s’agirait pour la gauche d’une victoire à la Pyrrhus. Cette issue est d’autant moins plausible que chaque député sait que le Conseil d’État dispose encore d’un atout dans sa manche s’il n’obtient pas les renforts demandés: les crédits supplémentaires demandés en cours d’année.

Comme le souligne Nathalie Fontanet dans son interview, une partie des nouveaux postes sont liés à des obligations légales ou à d’autres contraintes. Il se murmure qu’au moins un quart d’entre eux figurent dans cette catégorie. Eric Budry

Créé: 06.12.2019, 07h09

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