Une nappe phréatique entrave le Grand Théâtre

CultureLes travaux de réfection du bâtiment subiront des retards. Les conséquences sur la saison 2018-19 sont catastrophiques

Les travaux de réfection du Grand Théâtre ont généré des infiltrations au bas des murs des sous-sols et dans les nouvelles parties en sous-œuvre.

Les travaux de réfection du Grand Théâtre ont généré des infiltrations au bas des murs des sous-sols et dans les nouvelles parties en sous-œuvre. Image: Laurent Guiraud

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Tobias Richter, qui dirige le Grand Théâtre depuis septembre 2009, ne mâche pas ses mots. En déplacement en Italie, l’homme se confie d’un ton affligé: «Le scénario qui se présente à nous aujourd’hui relève du pur cauchemar; c’est une catastrophe dont il faudra plusieurs semaines pour en évaluer les conséquences économiques et artistiques.» Que se passe-t-il donc au sein de la vénérable maison lyrique genevoise? L’histoire tient du jeu de domino où la première pièce serait tombée suite à un événement accidentel. Cette pièce, c’est la nappe phréatique qui jouxte depuis toujours le bâtiment du Grand Théâtre. Les travaux de réfection et d’extension de l’édifice ont généré d’importantes infiltrations au bas des murs des sous-sols ainsi que dans les nouvelles parties en sous-œuvre.

Une nappe à maîtriser

L’imprévu est très fâcheux puisqu’il provoquera un retard de quatre mois et que la saison 2018-19, qui devait se déployer entièrement à la place Neuve, en pâtira grandement. Une partie de son programme prendra dès lors forme entre les murs de l’Opéra des Nations. L’impact sur le volet artistique est à coup sûr dévastateur. Mais cantonnons-nous pour l’heure aux aspects techniques de l’accident. Car sur ce plan, l’affaire semble pouvoir être maîtrisée sans trop d’embarras. Rémy Pagani, magistrat en charge du Département des constructions et de l’aménagement, résume ainsi la situation: «Lors de la construction du bâtiment en 1870, des briques ont été posées à plat dans les fondations de la structure. Cette méthode de construction a permis à la nappe de contourner le bâti. Nous la retrouvons malheureusement aujourd’hui dans le chantier: le niveau de l’eau est monté d’un centimètre à un centimètre et demi, les dalles et le bas des murs sont par conséquent beaucoup trop humides.» Que faire dès lors? Dans un premier temps, le flux phréatique sera observé, mesuré et stabilisé à l’aide de petits puits creusés à distance régulière. Il faudra pomper l’eau qui a envahi les parties basses du chantier et prévoir par la suite des systèmes d’écoulement latéraux au bâtiment.

La deuxième pièce à tomber dans ce malheureux jeu de domino, on la retrouve auprès de la structure boisée de l’Opéra des Nations. Celle-ci devait être démontée dès juin 2018 pour être acheminée vers la Chine, où un impresario en a fait l’acquisition. Des pénalités pécuniaires étaient prévues en cas de retards dans l’enlèvement de la structure. «Nous avons réussi à obtenir un nouveau délai de six mois, assure Rémy Pagani. Aucune pénalité ne sera donc payée. Quant au terrain qu’occupe actuellement le bâtiment, et qui devra accueillir plus tard un verger, nous tentons d’obtenir un nouveau délai de la part de l’Etat. Enfin, aucune pénalité n’est due en ce qui concerne le bâtiment du Grand Théâtre en rénovation à la place Neuve.»

Spectacles à la poubelle

Passons à présent à la troisième pièce du jeu, la plus importante: celle qui à trait au domaine artistique. C’est ici que les conséquences de l’accident phréatique se manifesteront avec le plus de violence. Le décalage qui s’affichera dans l’agenda de la maison lyrique provoquera des annulations de productions prévues depuis longtemps. Car, il faut le rappeler, l’affiche d’une saison se construit deux ou trois ans avant sa concrétisation. Et il faut mentionner aussi que les distributions sont choisies bien en amont et que les artistes opèrent très tôt des choix en renonçant à certains projets musicaux pour en adopter d’autres. Genève n’échappe pas aux règles qui régissent le monde de l’opéra. «L’exercice pour 2018-19 était déjà entièrement bouclé et avait été conçu pour une scène, celle du Grand Théâtre, bien mieux équipée que celle de l’Opéra des Nations, se désole Tobias Richter. Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui, ce sont tous ces projets d’envergure que nous avions conçus en coproduction avec d’autres maisons lyriques européennes. Il est évident que, dans une structure éphémère comme celle de l’Opéra des Nations, nous ne serons pas en mesure de maintenir les engagements conclus avec d’autres grosses maisons. Il est tout aussi évident que les changements et les annulations comporteront des pertes ou des manques à gagner considérables.» Voilà qui risque d’exposer un peu plus une institution qui navigue dans les limbes de la loi sur la répartition des tâches entre Ville et Etat et qui a risqué l’impasse financière avant que le Canton ne se décide, il y a peu, de voter une subvention de trois millions de francs.

Que faire alors face aux risques de débâcles artistiques et budgétaires qui se présentent à l’horizon? Réduire la voilure? Renoncer à une partie de la saison? «On pourrait tout à fait opter pour cette solution, concède Tobias Richter. Ce serait d’autant plus justifié qu’on est confronté à un scénario tout à fait exceptionnel et particulièrement calamiteux. Mais je préfère me pencher sur chacun des spectacles et comprendre ce qui peut être sauvé. Dans ces prochaines semaines, il faudra rencontrer beaucoup d’artistes, parler, négocier et garder la tête froide.» (TDG)

Créé: 13.10.2017, 20h04

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