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Le Muséum a reçu 11 millions de visiteurs depuis 1966

Avant d’être un musée, la maison de Malagnou est un institut de recherche scientifique de renommée mondiale.

En septembre 1965, le déménagement du Muséum d’histoire naturelle des Bastions à la route de Malagnou offrait un étrange spectacle aux Genevois.
En septembre 1965, le déménagement du Muséum d’histoire naturelle des Bastions à la route de Malagnou offrait un étrange spectacle aux Genevois.
BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE

En septembre 1965, les Genevois assistaient à un étrange défilé dans les rues de leur ville. Il y avait là, pêle-mêle, un rhinocéros, un morse aux gigantesques défenses, un tigre rugissant, un ours polaire, des bisons, entre autres. Ces animaux exotiques ne s’étaient pas échappés d’un zoo ou d’un cirque. D’ailleurs ils étaient parfaitement inoffensifs. Il s’agissait en fait de spécimens empaillés, transportés des Bastions à la route de Malagnou sur le pont d’un petit camion. En toute simplicité.

Ce spectacle insolite était offert par le déménagement du Muséum d’histoire naturelle. Jusque-là disséminées sur plusieurs sites, ses collections furent enfin réunies en un seul lieu. Les opérations s’étalèrent sur plus de six mois. «En plus des animaux empaillés, il y avait 3200 caisses, 9300 cadres d’insectes et 16 000 tiroirs à déménager, raconte

Albert Keller, adjoint scientifique retraité du Muséum, qui avait 24 ans à l’époque. Nous n’étions que vingt-trois personnes, soit le personnel du musée, pour emballer, étiqueter et transporter le tout. Nous avons tout fait nous-mêmes, sans l’aide d’une entreprise de déménagement, et nous n’avions qu’un petit camion.» Dans ces conditions, c’est presque un exploit de n’avoir pas eu à déplorer de dégâts dans les collections.

Un bond en avant d’un siècle

Le nouveau bâtiment de Malagnou, ultramoderne pour l’époque, ravit les scientifiques. «Ça n’avait plus rien à voir avec les anciens locaux! se souvient Albert Keller. Nous entrions dans un véritable palace. On a fait un bond en avant d’un siècle.» Après le déménagement, il a fallu reclasser les collections de A à Z, ce qui a pris des mois entiers. Et ce n’est qu’un an plus tard, en décembre 1966, que le musée inaugure une première galerie publique, celle de la faune régionale. Depuis lors, l’institution a accueilli près de 11 millions de visiteurs. On vient de loin à la ronde admirer les fauves empaillés, les squelettes de dinosaures et la collection de minéraux du plus grand musée d’histoire naturelle de Suisse. Son aura dépasse d’ailleurs largement les frontières du pays. Car avant d’être un musée, il s’agit d’un institut de recherche scientifique de renommée mondiale. Véritable encyclopédie de la vie sur Terre, c’est en quelque sorte l’arche de Noé genevoise.

En 1789, l’archéologue genevois Henri Boissier émet le souhait de créer un cabinet pour partager les dernières découvertes scientifiques avec le public, estimant «qu’un établissement de ce genre est nécessaire dans une ville qui produit tant de naturalistes célèbres». Cela relève aussi d’une idée très en vogue en cette année où éclate la Révolution française: instruire le bas peuple. Le Musée académique est finalement fondé en 1811, et la Ville de Genève en devient propriétaire en 1820. Les collections ne cessant de s’agrandir, un crédit d’un million de francs est voté en 1867 pour construire les bâtiments de la bibliothèque et du musée à l’université des Bastions.

Manque de place récurrent

Le Muséum – en fait, il ne prendra ce nom qu’en 1907 afin de souligner son rôle scientifique – est inauguré en octobre 1872 dans l’aile Jura. Il reste dans ces murs jusqu’à son déménagement à Malagnou en 1965. Entre-temps, par manque de place, on disperse les collections sur plusieurs sites, notamment dans des greniers d’écoles publiques. Le projet de Malagnou mettra vingt ans à se concrétiser.

Aujourd’hui, la Ville a dû lancer un nouveau projet pour gagner encore de l’espace (lire ci-dessous). Avec 15 millions d’objets, soit près de la moitié des collections d’histoire naturelle du pays, le Muséum est une fois de plus à l’étroit. En effet, ses collections – dont une partie a plus de 200 ans – s’enrichissent constamment grâce au travail de terrain de la trentaine de chercheurs actifs au sein de l’institution. Ceux-ci effectuent régulièrement des missions tout autour de la planète, identifiant près de cinquante nouvelles espèces chaque année, dans le domaine de la zoologie, mais aussi de la paléontologie et de la minéralogie.

Cela fait du Muséum l’institution suisse la plus productive en matière de systématique (classification scientifique des espèces vivantes). «Il y a quelques mois, nous avons par exemple participé à la description d’une variété inconnue de chauve-souris», se félicite le directeur, Jacques Ayer. Ce travail de recherche est fondamental: «Les experts estiment qu’il reste 80% des espèces vivant sur Terre à connaître et à décrire, explique Juan Montoya, directeur de laboratoire en biologie à l’Université de Genève. La survie à long terme de l’espèce humaine dépend de la biodiversité constituant les écosystèmes. Or, par notre faute, elle s’amenuise et les espèces disparaissent plus vite que nous ne parvenons à les étudier.» Pour lui, il est donc urgent d’intensifier la recherche en systématique. «Mais les programmes de formation dans ce domaine ont été drastiquement réduits un peu partout et les spécialistes sont de plus en plus rares, déplore l’universitaire. Le Muséum de Genève, dont la valeur scientifique est internationalement reconnue, contribue à préserver un enseignement et une expertise d’autant plus indispensables que la crise de la biodiversité s’accélère.»

Collections historiques

La conservation des collections est tout aussi primordiale, et celles de Malagnou attirent une centaine de chercheurs du monde entier chaque année. «Nous détenons la collection de fourmis d’Auguste Forel, la plus grande au monde», mentionne Jacques Ayer. Le Muséum recèle encore d’autres collections historiques, comme celles des naturalistes genevois Victor Fatio, François-Jules Pictet de la Rive ou Henri de Saussure, ainsi que celles des Français Jean-Baptiste de Lamarck et Benjamin Delessert. Il possède aussi des milliers d’échantillons d’ADN et quelque 50 000 «types», c’est-à-dire des spécimens ayant permis la description de nouvelles espèces et qui sont les références de base pour la science.

On conserve même ici les ultimes reliques d’espèces déjà éteintes. «Nous avons l’unique plumage préservé d’un émeu de Baudin, un oiseau australien disparu il y a plus de 200 ans, confie Jacques Ayer. Hélas, vu le rythme auquel les espèces s’éteignent, nos collections vont encore prendre de la valeur malgré nous. Pourtant, leur importance est moins évidente pour le grand public que celles des collections de Picasso ou de Rembrandt.»

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