Le Muséum se lance dans la pédagogie à ciel ouvert

Nature en ville Des aménagements transforment le parc autour du Musée d’histoire naturelle en refuge pour la microfaune.

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Exit, le gazon et les plates-bandes fleuries! Dans le parc de Malagnou, autour du Muséum d’histoire naturelle, ils ont cédé la place à de la prairie graveleuse et de la végétation indigène. Ces aménagements, et d’autres réalisés ces dernières années, constituent autant de refuges pour la microfaune.

Mais la démarche n’est pas toujours bien comprise du public, par exemple quand la prairie vient d’être fauchée et jaunit en dévoilant un parterre de gravier. Des panneaux explicatifs ont donc été inaugurés ce printemps. Un complément pédagogique d’autant plus nécessaire que de nouvelles interventions sont prévues.

Laboratoire écologique

A l’origine, c’est le Service des espaces verts (SEVE), qui a approché le Muséum en 2013 pour lui proposer une gestion plus naturelle des lieux, comme cela se pratique déjà dans de nombreux parcs. «Cela nous permet de propager aussi à l’extérieur de nos murs notre message sur la richesse de la biodiversité et son importance pour l’environnement, relève le directeur du Muséum, Jacques Ayer. Le parc s’inclut ainsi dans la visite du musée. Il est devenu un minilaboratoire écologique et pédagogique.»

Scientifiques et horticulteurs ont uni leurs compétences respectives, avec le concours des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève, pour réaliser ces aménagements. La première chose que le visiteur remarque, c’est que le gazon a été remplacé autour de l’entrée du bâtiment par une prairie graveleuse. Malgré son aspect austère à certaines saisons, celle-ci est bonne pour la biodiversité: «Dans cette prairie, toute une flore se développe, qui est très intéressante pour les insectes pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons», souligne Mickaël Blanc, chercheur associé au Muséum.

Sur le talus du côté de la rue de Villereuse, on a mis un semis genevois (un mélange de plantes vivaces, de graminées et de fleurs typiques du canton), qui devrait aussi attirer les insectes: «Nous avons placé un piège pour voir quelles espèces viennent, explique le scientifique. Nous aurons sûrement de bonnes surprises, car en d’autres lieux où ce semis a été utilisé, nous avons observé des insectes qu’on ne pensait pas trouver dans le canton.»

Sous un bosquet attenant au Muséum, toute une série d’arbustes indigènes a été plantée. Cette combinaison de fusains, viornes, cornouillers, et autres aubépines a l’avantage d’offrir des fleurs ou des fruits du début du printemps à la fin de l’automne, dont les oiseaux, les insectes et les petits mammifères se régalent. Toute cette faune peut aussi s’abreuver à un rocher creusé en forme de vasque, où la pluie constitue une source d’eau non chlorée, contrairement à celle du bassin jouxtant l’entrée du musée. «Il y a un écureuil qui vient y boire tous les jours!» se félicite Mickaël Blanc.

Ramener de la vie

Un hôtel à insectes fait de bûches, brindilles, paille, briques et coquilles d’escargot est destiné aux abeilles sauvages, tout comme trois bacs remplis de terre, d’argile et de sable, en cours de réalisation, où elles pourront creuser leur nid. «Les abeilles sauvages sont très utiles, car elles pollinisent d’autres plantes que leurs cousines domestiques», précise Mickaël Blanc. Par ailleurs, un mur de pierres a été construit au pied du grand cèdre à l’angle de la rue de Malagnou. Ses anfractuosités sont prisées des lézards, et même de certains oiseaux qui y nichent. Tas de feuilles mortes pour les hérissons, bois mort pour les coléoptères, ou plantation d’orties, dont se nourrissent certains papillons, complètent le dispositif. En outre, cet automne, une mare va être créée pour accueillir libellules et tritons, et une soixantaine de nichoirs à oiseaux et chauves-souris vont être installés. Des visites guidées et des ateliers sont également prévus.

Tout le projet est devisé à près de 60 000 francs, répartis sur plusieurs années, et soutenu par le fonds "G'innove". Le Muséum espère ainsi lutter contre certaines idées reçues: «Nous voulons faire comprendre au public que certaines plantes ou animaux mal-aimés ont aussi leur importance dans l’équilibre environnemental, lâche Jacques Ayer. Et cela montre ce que chacun peut facilement faire chez soi pour favoriser la biodiversité.»

(TDG)

Créé: 04.08.2017, 18h03

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