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Le Musée archéologique de Saint-Antoine avance

Le Conseil d’État affecte 4,6 millions de francs au site qui raconte l’urbanisation de Genève.

Les fouilles de Saint-Antoine ont été conduites de 2012 à 2015 par Evelyne Broillet-Ramjoué, sous la direction de Jean Terrier.
Les fouilles de Saint-Antoine ont été conduites de 2012 à 2015 par Evelyne Broillet-Ramjoué, sous la direction de Jean Terrier.
Georges Cabrera

Bien malin qui peut prédire aujourd’hui l’avenir d’un projet coûtant de l’argent au contribuable. Le coronavirus est passé par là, les priorités se télescopent et la mise en valeur des fouilles de Saint-Antoine, qui réalisait une belle unanimité politique, pourrait en faire les frais. Le Conseil d’État a néanmoins décidé d’allouer 4,6 millions de francs à la Ville pour bâtir un musée de site, appelé Les Lanterneaux.

Le coût total de l’opération, estimé à 14,6 millions, est assumé par trois entités: l’État (4,6 millions), la Ville (5 millions) et des fonds privés: la Loterie Romande (1 million) et une fondation genevoise de renom (4 millions). Le futur espace archéologique, soutenu par des pétitions d’habitants de la Vieille-Ville, a été plébiscité par la population: plus de 3500 personnes se sont ruées aux portes ouvertes.

Inauguration en 2023

Du côté de la Ville de Genève, qui sera propriétaire du site aménagé, on apprend de Philippe Meylan, directeur au Service du patrimoine bâti, que «le dossier de requête en autorisation de construire est en cours de traitement auprès des autorités cantonales». «La demande de crédit a été présentée au Conseil municipal et nous sommes dans l’attente de la convocation en Commission des travaux.» Le chantier pourrait démarrer au printemps 2021 et l’inauguration de l’espace muséal avoir lieu courant 2023. Le Conseil administratif fraîchement élu changera-t-il la donne?

Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (Crédit photo: Musée archéologique de Saint-Antoine)
Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (Crédit photo: Musée archéologique de Saint-Antoine)

Sur le plan cantonal, le dossier est emblématique d’une volonté de voir l’État s’impliquer davantage dans les projets culturels d’envergure. Ce désir sera-t-il soutenu par le parlement? Jacques Béné (PLR), président de la commission des travaux du Grand Conseil, à laquelle le crédit d’investissement de 4,6 millions sera soumis, se dit «bien incapable de répondre». «Tout le monde approuvait ce projet, il est d’un intérêt cantonal indubitable, mais sera-t-il jugé indispensable? Nous allons être saisis d’une quantité de demandes d’aide phénoménale. Qui allons-nous soutenir? À ma connaissance, les partis n’ont pas encore arrêté leurs positions.»

«Ne pas mettre de côté la culture»

Marjorie de Chastonay, à la tête de la commission de la culture, relève elle aussi les sollicitations sous lesquelles le parlement va crouler, même si son parti, Les Verts, «défend ce beau projet». L’élue affirme: «Politiquement, il ne faut pas mettre de côté la culture, y compris dans un contexte difficile.» La valorisation du site archéologique de Saint-Antoine ne sera probablement pas traitée en plénum avant l’automne.

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«La ville a une respiration: elle s’étend, se replie, s’étend encore…»

Comme adieux, Jean Terrier ne pouvait rêver mieux. L’archéologue cantonal, qui prendra sa retraite en avril 2021, ne coupera pas le ruban du Musée du site de Saint-Antoine, mais il partira en le laissant en bonne voie. Il détaille le chemin parcouru depuis le premier coup de truelle, en 2012.

Cette valorisation des fouilles, c’est une apothéose pour le Service que vous dirigez depuis 1998?

Un aboutissement pour notre équipe et pour l’archéologie genevoise, c’est certain. Cet espace d’interprétation permettra aux visiteurs descendant sous l’esplanade d’avoir la vision complète d’une immense étendue qui raconte, par des vestiges, l’histoire de Genève, depuis l’Antiquité jusqu’à l’édification des fortifications bastionnées au XVIe siècle.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (Crédit photo: Musée archéologique de Saint-Antoine)
Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (Crédit photo: Musée archéologique de Saint-Antoine)

Ce premier coup de truelle, vous vous en souvenez…

Oh oui! C’était un coup de pelle mécanique en réalité. Dans le cadre du projet de réaménagement de l’Esplanade, nous avons fait des sondages et sommes tombés sur un bastion des fortifications du XVIe siècle, le mottet Saint-Laurent, puis sur une dalle verticale appartenant à une tombe en coffre, typique de l’époque mérovingienne (VIe-VIIe siècle), et enfin plusieurs tombes accolées les unes aux autres. Nous avions mis au jour une très grande église funéraire, Saint-Laurent, dans laquelle les Genevois de l’époque souhaitaient être inhumés pour reposer au plus près du célébrant. Puis nous avons découvert une pièce appartenant à une résidence urbaine romaine datée entre 50 et 70 après J.-C. – un entrepôt construit sur un vide sanitaire fait d’amphores recyclées. C’est exceptionnel et sera visible dans le musée.

Qu’apprend-on grâce à ces fouilles sur le développement urbain de Genève?

La ville a une respiration: elle s’étend, se replie, s’étend encore… À l’époque romaine, un quartier résidentiel se développe de part et d’autre d’un axe – la rue des Chaudronniers –, monte la colline Saint-Pierre, et redescend la rue de la Cité pour accéder au pont sur le Rhône. À la fin du IIIes., Genève acquiert le statut de cité; on redoute les invasions, elle s’enferme dans ses murailles et se réduit à 5 hectares sur le sommet de la colline Saint-Pierre. Tout ce qui est à l’extérieur est abandonné et ces espaces voient apparaître des sépultures. Les cimetières sont hors les murs, le long des voies de communication. La très grande église funéraire de Saint-Laurent et un peu plus loin, l’abbaye de Saint-Victor fondée à la fin du Ves., vont entraîner une nouvelle urbanisation au Moyen Âge: le faubourg de Belle-Rue. On le détruit au XVIe s. pour mettre en place les fortifications bastionnées, dont le mottet Saint-Laurent qui a protégé, par un coup de chance inouï, les vestiges archéologiques des époques antérieures. Au XIXe s., les fortifications seront démantelées pour laisser place à une nouvelle urbanisation : le quartier des Tranchées.

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