«Le mouvement No Bunkers est une imposture»

AsilePour Pierre Maudet, conseiller d’Etat chargé de la Sécurité, le combat du collectif est «indéfendable».

Pierre Maudet ne mâche pas ses mots. «La Ville de Genève s’est laissée manipuler. Elle va de reculades en pantalonnades.»
Georges Cabrera

Pierre Maudet ne mâche pas ses mots. «La Ville de Genève s’est laissée manipuler. Elle va de reculades en pantalonnades.» Georges Cabrera

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L’hébergement de requérants dans les abris PC nourrit les tensions depuis deux mois à Genève entre le collectif No Bunkers, composé de migrants et de militants, et les autorités. Alors que le Conseil d’Etat vient de promettre de nouvelles places, le chef de la Sécurité et de l’Economie, Pierre Maudet, estime qu’il faut désormais «siffler la fin de la récréation». Il s’exprime pour la première fois sur le sujet, avec fermeté.

Comment réagissez-vous à l’appel lancé par No Bunkers pour que des Genevois logent les migrants du collectif?

C’est la démonstration que ce mouvement est une imposture. D’abord, il trompe la population sur le profil des personnes qui occupent la salle du Faubourg, et instrumentalise celles-ci à des fins politiques. Ce ne sont pas des requérants, mais en large majorité des déboutés du droit d’asile ou des personnes frappées de non-entrée en matière (NEM), en instance de renvoi. Ces gens s’étant vu opposer un refus définitif, leur hébergement chez l’habitant pose un problème de légalité et d’opportunité. Ce n’est ni faisable, ni souhaitable. Car il y a un autre problème: beaucoup sont des délinquants.

Sur quoi vous basez-vous pour le dire?

Nous ne disposons pas de la liste des noms des migrants de la salle du Faubourg, alors que No Bunkers s’était engagé à la donner en juin à l’Hospice général chargé d’attribuer l’aide d’urgence. Le collectif ne tient donc pas ses promesses. Mes services disposent du dossier pénal documenté de nombre d’entre eux. Il s’agit notamment de jeunes célibataires, venus pour des raisons économiques, ayant commis en Suisse des actes de violences, des vols ou du trafic de drogue, et sont donc des délinquants. Ce n’est pas le genre de personnes que l’on envisage d’héberger chez des particuliers sans difficultés… En revanche, l’Etat encourage l’accueil chez l’habitant de réfugiés reconnus ou de ceux au bénéfice d’un permis provisoire, par solidarité et afin de favoriser leur intégration.

No Bunkers vous a accusé de vouloir casser le mouvement. Qu’en est-il?

La police ne cible pas les migrants du collectif No Bunkers. Il se trouve que, dans le cadre de sa mission, elle a arrêté, notamment, des membres du collectif pour des vols, des infractions à la Loi sur les stupéfiants, ou simplement en vue de leur renvoi administratif, indépendamment de leur passé pénal.

A vos yeux, No Bunkers ne défend pas les bonnes personnes. Reste que la cause soutenue est juste?

Non. Son combat devient indéfendable. Certains Genevois qui ont rejoint le mouvement sont de bonne foi, mais No Bunkers instrumentalise les esprits. Le simple fait d’utiliser le terme «bunkers», qui a une connotation militaire, est un abus de langage pour parler des abris civils. Le collectif braque la population, ajoute à la complexité ambiante autour de la thématique de l’asile, entretient l’idée que la politique mise en place est inhumaine et indigne. Cela crée une atmosphère malsaine, confuse, qui contribue à renforcer le discours des extrémistes. Dans cette affaire, la Ville de Genève, qui a accepté de les laisser occuper le Grütli, puis la salle du Faubourg, s’est laissée manipuler. Elle va de reculades en pantalonnades.

No Bunkers a quand même réussi à faire bouger le Conseil d’Etat qui n’avait pas bien anticipé l’afflux de demandeurs d’asile.

Je ne suis pas d’accord. Je défends l’action de mon collègue Mauro Poggia, chargé des Affaires sociales. Cent studios ont déjà été ouverts au printemps. L’Etat se décarcasse depuis des mois pour trouver des solutions! De nouvelles places seront créées progressivement d’ici à la fin de l’année 2016. Les abris PC devraient par la suite fermer, sous réserve de l’évolution de la situation dans le domaine de l’asile. Il faut rappeler qu’il est très compliqué de trouver des lieux et de faire voter des crédits pour ce type d’infrastructures. Cette situation met en tout cas en exergue la difficulté d’exécuter dans des délais acceptables le renvoi des personnes déboutées ou NEM et le laxisme qu’a connu Genève en la matière jusque dans les années 2010. Certains sont ici depuis dix ou quinze ans! Leur expulsion devient donc difficile, mais elle est nécessaire vu l’afflux actuel de demandeurs d’asile qui pourraient, eux, obtenir le statut de réfugié.

Berne met la pression sur les cantons pour qu’ils renvoient plus rapidement les requérants déboutés. Votre réponse?

Genève fait davantage d’efforts. Le nombre de renvois exécutés est passé de 658 en 2013 à 1068 en 2014. La hausse est de 40%. Et nous avons réduit le nombre de cas en suspens, notamment concernant les personnes à l’aide d’urgence frappées d’une décision d’expulsion. Ce taux est passé de 8,2% au 1er juillet 2014 à 6,8% au 1er juin 2015. Soit une baisse d’environ 200 cas de bénéficiaires de l’aide d’urgence, sur quelque 600, en un an seulement! Il faut savoir que Genève, avec deux autres cantons romands, accueillera un centre de départs, dans le cadre de la réforme fédérale des procédures d’asile qui se déploiera d’ici à 2020. En prenant cette responsabilité, nous obtiendrons une diminution de la part fédérale des requérants attribués au Canton. Elle est actuellement de 5,6%.

Créé: 16.08.2015, 21h17

Fin du répit pour No Bunkers, au pied du mur

Les matelas restaient alignés samedi dans la salle du
Faubourg. C’est ici qu’une quarantaine de migrants ont trouvé refuge depuis le 2 juillet, refusant de rejoindre des abris PC. Ils auraient dû évacuer les lieux à 11?h. La Ville de Genève a finalement repoussé le délai à ce lundi. Ensuite? En attendant de nouvelles places promises par l’Etat, le collectif No Bunkers a lancé jeudi un appel à la solidarité des Genevois pour qu’ils accueillent ces personnes. Légal ou pas?

La loi fédérale sur l’asile ne s’y oppose pas, selon
le Secrétariat d’Etat aux migrations. «Le requérant débouté n’est pas tenu de bénéficier de l’aide d’urgence
ni de loger dans un endroit déterminé. Il peut donc en principe également loger chez des particuliers, explique sa porte-parole, Céline Kohlprath. Toutefois, l’adresse doit être connue. Les particuliers doivent s’assurer de ne pas enfreindre, malgré eux, l’exécution du renvoi le cas échéant. Sans quoi, ils commettraient un délit.» La question se pose en fait au niveau cantonal.

Après plusieurs jours de flottement au sein de l’Etat,
ce point a été clarifié dimanche. Le magistrat chargé des Affaires sociales, Mauro Poggia, a informé le collectif par e-mail. «Je m’oppose à cette pratique, sur le plan de la légalité et de l’opportunité, annonce-t-il à la Tribune de Genève. Les requérants déboutés et frappés de non-entrée en matière (NEM) sont tenus de loger dans un lieu d’hébergement collectif et même dans un foyer désigné par l’Hospice général pour recevoir l’aide d’urgence.» En clair, ils perdraient ce soutien en résidant chez l’habitant.

L’appel lancé pose aussi un problème pratique, relève-t-il. «Certaines personnes ont un passé judiciaire et sont
susceptibles de poursuivre leurs activités illicites. Leur logeur devrait s’attendre à voir débarquer la police. En plus, comme la plupart des gens qui se sont portés volontaires pour les accueillir sont des sympathisants de No Bunkers, des liens se sont créés. Le jour où il faudra mettre en œuvre la décision de renvoi, cela engendrera inévitablement des oppositions.»

Une quinzaine de Genevois étaient prêts samedi à répondre à l’appel de solidarité. Mais l’évolution de la situation durant le week-end va sans doute changer la donne. Contacté hier soir, le collectif, réuni pour en discuter, n’avait pas encore pris de décision et ne souhaitait pas communiquer.

La crise dure depuis deux mois. Et personne n’a pour l’heure trouvé l’issue pour en sortir. S.R.

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