La mort d'un bébé relance le débat sur la vaccination

Santé publiqueLa coqueluche a emporté un nouveau-né à Genève. Quid de la vaccination des femmes enceintes?

Le vaccin permet de protéger la mère et le bébé, très fragile dans les premiers mois de vie.

Le vaccin permet de protéger la mère et le bébé, très fragile dans les premiers mois de vie. Image: Keystone

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En octobre 2015, un bébé de 37 jours est mort de la coqueluche aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). La RTS, qui a révélé cette information la semaine dernière, a recueilli le témoignage des parents, domiciliés dans le canton de Vaud. A la fin du reportage, le père confiait que personne n’avait informé le couple de l’importance de la vaccination de la mère contre cette maladie. A Genève non plus, le vaccin n’est pas systématiquement proposé aux femmes enceintes.

Pourtant, les recommandations officielles sont claires (lire le tableau ci-contre). La femme enceinte devrait être vaccinée contre plusieurs maladies, afin de la protéger elle comme le futur bébé. En effet, le nouveau-né, trop jeune pour être vacciné dans ses premiers mois de vie, sera immunisé par les anticorps maternels.

75% des morts ont moins de trois mois

Le vaccin contre la coqueluche est précisément recommandé. Cette maladie contagieuse due à une bactérie provoque une infection respiratoire et se caractérise par une forte toux. Elle s’avère très dangereuse pour les nourrissons, dont le système pulmonaire et neurologique est immature. « Ils font des pneumonies, s’étouffent pendant les quintes de toux, arrêtent de respirer si bien que leur cerveau ne reçoit plus assez d’oxygène», explique la professeure Claire-Anne Siegrist, pédiatre et directrice du centre de vaccinologie des HUG. Même si le mal est diagnostiqué rapidement, soigner les nouveau-nés est très difficile, car les antibiotiques sont inefficaces.

En recrudescence, la coqueluche aurait provoqué cinq décès d’enfants ces quinze dernières années en Suisse; dans le monde, 75% des malades décédés de la coqueluche sont âgés de moins de trois mois, un âge trop jeune pour être protégé par la vaccination qui débute à deux mois de vie.

Vacciner la mère et l’entourage et des bébés est donc la seule chose à faire. Mais ce n’est pas automatique. A Genève, le vaccin n’est pas systématiquement proposé aux femmes enceintes et le personnel des crèches n’est pas toujours vacciné, alors qu’il a lui aussi à faire à un public fragile.

Comment l’expliquer? «Simplement parce qu’en Suisse, la vaccination n’est pas obligatoire, rappelle le médecin cantonal Jacques-André Romand. Nous ne pouvons qu’encourager le personnel en lien avec des enfants à observer les recommandations fédérales. »

Rappel des responsabilités

En 2012, le médecin cantonal a écrit aux institutions de la petite enfance du canton pour leur rappeler leurs responsabilités. La lettre recommandait «de promouvoir la mise à jour de la vaccination du personnel; de ne confier les bébés de moins d’un an qu’à du personnel dûment vacciné contre la coqueluche et la rougeole; d’exiger, lors de l’engagement de nouveaux collaborateurs, qu’ils soient vaccinés conformément aux recommandations en vigueur; enfin de vacciner le personnel contre les maladies qui comportent un risque pour les enfants de moins de six mois.» Des conseils qui peuvent rester lettre morte, le médecin cantonal n’ayant aucun moyen de contrôler leur application. (TDG)

Créé: 24.01.2016, 17h34

Prise de conscience

Le vaccin contre la coqueluche est recommandé aux femmes enceintes depuis 2013 en Suisse. Un conseil «suivi à la maternité, mais pas toujours en ville, où les gynécologues n’ont pas une grande habitude des vaccinations», observe la professeure Claire-Anne Siegrist.

«Je ne suis pas sûr que tous les gynécologues proposent le vaccin à leurs patientes», confie avec franchise le Dr Philippe Heymans, membre du comité de l’Ordre des gynécologues genevois. Pourquoi? «Par manque de conscience des risques ou par crainte de la réaction des patientes. Certaines remettent en question les progrès de la science et refusent jusqu’aux vitamines, au nom du principe de précaution. Cela demande beaucoup d’énergie, de temps et cela peut être décourageant.»
La mort du bébé changera-t-elle les choses? «Ce décès aurait pu être évité si la vaccination avait été recommandée. Tout le monde espère donc qu’il permettra une prise de conscience suffisante et que le vaccin contre la coqueluche sera reconnu comme une étape importante du suivi de toutes les grossesses», déclare Claire-Anne Siegrist. Le Dr Heymans approuve: «La vaccination est un devoir collectif dont tout le monde n’est pas conscient dans une société individualiste. Nous devons être plus fermes et plus concernés et proposer systématiquement les vaccins.» Surpris d’apprendre que ce n’est pas le cas, le médecin cantonal promet de se pencher sur la question.

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