«La montée en puissance des Verts est spectaculaire»

Élections fédéralesPour Pascal Sciarini, il serait très surprenant que le tandem rose-vert ne soit pas élu aux États. Le politologue analyse les raisons et les effets de la vague verte de dimanche.

Dimanche, une vague verte, jeune et féministe est passée par Genève. De quoi réjouir Lisa Mazzone (à droite), arrivée en tête du premier tour de l’élection du Conseil 
des États et Delphine Klopfenstein Broggini, élue au Conseil national.

Dimanche, une vague verte, jeune et féministe est passée par Genève. De quoi réjouir Lisa Mazzone (à droite), arrivée en tête du premier tour de l’élection du Conseil des États et Delphine Klopfenstein Broggini, élue au Conseil national. Image: MAGALI GIRARDIN

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Professeur de science politique à l’Université de Genève, Pascal Sciarini revient sur les résultats des élections fédérales de dimanche. Selon lui, on est face à un phénomène tout à fait exceptionnel, particulièrement à Genève, pour diverses raisons, dont les tensions au sein des partis de l’Entente. Il estime que la déferlante écologiste devrait avoir des prolongements lors des élections municipales et influer sur la politique fédérale. En revanche, il ne voit pas les Verts entrer immédiatement au Conseil fédéral.

Les résultats de ces élections sont-ils simplement conformes aux prévisions ou est-on au-delà?

On est manifestement au-delà. C’est spectaculaire au niveau national, et ça l’est encore plus à Genève, qui, il est vrai, réagit souvent plus fortement que le reste du pays. En Suisse, seule l’UDC a enregistré une progression de cette ampleur, dans les années 90. La différence, c’est que l’UDC avait engagé de très gros moyens financiers dans la campagne. Ce qui n’est pas le cas des Verts. La dynamique est venue du bas, des manifestations des jeunes. La montée en puissance des Verts était annoncée, mais pas dans une telle ampleur. Ce qui n’avait pas été anticipé non plus, c’est que cela se ferait autant au détriment des socialistes. Bien sûr, les deux électorats sont assez similaires. Le changement, c’est que jusque-là, cela penchait plutôt en faveur du Parti socialiste. Cette fois, avec la thématique de l’environnement au premier plan, ce sont les Verts qui ont paru à cet électorat partagé les plus aptes à les représenter.

On a beaucoup parlé cette année des manifestations des jeunes sur l’urgence climatique. Cela a-t-il pesé?

Nous n’avons malheureusement pas encore les statistiques de participation par groupes d’âge. Toutefois, au vu des résultats, je peux imaginer que l’électorat jeune a davantage voté, et très majoritairement pour les écologistes. Cela a eu d’autant plus d’impact sur le résultat que le taux de participation était particulièrement bas cette année, de quatre points inférieur à celui de 2015. Nous avons une conjugaison de deux facteurs qui explique l’ampleur de la percée écologiste: une mobilisation réduite de l’électorat des partis bourgeois et, de l’autre côté, une participation accrue de jeunes électeurs; même si elle n’est que de l’ordre de 3%, cela suffit à creuser l’écart.

Il y a eu un effet environnement, un effet jeunes mais également un effet femmes, non?

Je pense que dans le succès des Verts à Genève, il y a effectivement eu une dimension femmes. L’égalité fait partie de leur ADN, ils en ont donc profité aussi. En fait, les deux thèmes forts du moment sont au cœur de leur programme. On pourrait rétorquer que c’est également le cas des socialistes, mais ils n’ont visiblement pas réussi à se profiler clairement sur ces thèmes comme porteurs de solutions.

Un autre parti a fait un énorme bond. Comment expliquer le succès des Vert’libéraux?

À Genève, ils ont doublé leur score de 2015, ce qui ne leur aurait pas suffi pour décrocher un siège. C’est leur alliance avec d’autres petits partis qui leur a apporté les suffrages qui manquaient. On peut supposer qu’ils ont plutôt pris des voix dans l’électorat PLR et PDC. Les Vert’libéraux n’étaient jusque-là pas parvenus à faire leur place sur l’échiquier politique genevois, tout simplement parce qu’il est déjà très encombré. Leur créneau était déjà occupé en partie par le PDC et le PLR. Mais cette année, les Vert’libéraux ont profité à plein de la vague verte.

Le MCG est en revanche du côté des perdants. Surpris?

La perte du siège occupé par Roger Golay au Conseil national était le scénario le plus plausible. Il avait déjà été acquis de justesse en 2015 et, comme le MCG a reculé aux dernières élections cantonales, ce n’est pas très surprenant. Il faut cependant relever que si l’UDC n’avait pas également perdu des points, le MCG aurait pu conserver son siège grâce au report des voix. C’est cela qui lui a été fatal.

Au vu de l’avance prise par Lisa Mazzone et Carlo Sommaruga au premier tour, peut-il encore y avoir un coup de théâtre lors du second tour de l’élection du Conseil des États?

Les jeux ne sont jamais complètement faits, mais ce serait une grosse surprise si le tandem rose-vert n’était pas élu. J’imagine qu’ils sont un peu groggy dans le camp de l’Entente, Hugues Hiltpold n’ayant pas fait un très bon score, et Béatrice Hirsch encore moins. Une grande alliance à droite, c’est-à-dire avec l’UDC, paraît impossible. De plus, elle serait essentiellement électoraliste et presque pas programmatique. Il est en revanche plus facilement imaginable que la gauche de la gauche se retire et appelle à voter pour le duo rose-vert.

Les Verts arrivent en force à Berne. Quel impact cela aura-t-il sur la politique fédérale?

Je pense qu’on pourrait sentir certains effets rapidement, par exemple concernant la loi sur le CO2, qui n’est pas encore sous toit. Des mesures plus fortes en faveur de la protection de l’environnement pourraient aussi venir. Il y a bien entendu les taxes, mais pas uniquement. L’agenda de la sortie du nucléaire pourrait être revu. L’élaboration d’une fiscalité plus écologique devrait également faire partie du programme. Enfin, nos rapports avec l’Europe pourraient s’en trouver influencés.

Les Verts sont-ils mûrs pour un siège au Conseil fédéral?

Je reste dubitatif par rapport à un changement rapide de la composition du Conseil fédéral. Christian Levrat, le président du Parti socialiste suisse, a déjà précisé qu’il lui semblait plus raisonnable d’attendre la prochaine vacance au gouvernement fédéral pour discuter de la question. Or les Verts ne peuvent rien faire sans l’appui des socialistes. Ce qui a changé depuis dimanche, c’est que l’on pensait que la discussion tournerait autour du siège PDC alors qu’aujourd’hui c’est le PLR qui est visé. Comment pourront-ils justifier d’en conserver deux?

La prochaine échéance à Genève, ce sont les élections municipales. Vivra-t-on le même scénario?

Je m’attends à une confirmation de cette vague verte dans les communes. Mais j’y ajoute un bémol qui tient au caractère par définition local de ces élections. On est dans un autre contexte et il faut des femmes et des hommes capables de porter les idées à cet échelon. Mais pour peu que les Verts parviennent à présenter des listes dans le maximum de communes, ils devraient progresser.

Créé: 21.10.2019, 18h22

L’essentiel

Succès Pascal Sciarini est surpris par l’ampleur du score écologiste à Genève. Il s’attend à une récidive aux municipales.

Jeunesse L’une des clés de la progression des Verts est la mobilisation d’un électorat jeune.

Conseil des États Le second tour devrait voir s’affronter trois blocs: la gauche, l’Entente et l’UDC, soutenue par le MCG.

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