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«J’ai appris qu’être Français à Genève, c’est particulier»

Evincé en février, l’ex-patron des Fêtes, Emmanuel Mongon, parle pour la première fois.

Emmanuel MONGON, ex-producteur des Fêtes de Genève 2016
Emmanuel MONGON, ex-producteur des Fêtes de Genève 2016
Lucien Fortunati/ Tribune de GEnève

L’ex-producteur du «Geneva Lake Festival» en 2016, écarté cet hiver après l’annonce d’un déficit de 3,5 millions, revient en exclusivité sur les conditions de son départ.

Que s’est-il passé pour que vous soyez évincé?

Les résultats financiers n’ont pas été à la hauteur escomptée. Le budget des dépenses a été bien respecté malgré les nombreux surcoûts, mais on n’a pas eu les recettes suffisantes. La réduction de la surface d’emprise au sol, à la demande de la Ville de Genève, a réduit le nombre de stands, générateurs de revenus. On a aussi eu moins de sponsors, car on a démarré très tard (ndlr: un accord n’avait été trouvé qu’en novembre 2015). Et les partenaires n’ont pas souhaité associer leur image à un événement menacé de boycott (ndlr: par les forains). Le clou final a été l’attentat de Nice, qui a cassé la courbe des ventes pour le feu d’artifice.

S’il s’agit de facteurs extérieurs, pourquoi vous en faire porter la responsabilité?

On m’a demandé de travailler pour 2017 à un format plus réduit, car la fondation ne peut pas continuer à financer seule cet événement. Ça ne correspondait plus au développement de mon concept, sur trois ans.

Les Fêtes ne pourront-elles pas survivre sans subventions publiques?

Le cœur du problème est la pérennité économique. Il y a un décalage entre ce qui est souhaité et ce qui est financé. Il est tout à fait faisable de financer cette manifestation uniquement par des ressources privées, comme le font le Paléo ou le Montreux Jazz pour des sommes bien supérieures. Mais il faut un cadre favorable. Par exemple, les sponsors veulent pouvoir privatiser des espaces pour leurs propres clients.

Justement, la privatisation de l’espace public est critiquée

Pourtant, il y avait plus d’espaces gratuits ouverts en 2016 le soir du feu que les années précédentes. Je reconnais que c’était une erreur de construire une structure VIP trop haute à la rotonde du Mont-Blanc.

Redoutez-vous les conclusions du Service d’audit cantonal, qui analyse la gestion financière de l’édition 2016?

Absolument pas. La fondation m’avait spécifiquement demandé de mettre en place des bases saines. On a fait pas mal de nettoyage.

Etes-vous amer d’être ainsi remercié?

Amer, non, mais frustré que le programme qu’on voulait mettre en place sur trois ans soit coupé dans son élan.

Si vous pouviez revenir en arrière, que changeriez-vous?

Je me serais concentré en premier sur les terrasses flottantes, c’est le plus porteur. Comme c’est très compliqué, on a décidé de le faire tranquillement, par étapes. Ainsi, les gens n’ont pas compris que le Geneva Lake Festival s’étalerait sur deux mois et que les Fêtes de Genève n’en seraient qu’un élément.

La communication vous a fait défaut…

Le fait qu’on nous interdise les Préfêtes et le Jardin anglais est une demande de la Ville de Genève. Le courroux de ceux qui le regrettent s’est retourné contre moi. La mission de Genève Tourisme est de communiquer auprès des étrangers pour les faire venir à Genève. On n’est pas du tout outillés pour communiquer au niveau local. On a sous-estimé le pouvoir de nuisance de certains.

Avez-vous été victime d’une campagne de dénigrement?

Victime non, mais il y a bien eu une campagne de dénigrement, qui visait le statu quo. Comme on m’a engagé pour apporter des changements, c’était compliqué de s’entendre.

Le conflit a pris des tournures assez graves, avec des lettres anonymes menaçant d’incendier le dépôt pyrotechnique, et deux alertes à la bombe le soir du feu.

C’est assez étonnant, on est quand même en Suisse. Ce n’est plus du dénigrement, c’est une ambiance martiale. Il y a une enquête en cours.

Votre successeur «connaît mieux la politique locale». C’est ce qui vous a manqué?

J’ai été recruté justement parce que je ne suis pas Genevois, pour apporter une vision plus fraîche. J’ai appris qu’être Français à Genève, c’est particulier. Mais c’est bien, ça veut dire qu’il y a une identité.

En quoi consiste l’accord passé avec Genève Tourisme concernant les droits du concept?

J’ai tout cédé du concept, Genève Tourisme peut garder tout ce que vous avez vu en 2016 et tout ce qui se préparait pour 2017.

A quelles conditions?

C’est confidentiel.

Une rumeur évoque un million d’indemnités…

Beaucoup de chiffres circulent mais ne correspondent pas à la réalité.

Quel souvenir garderez-vous de cette aventure?

C’est impressionnant de voir combien de gens sont venus alors qu’ils ne venaient pas avant, et nous l’ont dit. A quel point on a réussi à créer une diversité, avec des groupes alternatifs, et à mélanger les différentes Genève. Cette énergie mise par 500 Genevois pour réaliser en huit mois ce que vous avez vu en 2016. Je voudrais ici rendre hommage à chacun d’entre eux.

Que faites-vous depuis?

Je suis toujours à Genève et travaille sur d’autres projets. Comme l’extension d’un centre reconnu de retraite zen en Dordogne.

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