«Le moment du mariage pour tous est venu»

ÉgalitéLe PDC Guillaume Barazzone dit son appui à l’ouverture du mariage aux homosexuels.

Pour le conseiller national Guillaume Barazzone, le partenariat enregistré ne garantit pas les mêmes droits que le mariage.

Pour le conseiller national Guillaume Barazzone, le partenariat enregistré ne garantit pas les mêmes droits que le mariage. Image: Laurent Guiraud

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Vous avez aimé le débat français sur le mariage pour tous? Ne ratez pas son pendant helvétique! La Commission des affaires juridiques du Conseil national a dévoilé son plan le 6 juillet: elle veut ouvrir le mariage aux homosexuels par une approche purement législative. La réforme pourrait occuper l’avant-scène fédérale en 2019. Et l’un des élus genevois à Berne promet de jouer un rôle militant. Conseiller national PDC et magistrat en Ville, Guillaume Barazzone dit pourquoi il veut s’impliquer.

Vous sortez du placard comme supporter du mariage pour tous. Pourquoi?
Chaque être humain a les mêmes droits et ne doit pas être discriminé en raison de son orientation sexuelle. Cela implique que la loi doit permettre aux couples homosexuels d’officialiser leur amour de la même manière que les couples hétérosexuels. Or, le partenariat enregistré, même s’il a été une véritable avancée lorsque le peuple suisse l’a adopté, en 2005, n’a pas la même symbolique et surtout n’offre pas les mêmes droits que le mariage. En quinze ans, les mentalités ont évolué et la Suisse est en retard en comparaison européenne. De nombreux pays ont permis le mariage pour tous: France, Espagne, Allemagne, Angleterre, Irlande, les pays scandinaves… C’est une décision très importante qui attend prochainement le parlement et, avec d’autres, je souhaite l’influencer dans ce sens.

Comme hétérosexuel, vous n’êtes pas très concerné. Pourquoi vous profiler?
La lutte contre les discriminations doit tous nous concerner en société et j’ai des proches homosexuels qui m’ont sensibilisé à leur point de vue. C’est pour cela que je me suis aussi engagé pour que la norme pénale antidiscrimination protège également des propos et actes homophobes. Pour obtenir le consensus politique le plus large possible, les élus du centre et de droite doivent s’exprimer. Comme démocrate-chrétien, je distingue bien les mariages civil et religieux. Que le mariage consacré par l’Église catholique romaine reste de façon immuable celui d’un homme et d’une femme fait sens du point de vue de la doctrine. D’ailleurs, en tant que PDC, je me réjouis que des couples homosexuels veuillent créer une famille en se mariant et adoptant conjointement, ce qui n’est pas possible avec le pacs. Mais le droit civil doit refléter l’état d’esprit d’une société à un moment donné. Celui du mariage pour tous est venu.

«La loi doit permettre aux couples homosexuels d’officialiser leur amour de la même manière que les couples hétérosexuels»

À son stade actuel, le projet ne va pas jusqu’à l’égalité totale, par exemple en termes de rentes de survivants. Cela vous satisfait-il?
Dès lors qu’on adopte le principe du mariage pour tous dans le Code civil, on doit en tirer toutes les conséquences. Cela implique de permettre l’adoption conjointe (j’avais d’ailleurs voté pour l’adoption de l’enfant du partenaire), le même régime patrimonial (celui de référence pour le mariage étant les acquêts alors que la séparation des biens prévaut par défaut dans le partenariat) et la naturalisation facilitée également pour les couples mariés homosexuels. Cela passe aussi par la même situation concernant les rentes de veuf et veuve. Bref, cela ne sert à rien d’autoriser le mariage pour tous s’il a les mêmes effets limités que le pacs.

Deux papas ou deux mamans, ça ne vous dérange pas?
Les études montrent que les enfants ayant deux pères ou deux mères ne vont pas plus mal que ceux qui ont un père et une mère. Et je trouve de telles situations plus favorables que celles où l’enfant n’a pas de parent ou n’en a qu’un seul.

Quid de la procréation médicalement assistée (PMA)?
Dans le cadre de ce débat, je considère qu’il n’y a aucune raison de refuser la PMA à deux femmes mariées, si on l’autorise pour des couples hétérosexuels. La Constitution l’autorise pour ces derniers en cas de stérilité ou pour éviter la transmission d’une grave maladie. Si l’on suivait l’argument de la procréation naturelle, il faudrait l’interdire aux couples mariés hétérosexuels. On entend dire que les couples de femmes n’ont qu’à adopter: mais ce qui est très difficile pour les couples hétérosexuels est presque impossible pour des couples de femmes, car très peu de pays l’autorisent. Quoi qu’il en soit, l’introduction de la PMA pour les couples mariés homosexuels nécessitera une modification de notre Constitution. Cela implique obligatoirement un vote du peuple et des cantons, ce qui n’est pas forcément le cas de la réforme législative sur le mariage pour tous, qui sera soumise au référendum facultatif.

Quel est votre avis sur la gestation pour autrui (GPA)?
J’y suis fermement opposé. Elle implique trop souvent une marchandisation du corps de la femme et de potentiels abus.

Le partenariat règle la plupart des problèmes. Pourquoi aller jusqu’au mariage?
Il y a une dizaine d’années, je pensais que le partenariat suffisait. Mais, comme je l’ai dit, le partenariat ne garantit pas les mêmes droits que le mariage. Il reste donc des discriminations qui n’ont pas lieu d’être. Notre travail de parlementaires doit consister à faire évoluer le cadre législatif et empêcher ces discriminations. Le mariage pour tous serait en ce sens un signe de reconnaissance de la société envers une partie de la population qui est encore trop souvent discriminée.

La voie législative que veut la commission signifie que l’on peut éviter de consulter le peuple. Cela vous convient-il?
Cette voie n’empêche pas le peuple de se prononcer. Chaque loi est soumise au référendum facultatif, il suffit de récolter des signatures et je ne doute pas que ce sera le cas sur ce sujet: des milieux s’opposeront au mariage pour tous. Mais il est sain que ce débat ait lieu.

Pendant ce temps, votre parti réclame qu’on revote sur son initiative fiscale et conjugale de 2016 qui réserverait le mariage aux hétérosexuels dans la Constitution. Vous êtes à l’aise avec la situation?
Cette définition du mariage ne correspond pas à mes convictions, comme je l’ai dit. Mais, tout comme je ne veux pas de discrimination entre les couples hétérosexuels et homosexuels, je n’en veux pas davantage entre couples mariés et non mariés en matière fiscale. Le PDC s’est plaint des chiffres erronés qui ont pu fausser la votation. Surtout, le parti fait pression sur le parlement pour qu’il mette fin à la discrimination fiscale des couples mariés. Il faut avancer sur ces enjeux importants.

(TDG)

Créé: 29.07.2018, 16h39

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