Quelle mode de gestion des EMS? Anne-Laure Repond face à Jean-Marc Guinchard

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Externalisation dans les EMS Les établissements médico-sociaux sont des entreprises privées surveillées par l’État. Une grève dans deux établissements remet en cause le modèle libéral de gestion. La loi genevoise interdit déjà la délégation des soins infirmiers, faut-il interdire toute externalisation? Les deux fédérations qui regroupent les EMS du canton s'expriment: Anne-Laure Repond, secrétaire générale de la Fegems et Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l’Agems.

Dans les EMS, la qualité doit primer

Anne-Laure Repond Secrétaire générale de la Fegems

La Fédération genevoise des établissements médico-sociaux regroupe 85% des EMS du canton. Si nous n’excluons pas l’externalisation par principe, nous avons à cœur que cette dernière ne mette pas à mal nos exigences de qualité et d’éthique. Un EMS doit placer le résidant au cœur du travail de tous les professionnels qui composent les équipes. Dans notre jargon, cela s’appelle l’interdisciplinarité. La prise en charge des personnes âgées nécessite une intense collaboration entre tous les intervenants qui vont s’occuper d’elles. De l’infirmière à la femme de chambre, en passant par l’animatrice et la réceptionniste, tous les acteurs du quotidien de nos aînés doivent travailler de façon concertée, dans un même esprit et pour un même projet institutionnel.

Pour ce faire, les différents personnels agissent ensemble, sont formés ensemble et se réunissent chaque fois que nécessaire. Externaliser l’un ou l’autre de ces personnels œuvrant au contact direct des résidants, c’est prendre le risque de les sortir de cette dynamique interdisciplinaire et de mettre en péril les projets de vie que nos institutions ont développés et qui offrent aux résidants les repères que nous cherchons à maintenir, voire à développer. Nous touchons ici au cœur de nos métiers. La Fédération genevoise des établissements médico-sociaux (Fegems) vient d’éditer des cahiers des charges génériques de l’hôtellerie et de l’intendance, justement pour valoriser la richesse de ces professions et réaffirmer leur place indispensable au sein de nos équipes.

Toutefois, nous tenons à rappeler que les EMS sont aujourd’hui sous pression. Des coupes budgétaires sont régulièrement appliquées et les mécanismes salariaux seulement partiellement financés. Les EMS cherchent donc légitimement à réduire les coûts. Doit-on pour cela externaliser des employés en contact direct avec les résidants? Sans analyser l’actuel conflit social au sein de deux EMS, de surcroît non membres de la Fegems, l’externalisation d’un service hôtelier pose clairement la question de la qualité des prestations pour nos résidants, mais aussi des conditions de travail des collaborateurs puisqu’ils seront, à terme, soumis à une moins bonne CCT. Ces interrogations ne doivent pas être ignorées.

La Fegems est partenaire et signataire de la CCT des EMS genevois, car nous estimons que la garantie de la qualité des prestations délivrées à nos aînés passe aussi par la garantie des conditions de travail que nous pouvons offrir à notre personnel. Haut de la page

Qualité et économie pas incompatibles

Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l’Agems

Les externalisations de prestations dans les établissements médico-sociaux ont fait la une de notre presse en raison de la grève provoquée par un syndicat dans deux EMS. Piquant d’ailleurs de constater que ledit syndicat revendique le bien-être des résidents mais n’hésite pas à paralyser le fonctionnement hôtelier de deux maisons de retraite médicalisées. Rappelons que l’État n’est pas gérant de ces établissements, mais garant des prestations qui y sont fournies. Si la loi interdit à Genève de confier les soins à des entreprises tierces, la sous-traitance des métiers sociohôteliers et de nettoyage est autorisée, à condition que l’entité externe assumant lesdites tâches présente les garanties voulues quant à sa capacité économique et financière, et que les conventions collectives de travail de la branche applicables à Genève – ou, à défaut, les usages de l’OCIRT – soient respectées. Dans ce contexte, les décisions récemment prises par les EMS Notre-Dame et Plantamour – comme par d’autres EMS d’ailleurs et depuis bien des années – ne contreviennent pas à la législation en vigueur ou aux conditions fixées dans les mandats de prestations en cours, comme dans les projets institutionnels présentés par les EMS à l’État au moment de leur ouverture. Le DEAS procédera prochainement à une étude globale des sous-traitances au sein des EMS genevois avec leurs conséquences aussi bien pour les résidents que pour le personnel. Il n’exclut pas en l’état, si le résultat de cette enquête devait apporter des éléments négatifs, de restreindre les possibilités actuelles, afin de garantir une constance dans la qualité des prestations dispensées au bénéfice de nos aînés placés en EMS. Ces mesures d’externalisation de prestations constituent, certes, à terme, des économies. Celles-ci permettent de compenser – très partiellement d’ailleurs – les baisses de subventions ou les baisses de prix de pension imposées par l’État. La subvention actuelle de l’État se monte à 20% des revenus, les autres sources de financement étant constituées des économies des résidents – ou à défaut par les prestations complémentaires qui leur sont dues – ainsi que par les prises en charge des assureurs maladie. Au sein de l’Association genevoise des établissements médico-sociaux (Agems), on ne peut parler du développement d’une philosophie visant à externaliser à tout prix. Liberté est laissée à chaque institution, selon ses valeurs, de choisir les voies et moyens qu’elle entend suivre afin que la qualité des prestations dispensées à nos aînés soit la meilleure possible, et à un prix de pension supportable.

Créé: 13.11.2017, 10h20

Anne-Laure Repond, secrétaire générale de la Fegems et Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l’Agems.



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