Deux jeunes Genevois emprisonnés à Marseille

JusticeArrêtés dimanche à l’issue d’une marche de soutien aux migrants, deux jeunes Genevois sont derrière les barreaux aux Baumettes.

Des militants antifascistes, accompagnés de 40 à 50 migrants, ont forcé le passage de la frontière franco-italienne à Montgenèvre, pour se rendre à Briançon.

Des militants antifascistes, accompagnés de 40 à 50 migrants, ont forcé le passage de la frontière franco-italienne à Montgenèvre, pour se rendre à Briançon. Image: Le Dauphiné

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Ils étaient partis en week-end. Direction Clavière, village du Piémont niché dans les hauteurs. Ils devaient revenir dans leur colocation de Meinier après un détour en Ardèche pour voir des amis. Au lieu de cela, Théo et Bastien, deux Genevois de 23 et 26 ans, sont depuis hier derrière les barreaux d’une prison à Marseille. Transféré de la maison d’arrêt de Gap aux Baumettes, le duo genevois a rejoint Eleonora, une Italienne de 27 ans, placée en détention provisoire dans le quartier des femmes pour les mêmes raisons.

La justice française leur reproche d’avoir aidé une trentaine de migrants à entrer sur le territoire français. Et ce, à l’occasion d’une marche qui s’est déroulée dimanche entre Clavière et Briançon, via Montgenèvre, en réaction au blocage de la frontière franco-italienne, organisé la veille au col de l’Échelle par le groupe d’extrême droite Génération identitaire.

C’est à l’issue de cette manifestation en soutien aux migrants que six personnes, dont les deux Genevois et l’étudiante italienne, ont été arrêtées. Nul doute que Théo et Bastien ne s’attendaient pas à vivre une telle mésaventure et encore moins à susciter un élan de solidarité à Genève.

Pourquoi ces deux jeunes hommes sans histoire, amis d’enfance ayant grandi à Chêne-Bougeries, dorment-ils en prison? l’avocat de Théo, Me Yassine Djermoune, revient sur les événements de ces derniers jours. «Ils sont arrivés vendredi chez leurs amis à Clavière. Non loin de là se trouve un refuge qui accueille des migrants.» Les amis genevois apprennent alors que le dimanche matin se tient une conférence sur le thème des frontières. Dans la foulée de cet événement est organisée la marche de l’après-midi. Ils décident d’y participer. Partant du col de Montgenèvre, le cortège se met en route vers 14 h. Entre 100 et 400 personnes selon les sources escortent ainsi une trentaine de migrants jusqu’à Briançon. Hormis quelques heurts avec la police à Montgenèvre, la marche se déroule dans le calme. Après celle-ci, vers 18 h, Théo et Bastien sont interpellés devant le commissariat de Briançon alors qu’ils rejoignent tranquillement leur van.

«La police avait été prévenue de la présence de deux individus ayant participé activement à la marche», indique l’avocat. Eleonora sera interpellée une heure plus tard. À l’issue de leur garde à vue, durant laquelle Théo et Bastien usent de leur droit au silence, ils apprennent qu’ils passeront en comparution immédiate mardi en début d’après-midi.

«Je n’en dors plus»

«Avec ma consœur Cécile Faure-Brac, l’avocate de Bastien, nous avons demandé le report de l’audience, pour avoir le temps d’étudier le dossier et pour que les conditions de sérénité soient réunies, vu les tensions vives après ce week-end», commente Me Yassine Djermoune. La nouvelle audience est agendée au 31 mai.

Mais le tribunal décide aussi de placer les trois jeunes en détention provisoire jusqu’à cette échéance. Une décision inhabituelle. «C’est incompréhensible, lance l’avocat. Quand la décision a été annoncée mardi, les bras m’en sont tombés. Je n’en dors plus depuis deux jours. Et paradoxalement, c’est Théo, à qui j’ai rendu visite mercredi à la maison d’arrêt, qui m’a remonté le moral. Il le prend avec beaucoup de philosophie. Il faut dire qu’ils sont devenus des symboles. C’est la première fois que l’on met des militants en prison pour ce qu’on appelle communément le délit de solidarité. Nous espérons les sortir de là au plus vite.»

D’où un appel déposé mercredi contre la décision de justice de les placer en détention provisoire ainsi qu’une demande de mise en liberté. «Mais leur transfert à Marseille, décidé par le juge en raison d’un rassemblement de soutien prévu devant la prison de Gap, compromet notre demande», réagit Me Yassine Djermoune, plutôt abattu en apprenant la nouvelle hier après-midi.

Soutiens genevois

Concernant le fond de l’affaire qui sera jugée le 31 mai, les trois prévenus encourent une peine de cinq ans de prison assortie d’une amende de 30 000 euros. «Dans notre cas, le procureur reproche à nos clients d’avoir commis les faits «en bande organisée». Et ce, alors qu’ils ne se connaissent même pas! Cette circonstance aggravante fait monter la peine encourue à dix ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende.» Et l’avocat de conclure: «Cela paraît surréaliste que le simple fait d’avoir des convictions conduise en prison.»

Une indignation que partagent la gauche genevoise, les associations tels que Stop exclusion et les syndicats, qui ont réagi dans un communiqué dénonçant «un acte de zèle parfaitement déplacé de la justice française, qui criminalise les actions de solidarité et la lutte pour le respect des droits des migrants». De même que les milieux étudiants, qui envisagent des actions. Sur place, nombreux sont ceux qui estiment que les trois jeunes ont été choisis au hasard pour «servir d’exemples».

À noter enfin qu’aucune arrestation n’a eu lieu du côté des membres du groupe Génération identitaire. Et ce bien que les citoyens lambda ne soient pas autorisés à contrôler les frontières, une prérogative des forces de l’ordre.


«Théo a une forte capacité de résilience»

Contacté par nos soins, le père de Théo, un acteur genevois, semble prendre les choses avec philosophie. Même si le transfert de son fils hier à Marseille complique un peu la donne. «On était en train de faire des demandes pour aller le voir vendredi à Gap, mais aux Baumettes, c’est autre chose…» Il estime que son fils de 23 ans est plutôt bien armé pour surmonter ces événements.

«Il a une forte capacité de résilience.» Un constat que partage l’avocat du jeune homme, Me Yassine Djermoune: «Théo m’a dit qu’il avait toujours vécu dans un milieu favorisé, qu’il n’a jamais connu de grosses difficultés et qu’aujourd’hui, il traverse une épreuve», souligne le conseil.

Son père décrit Théo comme quelqu’un qui «s’intéresse à la politique, à l’état social du monde, à l’écologie. Il a une grande soif d’apprendre.» Ayant obtenu sa matu «brillamment» à Calvin, Théo s’apprêtait à travailler à la piscine de Carouge comme gardien durant tout l’été. «Puis, en octobre, il doit finir son service civil au musée de l’Ariana. Avant cela, il a fabriqué des murs en pierres sèches», précise-t-il. S’étant pris de passion pour la permaculture, Théo est allé la pratiquer jusqu’en Palestine.

Averti que les deux jeunes hommes avaient prévu de participer à un colloque durant le week-end, le Genevois résume l’engagement de son fils par ces mots: «Il a une conscience des justices et des injustices du monde.» M.P.

(TDG)

Créé: 26.04.2018, 13h03

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