Minoritaire, la gauche se tourne vers les citoyens

PolitiqueSix référendums et initiatives s’étalent jusqu’à l’été pour contrer la politique du parlement. Un remake des années 90?

Le comité d'initiative «Touche pas à mes dimanches» qui s'élevait contre l'ouverture des magasins le dimanche.

Le comité d'initiative «Touche pas à mes dimanches» qui s'élevait contre l'ouverture des magasins le dimanche. Image: Sophie Simon

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

On n’a pas fini de voter dans ce Canton et la gauche y est pour beaucoup. Ce mardi matin, par exemple, le Cartel intersyndical devrait annoncer le lancement d’un référendum contre le blocage des postes à l’Etat – le «Personal Stop» – adopté par le parlement récemment. Vendredi passé, c’est le PS qui annonçait le dépôt d’une initiative contre la mise en œuvre des forfaits fiscaux, ainsi que le lancement, avec d’autres, d’un référendum contre un assouplissement de la Loi sur les démolitions, transformations et rénovation (LDTR); autant de sujets sur lesquels les Genevois trancheront l’été prochain.

En attendant, à la fin de février, le peuple décidera du sort de deux baisses de dépenses en lien avec le budget 2015, contestées par l’Avivo, et d’une initiative socialiste et de son contreprojet sur les allégements fiscaux.

Le goût de la revanche

Comment expliquer cette germination démocratique? «La logique est simple, résume le député d’Ensemble à gauche Pierre Vanek, la droite impose et on s’oppose. C’est le début d’une longue séquence financière et fiscale qui se conclura dans un an ou deux par le vote dans les urnes de la réforme de l’imposition des entreprises.»

Pour Carole-Anne Kast, présidente du PS, ces textes «permettent de montrer concrètement au peuple ce que fait le parlement dominé par une droite décomplexée qui s’attaque entre autres à la paix du logement.» Présidente des Verts, Lisa Mazzone ajoute: «Ces votations, qui suivent notre échec aux élections de 2013, permettent de rééquilibrer la situation et de garder le contact avec le peuple en dévoilant, de manière plus nette que lors d’un débat au Grand Conseil, qui attaque quoi.»

Deux ans après le début de la législature, cet appel aux urnes rappelle celui de 1994. A l’époque du fameux «gouvernement monocolore», élu en 1993, la gauche, éjectée du Conseil d’Etat, avait contesté la «privatisation du Service des automobiles» (SAN) et la vente de la clinique de Montana, entravant le programme de la majorité de l’Entente. C’était l’époque des manifestations de fonctionnaires dans la rue par milliers, comme ces dernières semaines.

«Une pure imbécilité»

Peut-on vraiment comparer les époques? Oui, parce qu’il y a dans les deux cas des manifestations et un recours au peuple. «Mais une des différences, c’est que la gauche a deux élus au Conseil d’Etat, note Carole-Anne Kast. Une autre, c’est que le Conseil d’Etat n’a pas de majorité au parlement. Dans l’hémicycle, le MCG joue les girouettes et bascule en suivant son intérêt du moment.» A l’époque, la situation financière était en outre «bien différente, explique l’ancien conseiller d’Etat radical Guy-Olivier Segond. Les déficits atteignaient 800 millions par an pour un budget réduit. Le Conseil d’Etat actuel dramatise la situation, alors qu’il a créé 900 postes depuis trois ans. Une certitude: l’échec des tentatives de toucher aux prestations nous avait conduits ensuite à travailler à la lime, tout en étant très clair sur la ligne: le blocage des effectifs et le blocage des salaires. On était loin du «personal stop» linéaire, qui est une pure imbécillité.»

Ancienne patronne du Département de l’instruction publique, la libérale Martine Brunschwig Graf relativise aussi la comparaison: «On parle souvent du SAN et de la clinique de Montana, mais ensuite la gauche a perdu l’essentiel de ses initiatives et de ses référendums.» Pour elle, il faudrait plutôt comparer la période actuelle à 1990 qu’à 1993. «En 1990, on sortait d’une période de vaches grasses accompagnée d’inflation et il y avait la même réaction de déni par rapport à une évolution économique inattendue et inexplicable pour beaucoup de gens. Mais en 1993, les gens avaient commencé à faire le deuil.»

Un moyen de construction

En demandant au peuple d’arbitrer le débat politique, la gauche espère reprendre du poids. «En février, avec les objets liés au budget 2015, il s’agit de démontrer au Conseil d’Etat et au PLR que sa majorité d’extrême droite n’est pas un gage d’efficacité», analyse Carole-Anne Kast. Les initiatives, elles, visent à obtenir des contreprojets solides. «C’est le moyen de reconstruire la gauche autour d’actions communes, relève Lisa Mazzone. Reste qu’on ne peut pas, dans la durée, se contenter de s’opposer aux projets des uns et des autres. Les Verts doivent aussi être une force de proposition.» (TDG)

Créé: 23.11.2015, 19h45

Marc Bretton - Journaliste RP

Ne pas se tromper d’époque

Les manifestations des fonctionnaires de ces dernières semaines et la multitude de rendez-vous donnés aux citoyens dans les urnes rappellent le climat des années 1990. Mais la comparaison est trompeuse. La rapidité de l’augmentation de la dette – qui a poussé alors d’un milliard tous les 18?mois durant la décennie 1990-2000 – comme ceux du chômage – multiplié par six – illustrent la différence. A l’époque, l’Etat avait connu aussi des baisses officielles d’effectifs.

On n’en est pas là aujourd’hui, comme en témoigne le budget 2016 où les postes augmentent encore.

D’où vient alors l’inquiétude? Des offensives tous azimuts de la droite parlementaire: sur la LDTR, les prestations aux plus pauvres dans le budget 2015, les mécanismes salariaux des fonctionnaires, le Personal Stop, sans oublier les 42?heures hebdomadaires. Elle provient aussi manifestement de la difficulté du Conseil d’Etat à affirmer son cap et à en négocier les étapes avec les partis. Dans ces conditions, la gauche recourt au peuple. On verra le résultat. Mais si la gauche gagnait ces votations d’étape, elle perdrait sur le fond si elle n’arrive pas à rendre crédible la manière dont elle répondra aux défis de ces prochaines années: l’égalisation de l’imposition des entreprises, la stabilisation de la dette sous son niveau du frein à l’endettement et le maintien des prestations. En n’oubliant pas qu’en votation populaire les citoyens n’acceptent pas si facilement d’augmenter leurs impôts.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les Maldive, nouveau refuge de DAECH
Plus...