L’Exécutif délie sa bourse pour la traversée du lac

GenèveIl faudra une étude à 6,4 millions de francs pour savoir si Berne est prête à autoriser un péage.

Près de 14 mois après l’acceptation populaire de l’initiative inscrivant le principe d’une traversée du lac dans la Constitution, le Conseil d’Etat lâche des sous.

Près de 14 mois après l’acceptation populaire de l’initiative inscrivant le principe d’une traversée du lac dans la Constitution, le Conseil d’Etat lâche des sous. Image: LAURENT GUIRAUD

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C’est un premier pas et il a pris du temps. Plus d’un an après l’acceptation populaire de l’initiative pour une traversée du lac, le Conseil d’Etat lâche des sous. De quoi payer l’ouvrage? Non. De quoi financer «une première tranche des études d’avant-projet»: 6,3 millions de francs, qui doivent encore avoir l’aval des députés.

Comme la Tribune de Genève s’en est fait l’écho, le gouvernement a commencé par repousser des demandes plus élevées du Département des transports qui, à la fin de l’été dernier, espérait avoir l’argent disponible pour le premier trimestre de 2017. Selon l’Exécutif, l’avant-projet total devrait coûter 24,6 millions et les études approfondies pour fonder une autorisation de construire dépasseront les 100 millions.

Lever l’inconnue du péage

Le Conseil d’Etat a opté pour une démarche par étapes. «Ce premier crédit doit permettre d’obtenir une réponse du Parlement fédéral sur la question du péage, explique son président, François Longchamp. Cela permet de ne pas dépenser des sommes plus importantes alors qu’une inconnue majeure pèserait encore sur cet élément, déterminant pour les études ultérieures.»

Le péage routier est en effet interdit en Suisse, sauf dérogation expresse des Chambres qui ne l’ont accordée qu’une seule fois, au tunnel italo-suisse du Grand-Saint-Bernard. Et cette question est sensible dans un pays qui, comme le rappelle François Longchamp, a notamment fondé son Etat fédéral sur l’idée d’une suppression de «péages parasitaires qu’on rencontrait tous les trois kilomètres».

Or, dans le cas de la traversée lacustre, les analyses menées jusqu’ici tendaient notamment à montrer qu’une traversée payante pourrait se contenter de deux voies par sens de circulation, alors qu’un libre passage, attirant davantage de trafic, devrait se doter d’une voie supplémentaire par sens, ce qui coûte plus cher. La perspective d’une dîme sur les usagers change aussi le modèle de financement.

La rentrée devrait aussi éclaircir une autre question cruciale, celle de la forme de la traversée – en pont ou en tunnel, avec également des incidences fortes sur les coûts, notamment. Le Conseil d‘Etat devrait faire sienne la décision du Conseil consultatif composé de représentants des associations et partis de tous bords et des collectivités locales concernées. Un premier coup de sonde avant les vacances a donné une courte avance au pont.

La constitution de ce groupe ainsi que d’un comité stratégique de la traversée du lac justifie la longue attente du crédit, selon le conseiller d’Etat chargé des Transports, Luc Barthassat. Dans ce second conclave, qui accueille notamment des délégués de la partie française, les choses avancent: «Nous peaufinons une vision élargie à la région et étudions l’opportunité de prévoir de nouvelles routes de liaison pour coupler traversée du lac et contournements de Genève et d’Annemasse», expose le ministre.

Un PPP sans intérêt

Autre nouveauté révélée par le Conseil d’Etat, une nouvelle étude dément l’intérêt d’un partenariat public privé (PPP), possibilité évoquée dans l’article constitutionnel voté par le peuple le 5 juin 2016 et très présente jusqu’ici dans la communication de l’Etat. «Il ne faut pas attendre d’avantage financier d’un PPP, prévient François Longchamp. Et l’exemple proche que constitue l’autoroute Annecy-Genève est un échec.»

«Le PPP était surtout intéressant pour autant que le ou les partenaires privés soient prêts à assumer les risques de la construction de l’ouvrage, mais on n’en voit pas beaucoup qui se pressent au portillon, développe Luc Barthassat. Dans ce cas, avec les taux bancaires actuels, l’Etat aurait meilleur temps d’emprunter lui-même.» Et si Berne devait en plus refuser le péage? «Cela deviendrait très difficile de respecter les délais fixés pour le démarrage des travaux en 2025, répond l’élu. Il faudrait attendre que la Confédération prévoie le financement de la traversée du lac dans le futur fonds FORTA, ce qui nous mènerait vers 2050. Or, si on attend, le fait de ne rien faire nous coûtera encore plus cher.»

Créé: 27.07.2017, 17h42

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Un vivat, un doute et une critique

Au Grand Conseil, les réactions sont contrastées. «Un an après le vote du peuple, on avance. Un signal politique est donné, montrant que Genève veut boucler le cercle», applaudit Jean Romain (PLR). «C’est une bonne nouvelle, mais je ne suis pas sûr d’être vivant quand la traversée se réalisera et il semble que les péages ne soient pas en odeur de sainteté à Berne actuellement», tempère Pascal Spuhler (MCG). Au PS, Caroline Marti dénonce un «saucissonnage du crédit d’étude, comme si le but était de saper un éventuel référendum. Le peuple a certes approuvé le principe d’une traversée, mais la contestation reste légitime sur le financement et le degré de priorité de cet ouvrage.»

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