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Mur des Réformateurs souillé: le malaise grandit

Un pamphlet accuse la Ville de récupérer les luttes LGBTIQ+ et justifie la souillure des Réformateurs. La communauté gay condamne ce texte.

Le mur des Réformateurs a été repeint à la sauvage dans la nuit du 14 juillet 2019.
Le mur des Réformateurs a été repeint à la sauvage dans la nuit du 14 juillet 2019.
Keystone

Mais qui a jeté les pots de peinture colorée sur Calvin et ses comparses sur le mur des Réformateurs? Ce mystère de l’été a trouvé un premier élément de réponse dimanche soir, à la publication d’un texte anonyme sur www.renverse.co, un site qui entend se placer «du côté combatif et offensif des luttes sociales».

Intitulé «Genève, ville de merde nous ne laisserons pas nos existence (sic) servir à dorer ton blason!» ledit texte est l’œuvre d’un auteur (nous utilisons ici le masculin inclusif) qui parle au nom de la communauté LGBTIQ+ (soit Lesbienne-Gay-Bisexuel-Transgenre-Intersexe-Queer-etc). On y trouve une critique virulente – et truffée de fautes d’orthographe – des actions menées par la Ville de Genève pour reconnaître les personnes homosexuelles: la Municipalité se trouve accusée de récupération «politique et économique».

«Genève historicise nos luttes, les lisse et les rabote afin qu’elle entrent dans les cadres de leur musées (sic)». La présence de chars sponsorisés par des «multinationales» lors de la récente Gay Pride est aussi critiquée. Revendiquant des «luttes anticapitalistes, intersectionnelles et inclusives», l’auteur dit combattre «l’État, les flics et la prison». Contactée, la police ne confirme pas à ce stade de l’enquête que le(s) auteur(s) du vandalisme soit lié(s) à ce texte.

«La Ville nous soutient»

S’étant déjà distanciées de cet acte sur les réseaux sociaux, les associations LGBTIQ+ expriment un rejet quasi unanime de ce pamphlet qui prétend parler en leur nom. La directrice de Dialogai Juliette di Giorgio confirme que l’association ne partage «pas du tout» les positions du texte et déplore la «façon de faire». «Au contraire, la Ville nous soutient», assure-t-elle.

Adrian Stiefel, responsable de l’Antenne LGBTI du LAB, abonde en son sens. «La Ville fait un travail fantastique. C’est la première fois depuis huit ans qu’on accueille la Pride romande à Genève. Je crois qu’il faut plutôt chercher des solutions constructives.» C’est dans cet esprit de dialogue qu’Adrian Stiefel, également chargé de ministère auprès de l’Église protestante de Genève, a organisé, avec le soutien de la Ville, une rencontre interreligieuse avec un imam gay de Marseille en avril.

Il y a une semaine, le député socialiste Sylvain Thévoz saluait sur son blog et sa page Facebook le «street art» de la «joyeuse incontinence colorée» sur le mur des Réformateurs. Il regrettait toutefois un manque de revendication de l’action, qui permettrait aux Genevois de saisir «l’essence profonde» de l’action. Maintenant que la revendication est faite, le propos du député a bien changé. Il déplore un «charabia peu constructif», une «mauvaise soupe de couleurs» qui décrédibilise «ce groupuscule qui vient déverser des pots de peinture en se salissant lui-même». S’il trouve que les militants radicaux peuvent servir «d’aiguillons critiques utiles à la réflexion» dans une manifestation, il soutient que cela doit se faire «avec les outils démocratiques et le courage de ses opinions» et non par des actions anonymes.

«Ils avancent masqués»

La maire de la Ville, Sandrine Salerno, qui a mis sur pied de nombreux projets en faveur de la reconnaissance des LGBTIQ+ et qui est donc directement visée par le texte, exprime son «indifférence polie» envers ceux qui «stigmatisent la violence de l’État mais qui n’ont aucun scrupule à l’exercer, qui avancent masqués car ils n’ont pas le courage dans un pays paisible comme le nôtre à revendiquer leurs opinions à visage découvert».

Soutien d’une élue trans

Annick Ecuyer, conseillère municipale d’Ensemble à Gauche en Ville de Genève, est justement l’une des rares à soutenir à visage découvert le texte – qu’elle a d’ailleurs partagé sur Facebook. «Les associations gays, subventionnées par la Ville ou l’État, ne peuvent pas être indépendantes et se sont institutionnalisées. Leur message est de prétendre que les personnes LGBTIQ+ sont comme tout le monde. Mais ce postulat ne sert principalement que les intérêts des hommes gays qui sont cadres supérieurs, en oubliant la condition des personnes transgenres ou racisées. Ce qu’il faut, c’est remettre en question le fonctionnement général des institutions, qui sont racistes et sexistes. Je comprends donc qu’il faille parfois déranger pour faire bouger les choses.»

Une critique que les «institutionnels» ne comprennent pas. Nicolas Walder, président des Verts genevois et maire de Carouge, soutient: «Quand une ville et ses représentants apportent un soutien total et sincère à ce mouvement, je ne vois vraiment pas ce qu’on peut leur reprocher. Chez les Verts, nous avons participé à la Pride avec un char. Ce n’est pas de la récupération politique, mais un soutien à cette cause que nous revendiquons clairement dans notre programme. Concernant les multinationales représentées, je comprends la critique du détournement publicitaire, mais à mes yeux c’est un bon signe que de grandes entreprises affichent leur soutien. J’espère qu’elles auront le même courage à défendre les droits LGBTIQ dans tous les pays où elles déploient leurs activités.»

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