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Militante mapuche menacée d’expulsion

Représentante du peuple mapuche auprès de l’ONU, Flor Calfunao Paillalef se voit à nouveau refuser l’asile politique.

Flor Calfunao Paillalef, ressortissante Mapuche, veut se battre jusqu’au bout pour obtenir l’asile politique.
Flor Calfunao Paillalef, ressortissante Mapuche, veut se battre jusqu’au bout pour obtenir l’asile politique.
Steeve Iuncker-Gomez

Elle vit à Genève depuis vingt ans. Et pourtant Flor Calfunao Paillalef, représentante bénévole du peuple mapuche* auprès de l’ONU, est une nouvelle fois menacée d’expulsion. Le 16 mai, elle a reçu du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) une décision qui la sommait de quitter le territoire suisse au 19 juin, lundi donc.

Or son avocat, Nils de Dardel, ayant recouru le 13 juin contre cette décision, l’espoir demeure.

Demande d’asile dès 2008

«Je ne veux pas me laisser faire! Je vais me battre jusqu’au bout pour obtenir l’asile politique», affirme cette femme engagée. Qui ne cache toutefois pas se sentir «psychologiquement torturée par la justice». Il faut dire que c’est la troisième fois que Flor Calfunao Paillalef doit faire face à une telle procédure de renvoi.

Mais cette fois-ci, la menace semble plus que sérieuse. Dans un courrier daté du 31 mai, l’Office cantonal de la population et des migrations a informé Me de Dardel que sa cliente était attendue dans les plus brefs délais pour restituer son livret N «renvoi en suspens» et régler les modalités de son départ.

«C’est une affaire très importante, commente l’avocat. Une première demande d’asile, initiée en 2008, avait échoué. Le Tribunal fédéral administratif (TFA) (ndlr: instance de recours en matière d’asile) avait confirmé cette décision négative. Mais, fait rarissime, alors que je m’étais opposé à son renvoi, le SEM avait décidé de réexaminer la demande. Il faut dire que la communauté mapuche du Chili, d’où est originaire ma cliente, est très menacée.» Le rôle actif de Flor Calfunao Paillalef dans la défense de son peuple pourrait d’autant plus jouer en sa défaveur au Chili. Et cela malgré la résolution de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) du 26 octobre 2015 visant à accorder une protection particulière à sa famille.

Mère d’une fille et grand-mère d’un petit garçon, tous deux restés au pays, cette militante de 55 ans raconte ainsi qu’un de ses neveux est dernièrement venu à Genève «se faire enlever des restes d’éclats de balle, suite à une attaque de la police chilienne». Une situation plus que préoccupante pour Nils de Dardel, qui vient donc de le pousser à recourir au TFA contre la nouvelle décision de refus du SEM.

Objectif: obtenir dans un premier temps la restitution de l’effet suspensif jusqu’à ce que le TFA se soit prononcé; obtenir, enfin et surtout, une bonne fois pour toutes, l’asile politique pour cette représentante du peuple mapuche auprès de l’ONU. «Comment imaginer que ma cliente n’a pas besoin de se réfugier en Suisse et qu’elle peut très bien retourner vivre dans son Etat d’origine sans encourir un risque réel, comme le prétend le SEM dans un récent courrier? s’indigne l’avocat. Les persécutions des Mapuches sont pourtant bien réelles; elles ont pour but que ces Indiens d’origine quittent leurs terres ancestrales, où ils vivent depuis des siècles.»

Protection des données

Interpellé sur les motifs du rejet de la demande d’asile de Flor Calfunao Paillalef et de son renvoi de Suisse, le Secrétariat d’Etat aux migrations nous a répondu par écrit en ces termes: «Nous ne donnons pas d’information sur les cas individuels, nous sommes en effet tenus par la protection des données personnelles.»

Lauréate du prix Femme exilée, femme engagée en mars 2008, Flor Calfunao Paillalef n’est pas seule dans son combat. Une pétition en ligne récolte actuellement des signatures sur Internet pour s’opposer au départ de «cette courageuse défenseuse des droits humains». Une lutte qui deviendrait cependant toujours plus épuisante, selon les dires de l’un de ses soutiens: «Après avoir passé vingt ans dans la peur et la défense de sa présence légitime en Suisse, un essoufflement s’ensuit. Continuer ainsi n’est plus vivable.»

«Je n’ai pas peur»

Or, au-delà de sa propre sécurité, Flor Calfunao Paillalef souhaite surtout rester à Genève pour «continuer à dénoncer la politique d’extermination» subie par son peuple. «Certains de mes proches sont morts. Je n’ai pas peur! Nos agresseurs nous ont volé même la peur.»

Le consulat du Chili n’a pour l’heure pas répondu à notre demande visant à connaître sa position sur cette affaire.

* Les Mapuches, littéralement «Peuple de la terre», sont les communautés aborigènes de la zone centre-sud du Chili et de l’Argentine.

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