Militant pro-climat condamné: «Les déprédations n'étaient pas nécessaires»

JusticeLe jeune activiste de BreakFree a été sanctionné pour les mains rouges peintes sur les murs du Credit Suisse.

Nicolas, au premier plan au centre, à la sortie du Tribunal. Le jeune militant proclimat a été condamné pour «dommage à la propriété».

Nicolas, au premier plan au centre, à la sortie du Tribunal. Le jeune militant proclimat a été condamné pour «dommage à la propriété». Image: Laurent Guiraud

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L'urgence climatique attendra. Et peu importe si la peinture était effaçable. Nicolas, jeune militant proclimat de 23ans, a été condamné à une peine de 10 jours-amende, à 30 francs le jour, pour dommages à la propriété.

La propriété, c'est celle du Credit Suisse, au passage de la Monnaie. Le 13octobre2018, en marge de la marche pour le climat dans les rues de Genève, Nicolas et d'autres militants ont peint des mains rouges sur les murs de la banque et collé des pages du rapport du GIEC. Objectif: dénoncer les investissements «massifs» du Credit Suisse dans les énergies fossiles.

Silencieux, attentifs, le jeune membre du collectif pour BreakFree et ses dizaines de soutiens ont écouté la juge du Tribunal de police rappeler que «les déprédations n'étaient pas nécessaires». Pour se faire entendre, «il y avait des moyens licites, sans provoquer de dégâts». D'ailleurs, «on voit mal en quoi le fait d'apposer des mains rouges sur la façade d'une banque aurait empêché le réchauffement climatique», a poursuivi la présidente.

Credit Suisse et le Parquet présents

Après l'audience de mardi, la décision était très attendue. Mais chacun en était conscient: une lecture purement juridique du cas laissait peu de chances à un acquittement. Si douze militants lausannois ont pu être innocentés en janvier pour un match de tennis dans le hall de la banque, la partie plaignante a ici déposé une plainte pour des dégâts matériels. Ils se montent à 2253francs et Nicolas devra les rembourser.

Autre facteur à ne pas négliger: deux avocates du Credit Suisse et la procureure Mara Berti Guereschi avaient fait le déplacement malgré des montants et une peine encourue relevant, somme toute, du symbole.

«Tout est symbolique dans cette affaire», confirme MeLaïla Batou, au moment d'exprimer sa déception et d'ouvrir la voie à un appel. Deux jours plus tôt, l'avocate de Nicolas avait livré une plaidoirie vibrante et documentée. Aujourd'hui, «ce n’est pas un jugement en demi-teinte qui a été rendu. Et il risque de nous coûter cher, dit-elle. Avec ce verdict, on réprime et on prive la jeunesse d’un dialogue avec les institutions.»

Appel au «courage»

La difficulté était de taille pour la défense. C’est pourquoi elle en avait appelé au courage de la présidente du Tribunal. «Nous espérions que la décision de la juge encouragerait le parlement à légiférer», analyse Laïla Batou. Les choses ne se sont pas passées ainsi: «La juge a cédé à la pression de la doctrine», regrette l’avocate, faisant référence aux voix qui se sont élevées dans les milieux juridiques pour critiquer la décision du juge vaudois. «Or, la lutte contre le réchauffement climatique a besoin de gens qui prennent leurs responsabilités, de héros», lance-t-elle, reprenant des termes employés par des experts.

C’est précisément à des spécialistes du réchauffement climatique que l'avocate avait fait appel pour ce procès. Elle espérait leur audition comme témoins: requête balayée. De la même manière, sa volonté que le tribunal analyse les faits sous l’angle de l’état de nécessité licite – à savoir le droit de commettre un acte illicite pour se préserver d'un danger imminent – a été écartée. «Au sens de la loi, le danger doit être concret, il ne peut pas s’agir d’un événement futur», a tranché la juge.

Têtes secouées et soupirs dans le public. Décidément, la juge et les militants du climat ne parlaient pas le même langage.

Créé: 20.02.2020, 14h04

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