«Migros cherche des alternatives au plastique»

Commerce de détailDe la concurrence frontalière au rejet toujours plus massif des emballages, les défis s’accumulent pour Migros Genève. Son patron explique sa stratégie.

L’ancien membre de la direction de McDonald’s Suisse dirige Migros Genève depuis le 1er janvier 2014.

L’ancien membre de la direction de McDonald’s Suisse dirige Migros Genève depuis le 1er janvier 2014. Image: Georges Cabrera

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Février sans supermarché, «plastic attack», marches pour le climat: la tendance est à l’écologie. Dans les librairies, les livres incitant à abolir ses déchets et à fuir les grandes surfaces, temples du plastique et de l’emballage, s’écoulent comme des petits pains et, dans la rue, les boutiques vendant en vrac jaillissent de toutes parts. Comment réagit-on chez Migros Genève? Entretien avec Philippe Échenard, son directeur général.

Migros Genève ressent-elle les effets de la vague zéro déchet?
On en parle de plus en plus, mais l’eau va encore couler sous le pont du Mont-Blanc avant le jour où l’on vendra tout en vrac. Notre clientèle est sensible à cette thématique et nous devons l’écouter. Migros réduit ou élimine les emballages partout où c’est possible.

Un directeur ne doit-il pas voir dix ans en avance?
Bien entendu, Migros élabore une stratégie de développement durable plusieurs dizaines d’années en avance. Notre industrie s’est imposé des objectifs ambitieux en matière de développement durable pour 2040! C’est l’intérêt d’une coopérative – qui n’a pas d’actionnaires à rémunérer à court terme – de pouvoir s’investir sur le long terme. Mais voyons déjà les progrès accomplis ces dix dernières années. Nos magasins sont toujours plus respectueux de l’environnement, des réfrigérateurs avec portes (ndlr: avant, ils étaient ouverts) au toit du MParc couvert de panneaux solaires. Migros a aussi été pionnière dans la vente en vrac de fruits et légumes. Elle a également été la première à abandonner les cartons qui emballaient les tubes de dentifrice. Le plastique est remplacé chaque fois que cela s’avère judicieux. Plus de 10 000 tonnes d’emballages ont été économisés depuis 2011. Migros a été la première à proposer des Veggie bags réutilisables au rayon fruits et légumes. Depuis leur introduction en 2017, Migros en a vendu plus de 900 000! Mais tous les consommateurs n’acceptent pas l’idée du vrac. Nous voulons trouver le bon compromis, laisser le choix à nos clients, surtout ne pas leur forcer la main.

Pourquoi vos fruits et légumes bios sont-ils sous plastique?
Ils ne le sont pas tous. Dans huit magasins récemment réaménagés (neuf d’ici à la fin du mois), on trouve un choix toujours plus large de fruits et légumes bios sans emballage. L’emballage est par exemple remplacé par une mini-étiquette. Cette tendance ira croissant. Toutefois, il est important d’éviter les mélanges avec les produits non bios. Il faut savoir qu’un emballage, par exemple dans le cas du concombre, évite au produit de s’abîmer et, à la fin, de ne pas trouver d’acheteur. Le défi du vrac, ce sont les déchets alimentaires.

Migros Genève propose depuis peu des céréales, des légumineuses et des fruits secs en vrac. Ça marche?
Depuis un peu plus d’une année, certains de nos magasins proposent notamment des pois chiches, lentilles, riz, chips de banane ou pistaches en vrac. C’est une expérience unique chez Migros. En cas de succès, les autres coopératives du groupe s’en inspireront. Pour l’instant, le gros défi, ce sont les pertes de produits. On utilise aussi toujours plus de plastique recyclé.

Migros Zurich développe des magasins Alnatura, où tout est bio. Faisable à Genève?
Migros Zurich teste cela, nous allons voir comment le client réagit. Il est clair que la tendance est au bio, notamment dans les centres urbains: l’an dernier, les ventes de produits bios ont augmenté de 12% à Migros Genève.

Insuffisant pour renouer avec la croissance…
Il faut comprendre que Genève a 103 kilomètres de frontières avec la France et que nous sommes confrontés à un tourisme d’achat important. En janvier 2008, un euro était à 1 franc 65. Il s’échangeait à 1 franc 12 en janvier dernier, une différence énorme. Quand nous avons ouvert Migros Thoiry et Étrembières, nous avions peu de concurrents en France voisine. Aujourd’hui, les grandes enseignes sont partout de l’autre côté de la frontière. Leurs heures d’ouverture sont plus grandes, beaucoup sont ouvertes le dimanche matin. Nous, nous avons dû nous battre pour gagner trois dimanches par an… Sans compter la concurrence des discounters allemands et d’internet.

Migros Bâle, aussi en région périphérique, affiche de meilleurs résultats que vous…
Regardez le nombre de kilomètres de frontière à Bâle et l’enclave géographique genevoise, ce n’est pas la même chose.

Migros Genève a mis en place un programme d’économie. La baisse des effectifs n’est pas terminée (voir infographie ci-dessous)?
Depuis mon arrivée, le 1er janvier 2014, 300 postes ont été supprimés, mais il n’y a eu quasi aucun licenciement. En 2017, nous avons mandaté des consultants pour revoir nos processus logistiques. Cela se fait dans n’importe quelle entreprise et ce n’est pas directement lié à la baisse de notre chiffre d’affaires.

Allez-vous renouer avec la croissance en 2019?
Nous avons fermé un point de vente à Chêne-Bourg, des restaurants à Rive et à Plan-les-Ouates. Nous avons transformé Migros Cirque en un magasin franchisé VOI et d’autres restaurants ont été ou sont fermés pour rénovation. Ce sont autant de pertes pour le chiffre d’affaires. Mais nous sommes une coopérative. Nous ne devons pas maximiser les profits. Nous devons dégager un profit raisonnable.

C’est-à-dire?
Nous devons pouvoir réinvestir. Nous avons ouvert un magasin à Lancy-Pont-Rouge, nous avons des projets à Chêne-Bourg et à la gare des Eaux-Vives. Nous ouvrirons un troisième VOI à Gland (ndlr: Migros Genève couvre aussi le district de Nyon) en 2020 et nous réfléchissons à des implantations dans les nouveaux quartiers.

Cela pourrait-il passer par une fusion avec Migros Vaud?
Ce n’est pas un thème, par contre nous allons renforcer notre collaboration.

À quoi ressemblera Migros Genève dans vingt ans?
Il y aura encore des grands et des petits magasins, mais davantage de petits. On aura plus de produits bios. Il y aura plus de produits livrés à la maison car il faudra toujours plus faciliter la vie des gens.

Créé: 06.06.2019, 06h52

En chiffres

En une décennie, Migros Genève et Migros Vaud ont supprimé 1187 postes de travail. Les coopératives employaient 7832 personnes
en 2008, un chiffre qui est tombé à 6645 à la fin de l’an dernier.

La baisse, en termes de personnel et de chiffre d’affaires, est régulière, quasi-constante sur ces dix dernières années.
L’envolée du franc face à l’euro, en janvier 2015, a ainsi renforcé une tendance baissière qui prévalait. On note que la baisse du nombre d’employés est plus importante que celle des ventes tant chez Migros Genève que sa consœur vaudoise.

On observe aussi que Migros Bâle, où le contexte n’est pas si différent du bout du Léman, a renoué avec les chiffres noirs, contrairement à Migros Genève.
R.ET.

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