Michel Mayor: «La vie après la mort? J’attends de voir»

InterviewÀ l’occasion d’une conférence avec un prêtre, l’astrophysicien nobélisé explique son rapport à la spiritualité.

L'astrophysicien a reçu le Prix Nobel de Physique en 2019 avec l'astronome Didier Querloz: Le prix les récompense pour leur découverte de la première planète extrasolaire, en 1995.

L'astrophysicien a reçu le Prix Nobel de Physique en 2019 avec l'astronome Didier Querloz: Le prix les récompense pour leur découverte de la première planète extrasolaire, en 1995. Image: SÉBASTIEN FEVAL

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Plus de cinquante ans après l’avoir quittée, le chasseur d’autres mondes Michel Mayor est de retour à l’Université de Lausanne. Colauréat du Prix Nobel de physique 2019 pour avoir découvert la première exoplanète, il sera lundi sur le campus pour donner une conférence ouverte au public avec un prêtre et théologien français, Thierry Magnin, sur les conséquences pour l’humanité de l’éventualité de la vie ailleurs. Interview.

Y a-t-il de la place pour la spiritualité quand on a la tête plongée dans des équations depuis des décennies?

Non, pas vraiment. Ce n’est pas une préoccupation pour moi; cependant, j’aime l’idée d’un dialogue. La question n’est pas de vouloir convertir l’autre à tout prix, mais je trouve intéressant de confronter les points de vue. Comme je suis associé à la découverte d’autres mondes, un ancien rêve longtemps resté cantonné aux théologies et aujourd’hui domaine de science à part entière, je me réjouis de ce débat.

La traque des exoplanètes s’est muée en quête d’une vie ailleurs. Quel impact pour l’humanité si on la trouvait?

La perspective est vertigineuse. Si, comme je le pense, la vie s’est développée partout où les conditions le permettent, l’idée que l’on s’en fait et le statut qu’on lui accorde auraient un tout autre aspect. Les adeptes de rencontres du troisième type se trompent en pensant que nous pourrions facilement nous comprendre avec des espèces extraterrestres, mais la portée d’une telle découverte n’en serait pas moins grande.

La religion a tendance à voir les choses différemment. Science et théologie sont-elles irréconciliables?

Je ne serais pas si catégorique. L’histoire de certaines cosmogonies et de leurs préoccupations liées à la vie est passionnante. Il faut dépasser la vision simpliste de la science qui s’oppose à la religion, en particulier chrétienne, et qui remonte à Giordano Bruno. D’innombrables exemples historiques tendent à prouver que l’opposition n’a pas toujours été aussi marquée. Il y a eu des époques durant lesquelles le blasphème était de croire que Dieu n’a pu faire qu’un seul monde. La vision religieuse n’est pas ma manière de voir, mais s’y opposer bêtement est très réducteur.

Et la vie après la mort, vous y croyez?

Je ne pense pas… mais j’attends de voir.

D’ici là, que pensez-vous du projet d’Elon Musk qui prévoit d’envoyer des dizaines de milliers de satellites en orbite basse d’ici à 2025?

C’est un scandale pur et simple! Outre un cauchemar pour les astronomes amateurs à qui ça va obstruer le ciel et qui ne pourront plus rien observer, j’y vois le danger de ne pas légiférer ce qui se passe dans l’espace. Peut-on faire n’importe quoi sous prétexte que l’on flotte au-dessus de la Terre? Pire, l’argument de ces gens, qui promettent internet à bas coût pour tous, c’est une tarte à la crème. Ce qu’ils veulent, c’est faire de l’argent.

On vous sent remonté.

Évidemment. L’émergence de la science doit énormément à l’observation du ciel, des étoiles et de la répétition de phénomènes tels que l’alternance des saisons. Et maintenant, parce qu’ils veulent faire de l’argent, certains se permettent n’importe quoi! L’étude de la cosmologie, de l’évolution de l’univers ou d’objets de très faible intensité va être très impactée par les projets de ce genre. L’Union astronomique internationale s’y oppose, moi aussi.

De secteur de niche, la traque de nouveaux mondes attire aujourd’hui des financements par millions et mobilise des milliers de chercheurs. Vous êtes fier d’avoir fait apparaître une nouvelle discipline devenue la dernière mode?

Fier, oui bien sûr, mais aussi surpris. Je retiens surtout l’intérêt autour de ce sujet. On continue à s’enthousiasmer pour ce domaine qui n’en finit pas. Au début, c’était la première planète autour d’un système double, ensuite le fait de trouver deux ou trois planètes autour d’une même étoile, après la plus légère, le premier transit… Il y a toujours une nouveauté à annoncer. Aujourd’hui, grâce à des missions toujours plus pointues, on recherche des corps, comme du titane ou du fer, dans les atmosphères. Ce n’est que le début.

Le déclin de luminosité de l'étoile Bételgeuse, dont certains pensent qu’elle est sur le point d'exploser, tient les astronomes en haleine. Aura-t-on une supernova à Pâques?

On serait très chanceux si c’était le cas. Au cours des deux derniers millénaires, il n’y a que huit supernovæ qui ont été observées dans notre galaxie. En 1006, des moines de Saint-Gall en ont observé une dont la luminosité était telle qu’elle portait votre ombre. Pour Bételgeuse, je ne suis pas certain que l’explosion soit imminente. Ces étoiles peuvent avoir des variations de lumière gigantesques. Cela dit, Bételgeuse est un candidat tout à fait crédible pour une supernova.


Conférence «D’autres mondes dans le cosmos?», lundi 24 février, 17h-19h, Université de Lausanne, Bâtiment Internef, auditoire 263. Entrée libre

Créé: 23.02.2020, 16h23

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