Notre feuilleton de l’été: «Meurtre aux Promotions»

Meurtre aux Promotions (1/8)La «Tribune de Genève» lance une fiction à plusieurs mains. A suivre tous les samedis de cet été torride...

Dessin: Patrick Tondeux

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[C'est un jeu littéraire. la Tribune de Genève imagine une histoire qui se poursuivra selon le principe du «cadavre exquis». Chaque samedi, durant l’été, la suite de cette fiction sera rédigée par la plume de diverses personnalités genevoises. Lesquelles? Nous vous réservons la surprise. Tout ce que nous pouvons vous révéler à ce stade est que le prochain épisode sera rédigé par l’avocat et conseiller national Christian Lüscher.]

Enzo était énervé. Il s’était disputé avec son chef de rubrique le matin même, puis avec son rédacteur en chef. Tous deux avaient insisté. Il devait couvrir les Promotions de fin d’année pour son canard, Le Quotidien de Genève. Il leur avait pourtant bien expliqué qu’il travaillait à sa grande enquête sur les liens entre le blanchiment d’argent et le pouvoir politique, qu’il y avait un scoop à la clé, que c’était «du lourd». Mais rien à faire. Son chef, Grégoire, avait entamé le sermon habituel: un localier doit pouvoir passer d’un sujet à l’autre, du fait divers au reportage, de la judiciaire à la politique, de la super-enquête à… la Fête des écoles, justement.

Pâle comme la mort

Il n’avait même pas ri. Il était parti furieux. Jusqu’au coup de fil de son rédacteur en chef: «Qu’est-ce qu’on fait, Enzo? lui avait-il demandé calmement. Nous sommes en effectifs réduits. Vous voulez que j’aille couvrir ces Promotions moi-même?» Que lui répondre? C’était un brave homme au fond. Enzo savait qu’ils avaient de la chance. Et il est vrai que son collègue à la plume poétique, qui adorait l’exercice annuel, était malade, cloué au lit. «Putain! quelle poisse.» Et tous ces enfants, 5485 cette année… Qu’est-ce qu’il y connaissait, lui, le célibataire endurci?

Heureusement, la plupart des maîtresses étaient jolies. La bonne nouvelle, c’est qu’on arrivait au bout. Plus que les discours officiels à écouter. Tout le monde avait chaud dans ce parc des Bastions. Les mômes commençaient à s’impatienter. Et ce maire qui n’arrivait pas. Mais qu’est-ce qu’il foutait Roger Panini, bon sang!

Roger Panini savait qu’il était en retard. Il marchait, courait plutôt pour arriver au parc des Bastions. Rien que de penser au discours qu’il devrait prononcer dans quelques minutes, il se sentait défaillir. Sa chargée de communication le lui avait préparé bien sûr, ce n’était pas le problème. Ça faisait des semaines qu’il ne dormait plus, qu’il ne mangeait plus. Malgré ses efforts, ça commençait à se voir. Il y avait déjà eu un article dans Le Quotidien de Genève qui se posait des questions, à mots couverts, sur son état de santé. C’était ce journaliste de la locale qui l’avait rédigé. Comment s’appelait-il déjà? Ah oui, Enzo Mazetti, un fouille-merde, comme les autres.

Pauvres enfants

S’il savait… S’il savait, sa rédaction en aurait fait la une et sa carrière serait faite. Les médias auraient eu de quoi se déchaîner tout l’été. Mais devait-il parler? Devait-il parler aujourd’hui? Jeter à la poubelle son discours des Promotions et lâcher le morceau, dans le lieu et au moment les moins adéquats? Pauvres enfants, pauvres petits, ils ne méritaient pas ça. Et pourtant, avait-il le choix? Le temps pressait. Il frissonna. L’angoisse le submergeait à nouveau comme une vague et son costume, si pimpant ce matin, pendait lamentablement.

Ce qu’Emilie avait vu

Emilie, 5 ans, en avait assez. Il y avait eu le cortège, elle avait bien ri dans son déguisement de colibri avec ses copines Zoé et Nora, qui s’étaient transformées en panthère et en baobab pour faire honneur au thème des Promotions: la jungle, cette année. Mais là, elle aurait voulu que ça se termine. Maman lui manquait. Maman qui n’était pas loin, qui attendait elle aussi que la fête finisse pour qu’elle puisse venir la chercher. Emilie avait tant de choses à lui raconter, à elle et à son petit frère, Colin, qui ne connaissait encore rien à la Fête des écoles.

Une voix dans le haut-parleur demandait aux maîtresses et aux enfants de patienter, on attendait Monsieur le maire, qui devait exceptionnellement prononcer un discours cette année. Un monsieur qu’elle avait vu en photo dans le journal, maman lui avait expliqué de qui il s’agissait. Il avait l’air très gentil. Toute à ses pensées, Emilie s’était éloignée vers le mur des Réformateurs. C’est drôle, se dit-elle, quelqu’un se baigne dans le bassin. Elle croyait que c’était interdit. Il en avait de la chance, il faisait si chaud. Elle s’approcha. Il était bizarre, cet homme tout habillé. Il lui rappelait le gentil monsieur dans le journal… Quelque chose clochait. Elle ressentit une peur immense. Elle courut vers Mlle Madeleine. «Maîtresse! Maîtresse! Au secours! Un monsieur flotte dans le bassin…»

Le maire est-il mort? A-t-il été assassiné? Quel terrible secret cache-t-il? (TDG)

Créé: 04.07.2015, 11h13

Catherine Focas (Dessin: Patrick Tondeux)

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La règle du jeu

Aujourd’hui, la Tribune de Genève imagine une histoire qui se poursuivra selon le principe du «cadavre exquis». Chaque samedi, durant l’été, vous pourrez ainsi lire la suite de cette fiction, mais sous la plume de diverses personnalités genevoises. Lesquelles? Nous vous réservons la surprise. Tout ce que nous pouvons vous révéler à ce stade est que le prochain épisode sera rédigé par l’avocat et conseiller national Christian Lüscher.

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