Elle meurt après un scanner, deux radiologues sur le banc des accusés

Homicide par négligenceLes praticiens n'auraient pas réagi assez vite au choc allergique présenté par la patiente. Ils n'auraient pas utilisé d'adrénaline.

Devant le Palais de justice, le mari et le fils de la défunte avec un portrait de cette dernière.

Devant le Palais de justice, le mari et le fils de la défunte avec un portrait de cette dernière. Image: Steeve Iuncker-Gomez

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ce 3 juin 2010, Galia, 53 ans, se rend dans un institut d’imagerie médicale pour passer un scanner thoracique. La trouvant fatiguée, son médecin de famille souhaite qu’elle effectue un contrôle, d’autant plus qu’elle a des antécédents cancéreux. Un examen de routine en somme, dont elle ne ressortira pas vivante.

Devant le Tribunal de police, deux médecins répondent depuis hier d’homicide par négligence. Six ans après les faits, ils doivent expliquer pourquoi ils n’ont pas réagi plus vite lorsqu’ils ont compris que leur patiente présentait une réaction allergique sévère au produit de contraste injecté en vue du scanner. Et surtout, pourquoi ils ne lui ont pas tout de suite fait une piqûre d’adrénaline qui aurait pu lui sauver la vie.

La radiologue en charge du cas indique que Galia a commencé à avoir de la peine à respirer mais qu’elle n’a pas tout de suite pensé au choc anaphylactique. Son collègue explique: «Il n’y avait pas de signes cutanés, le pouls était lent, ça pouvait être un simple malaise vagal.» La suite lui a montré que non.

Selon la docteure, «tout s’est déroulé très vite, la situation a basculé». La patiente a commencé à crier, à s’agiter. Elle voulait se lever de la table d’examen et arracher sa voie veineuse. «Elle essayait de parler, se souvient le radiologue. Mais je ne comprenais pas ce qu’elle disait.» C’était du russe, sa langue maternelle. Puis elle a commencé à vomir. Lorsque les urgentistes sont finalement arrivés et ont fait la piqûre d’adrénaline, il était trop tard.

Quatre experts formels

En rang d’oignons à la barre des témoins, les quatre experts sont formels. Galia a été victime d’une réaction allergique sévère de stade 3. Ils expliquent qu’on peut passer directement du stade 0 au stade 3, sans forcément présenter tous les signes avant-coureurs habituels. «Vous ne le saviez pas?» demande, tranchant, Me Marc Lironi, avocat du fils et du mari de la défunte, aux prévenus. Leur réponse reste quelque peu confuse.

«Lorsque nous injectons un produit de contraste, poursuit l’un des experts, nous savons que nous sommes confrontés au risque d’allergie. Il n’y a pas d’autre diagnostic possible. Lorsqu’on se trouve face à une réaction anaphylactique, il faut l’analyser dans la minute.» Et un autre: «S’il y a une difficulté respiratoire, le premier traitement de choix est l’adrénaline avec le masque à oxygène et l’appel au cardiomobile.»

Aurait-on pu sauver Galia? «Plus vite on donne l’adrénaline, plus les chances de survie sont grandes, mais quelques personnes meurent malgré tout», indique un expert.

Les prévenus se souviennent pourtant d’avoir ordonné la préparation d’une seringue d’adrénaline. Me Lironi les interrompt: «Six ans après les faits, nous avons là une révélation! La seringue aurait été préparée. Et il ne vous est jamais venu à l’esprit de le dire pendant l’instruction?» «J’étais sûr d’avoir injecté l’adrénaline, affirme le radiologue. Mais lorsque j’ai été convoqué à la police et qu’on m’a dit que je ne l’avais pas fait, j’ai eu un choc.»

Le piston de la seringue

Et aujourd’hui, lui demande le procureur Gregory Orci, de quoi vous rappelez-vous? «Je ne me souviens pas d’avoir poussé le piston de la seringue. Mais pourquoi l’aurais-je fait préparer? Pour ne pas l’utiliser? Cela n’aurait eu aucun sens...» Les prévenus, défendus par Mes Yaël Hayat et Lionel Halpérin, plaident l’acquittement. Le procès se poursuit.

(TDG)

Créé: 20.06.2016, 20h14

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Brexit: Theresa May à Bruxelles
Plus...